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Offrir ses cheveux, un don de féminité

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"Vous avez au moins 20 cm de cheveux à couper ? Et si vous les donniez ? Vous aiderez ainsi des femmes atteintes du cancer du sein, traversant des difficultés financières, à supporter plus facilement la perte de leurs cheveux et à acheter une perruque". Tel est l'appel lancé par le Fonds Coupe d’Éclat créé par l'ASBL Think-Pink. En huit ans, la récolte de plus de 70.000 queues de cheval a permis de soutenir quelque 4.000 femmes.


À 16 ans, Élise vient d'alléger sa longue chevelure de 25 centimètres. Cette coupe, la jeune fille l'a voulue utile. Et elle en refera sans doute une… lorsque ses cheveux auront suffisamment repoussés. "Une amie m'avait expliqué que sa soeur avait donné ses cheveux au profit d'une association venant en aide à des femmes qui ont le cancer du sein. Elle m'avait incitée à le faire aussi. J'étais réticente à l'idée de couper autant car j'ai toujours eu les cheveux longs. Mais je me suis décidée quand j'ai appris le cancer de mon papa. Je voulais lui en faire la surprise".

Élise a alors pris rendez-vous dans le salon de coiffure renseigné par son amie et s'y est rendue avec sa maman. "Je m'étais lavé et séché les cheveux avant d'y aller. La coiffeuse m'avait précisé qu'elle devait les couper à sec". Élise raconte alors comment s'est passée la coupe : "La coiffeuse a attaché mes cheveux en queue, avec un élastique, au niveau du cou. Elle a ensuite attaché un second élastique au milieu de la queue pour bien maintenir toutes les mèches ensemble. Elle m'a alors demandé si j'étais toujours d'accord de raccourcir autant. Elle a ensuite coupé juste en dessous du premier élastique et glissé la queue de cheval dans une enveloppe spéciale. Elle m'a ensuite coiffée comme d'habitude : lavage, coupe normale, séchage et brushing".

D'abord perturbée par une coupe courte, Élise s'est vite habituée à son nouveau look salué d'ailleurs par son entourage. Quant à son papa, c'est avec beaucoup d'émotions et de fierté qu'il a appris la démarche qui a motivé son adolescente. "Je me suis dit que j'aimerais bien que des gens fassent ce geste si je devais perdre mes cheveux à cause d'une maladie", confie encore Elise.

"Ce don, je l'ai préparé. J'ai laissé pousser mes cheveux et j'en ai bien pris soin pour qu'ils soient brillants de santé"

Des témoignages comme celui que nous a confié Élise, l'ASBL Think-Pink en reçoit de très nombreux. Des petits mots accompagnent souvent les enveloppes contenant les cheveux si précieux. Et beaucoup de messages touchants et de vidéos sont postés sur la page Facebook de Coupe d'Éclat.

"Pourquoi jeter quelque chose qui peut encore servir ? Une partie de moi va partir vers quelqu'un qui en a besoin", explique l'une. "Donner ses cheveux, c'est faire un cadeau d'humain à humain. C'est aussi vital que de donner son sang. C'est essentiel pour permettre à des femmes de garder le moral pendant la maladie. C'est une manière de les soutenir, de tresser des liens", témoigne une autre. "Ce don, je l'ai préparé. J'ai laissé pousser mes cheveux et j'en ai bien pris soin pour qu'ils soient brillants de santé", explique une troisième.

"Ces messages nous font chaud au cœur, confie Joke Carlier, responsable communication de Think-Pink. De plus en plus de femmes, d'adolescentes et même de fillettes sont sensibilisées à notre cause. Certaines ont déjà fait don de leurs cheveux plusieurs fois. Des hommes aussi offrent leur queue de cheval. Le fait d'être confronté au cancer d'une maman ou d'une amie joue évidemment. Mais c'est loin d'être la seule motivation".

Les coiffeurs sont nombreux à rejoindre l'action permanente Coupe d'Éclat. Certains n'hésitent d'ailleurs pas à suggérer le don aux clientes qui viennent couper courts leurs cheveux et méconnaissent l'action. Ainsi, chaque mois, plus de 3.000 queues de cheval sont récoltées. Des enveloppes parviennent à l'association de tout le pays et bien au-delà. Coupe d'éclat, unique en son genre, attire en effet un nombre élevé de dons en provenance de pays limitrophes et même lointains. "Plus nous recevrons de queues de cheval, plus nous pourrons soutenir de personnes", s'enthousiasme Joke Carlier.

De la coupe à l'aide financière

Que deviennent ces queues de cheval ? Dans un premier temps, des bénévoles triaient les chevaux par longueur et couleur et les pesai ent avant de les remballer soigneusement. Mais depuis quelques années déjà, l'association a confié cette tâche à deux organisations sociales – Wok et CWC – situées à Bruges. Les paquets sont ensuite vendus au kilo à In Fix Hair International, un fabricant belge de perruques.

"C'est notre partenaire depuis toujours car il confectionne des perruques de très bonne qualité, précise Joke Carlier. 8 à 10 queues sont nécessaires pour une perruque en cheveux naturels. Cela prend du temps et c'est un travail minutieux. Les cheveux sont fixés un par un au bonnet. In Fix Hair International est très satisfait de pouvoir disposer de cheveux européens plus fins et plus solides que les cheveux asiatiques majoritairement présents sur le marché", fait-elle remarquer.

Par ailleurs, grâce à l'argent récolté, le Fonds Coupe d'Éclat permet à des personnes atteintes du cancer du sein, dont la situation financière est difficile, (2) d'acquérir une perruque chez le perruquier de leur choix. En effet, ce produit peut coûter cher malgré l'intervention forfaitaire de 180 euros provenant de l'assurance soins de santé obligatoire (1).

