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Un satané insecte qui pique la curiosité

Un satané insecte qui pique la curiosité © Scanpix_Norway belgaimage

Bzzz, Bzzz, BZZZZ... 40 décibels. Rien de comparable avec un rasoir électrique ou un train de passage. Ceux-là doublent le volume sonore du moustique. Mais en termes d'agacement, le volatile tient la palme. Avec l'été, l'insecte maudit draine de l'"intranquillité". Celle-ci ne tient pas qu'à son bruit. Coup d'oeil sur un intriguant précis de mondialisation consacré au moustique (1).


Alerte aux moustiques ? Soyons de bon compte, la bête s'accompagne souvent de plus de nuisances que de réels dangers. Et heureusement, on imagine l'hécatombe au vu du nombre effrayant de Culicidés – son nom savant – que compte la planète. Une seule année voit se succéder sept générations de moustiques ; quand il faut à l'être humain 100 ans pour quatre générations. Et l'on connaît plus de quatre mille espèces dans cette famille d'insectes. Il n'empêche aux moustiques de s'apparenter tout de même à l'ennemi public numéro 1. En effet, un certain nombre de ces mini-vampires véhiculent des maladies qui peuvent être mortelles ou très invalidantes. Chikungunya, dengue, fièvre jaune, Zika, encéphalite japonaise, paludisme... Chaque année, la bestiole serait responsable de près de sept cent cinquante mille morts. À côté d'elle – le féminin lui sied bien dans ce cas, car c'est la femelle moustique qui pique – le requin et le loup font figure d'agneau, avec "seulement" dix morts humaines à leur actif sur une année. Dans toute la faune, le moustique occupe la place de l'animal le plus meurtrier pour l'homme. Devant l'homme lui-même !

Un vecteur résistant

En nous piquant pour nourrir les œufs qu'elle porte d'un peu de sang, la moustique injecte aussi sa salive anticoagulante mais parfois porteuse de parasites. L'éradication complète de ce vecteur volant a bien été dans les projets de l'homme moderne, explique l'académicien Erik Orsenna, écrivain voyageur (1). On y a cru avec le DDT, insecticide de synthèse, qui a connu ses heures de gloire après la Seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, le voilà reconnu comme nocif, potentiellement dangereux pour la santé humaine et confronté à "de plus en plus de résistance chez les insectes qu'il est censé occire" (1). Aucun produit n'a apparemment pu le remplacer à l'heure actuelle. Ainsi l'OMS ne recommande son utilisation qu'en cas d'épidémie de paludisme par exemple, et seulement à l'intérieur des maisons. La solution miracle n'existe pas.

À mettre sous la loupe

Dans cette histoire, pointe aussi à l'horizon un remise en cause plus fondamentale de notre rapport au vivant. "L'efficacité provisoire du DDT nous a poussé à la paresse, estime l'entomologiste Frédéric Simard relayé par le curieux Orsenna. Puisqu'il suffisait d'asperger pour éradiquer, pourquoi se donner la peine de comprendre ? (...) ce produit magique a aussi beaucoup freiné la science." En effet, on s'aperçoit que l'entomologie médico-vétérinaire tient de la discipline quasiment sinistrée. Et pourtant, à voir le poids des maladies à vecteur, il semble évident que comprendre la circulation des agents infectieux est un défi de notre temps. "Pour soigner, il faut comprendre", résumait Erik Orsenna sur le plateau d'une émission littéraire.

Ne pas s'endormir

Voilà qui engage à la curiosité permanente.

"(...) il n'y pas de rentes, dans la nature, donc dans la vie. Pas de situations pour toujours acquises. Pas de victoires à jamais remportées. La vie n'est qu'une longue suite de remises en cause. Pour une simple raison : tout le monde veut vivre. Alors quand nous inventons une drogue pour tuer ceux qui nous dérangent, figurez-vous que ces minuscules bêtes résistent. Et pour résister, elles mutent. Nous nous retrouvons comme des idiots avec nos médicaments devenus inutiles puisque leurs cibles ont changé", conclut Erik Orsenna.

D'après lui, les moustiques nous obligent à la solidarité (les efforts doivent dépasser les frontières), à la vigilance et à l'humilité humaine face aux facultés d'adaptation du vivant : de l'homme lui-même (certes plus lent) et des organismes qui l'entourent.

Voyageurs, il vous faudra suivre les recommandations vaccinales et médicales, pour vous protéger au maximum. Quant à vous, Belges sédentaires, vous n'avez pas grand chose à craindre si ce n'est la douleur d'une piqûre. Le moustique japonais recensé voici quatre ans dans le Namurois, est surveillé de près. Il n'est porteur d'aucun virus dangereux pour la santé humaine et animale.(2) Reste à participer d'une certaine vigilance autour des lieux qu'affectionnent les moustiques : en particulier l'eau qui s'accumule dans les soucoupes, les pots de fleurs, les gouttières bouchées et les vieux pneus.