Il est déjà possible d’acheter une perruque à ce prix en fibres synthétiques mais elle peut atteindre 600 euros selon le type de montage (machine ou main). En cheveux naturels, il faut compter minimum 700 euros, et une perruque faite à la main, sur mesure peut coûter plusieurs milliers d’euros.

Concrètement, la patiente doit adresser sa demande au service social de la clinique du sein où elle est en traitement. Une fois approuvé par le service social, le dossier est transmis à l'association qui verse directement 200 euros sur le compte de la patiente. Celle-ci n'a plus alors qu'à renvoyer ensuite la preuve d'achat.

"La récolte d'argent n'est pas le seul but de notre action. L'objectif est aussi de sensibiliser au cancer du sein, à toutes ses conséquences et au soutien indispensable qu'il nécessite. On veut aussi inciter les femmes à se faire dépister", conclut Joke Carlier.


Pour en savoir plus ...

>> www.think-pink.be/coupedeclat

>> La Fondation contre le cancer a édité un guide gratuit (52 p.) pour aider les personnes à prendre soin de leur image et de leur corps. "Paraître bien, pour être mieux - conseils de beauté en cas de cancer" regorge d'explications et de conseils pratiques. Il peut être téléchargé ou commandé sur www.cancer.be ou au 0800 15 801 (Cancerphone, ligne gratuite).

>> Visionnez aussi l’excellent webdoc intitulé "De mèche contre le cancer" et réalisé par Lilia Hassaine et Evelyne Louzingou. Au fil de la tresse, rencontrez des donneurs et découvrez le parcours d'une mèche.

En pratique

Cheveux blonds, bruns, gris, bouclés ou colorés ? Peu importe du moment que les cheveux sont sains et d'une longueur d'au moins 20 centimètres. Plus longue est la queue, mieux c'est.

Pour faire don de ses cheveux, rien de plus simple. Plusieurs formules sont possibles.

  1. Prendre rendez-vous chez un "ambassadeur Coupe d’Éclat" reconnaissable à l’autocollant rose apposé sur la vitrine (liste disponible sur www.think-pink.be). Ces coiffeurs partenaires possèdent les enveloppes nécessaires à l'envoi. Ils effectuent la coupe et mettent en forme les cheveux gratuitement.
  2. Confier la tâche à son coiffeur habituel. Dans ce cas, faire une demande préalable en ligne auprès de Coupe d'Éclat pour recevoir une enveloppe spéciale préaffranchie. Il suffira alors au coiffeur de mettre la queue dans un sachet en plastique (de préférence avec système de fermeture hermétique), de glisser ce sachet dans l'enveloppe. Il ne reste plus qu'à poster celle-ci. Une enveloppe normale affranchie peut aussi être envoyée à Coupe d'Éclat, DA 852-439-3, 1000 Bruxelles.
  3. Profiter d'une journée de don, mise sur pied par certaines organisations de coiffeurs ou d’écoles de coiffure. Lors de ces événements, les services de coupe sont gratuits.

Quelques règles sont à respecter : les cheveux doivent être en bonne santé, propres et parfaitement secs. Ils doivent aussi être vierges de tous produits de styling (laque, gel…).

Une perruque pour masquer la maladie

Témoignage d’une bénéficiaire

En rémission du cancer du sein depuis deux ans, Vicky se souvient avec émotion de la perte de ses cheveux, consécutive aux nombreuses et lourdes séances de chimiothérapie et de radiothérapie qu'elle a dû subir avant d'être opérée.

"L'assistante sociale de la clinique du sein m'avait conseillé de ne pas attendre de perdre mes cheveux par poignées pour me préparer au mieux à ces terribles effets secondaires. Je me suis fait couper les cheveux tout courts, ce qui ne me plaisait pas. Puis, je suis allée chez un perruquier qui m'a mise en confiance et m'a bien conseillée. J'ai choisi une perruque en cheveux synthétiques qui correspondait à ma chevelure blonde. Lorsque la perte de cheveux est devenue importante, j'ai repris rendez-vous. Le moment où le perruquier m'a complètement rasée a été terriblement bouleversant. Heureusement, cela s'est fait en toute discrétion, dans une pièce à part, et mon mari m'accompagnait. On m'a montré comment mettre ma perruque…".

Au fil des jours et des semaines, Vicky a fini par s'habituer à sa nouvelle tête. "À la maison, en présence de mon mari et de mes enfants, je ne portais souvent rien. Je ne mettais finalement ma perruque que lorsque je sortais pour cacher la maladie et éviter les regards de pitié ou les attitudes de gêne à mon égard. C'est sans doute le plus épouvantable dans cette maladie : le regard des autres".

D'un tempérament optimiste, Vicky a décidé de s'octroyer des petits plaisirs en achetant plein de foulards et de bandanas très colorés. Elle s'est amusée à expérimenter différentes manières de les nouer. En été, elle a porté des grands chapeaux, moins chauds que la perruque. Par ailleurs, elle a davantage pris soin de son apparence, "car c’est bon pour le moral". "Je devais accepter la maladie. J'ai pris le bon côté des choses. À la clinique du sein, j'ai été très entourée. J'ai bénéficié d'une aide psychologique. J'ai profité de soins esthétiques, de séances de massage. J'ai expérimenté l'art-thérapie…".

Aujourd'hui, Vicky retravaille mais elle s'attache à écouter et à respecter ce corps qui est douloureux et s'épuise vite. Elle profite des petites choses de la vie, prend du temps pour elle et ses proches.