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Des mots sur le burn-out

Le terme burn-out a pris ses quartiers dans les conversations courantes. L'ombre de ce diagnostic plane sur des travailleurs exténués. Cela n'empêche pas le sujet de rester tabou. Avec des manifestations parfois impressionnantes – certains parlent de paralysies, de bouffées de détresse, de crises d'angoisses… -, le burn-out déconcerte la personne qui en souffre, son entourage, les soignants. Il questionne aussi le monde du travail et la société dans son ensemble. Voici trois ouvrages parmi de nombreux autres, qui apportent des éléments utiles à la compréhension du phénomène.


Malaise de civilisation

Global burn-out est écrit par un philosophe. Mais que vient faire la philosophie dans le burn-out que l'on pourrait considérer comme le terrain du médical voire de la psychologie ? Elle cherche entre autres à comprendre ces étranges bouffées de détresse, à les situer dans notre époque excessive, explique Pascal Chabot. Dans un récit qui tient de la méditation, il livre ses réflexions sur les régimes effrénés qui gouvernent le travail, sur la course à la reconnaissance, sur l'essoufflement en cours, sur le potentiel de métamorphose inhérent au burn-out.

La plume est fluide, passionnante et offre des éclairages "volontairement décalés". Des romans (comme La naissance d'un pont de Maylis de Kerangal, La saison des pluies de Graham Greene, Marge brute de Laurent Quinteau, etc.) jalonnent le parcours. Est-ce grâce à eux que la lecture de cet essai s'apprécie pour la justesse des mots choisis, pour l'univers qu'ils dégagent, loin de l'âpreté des statistiques et autres analyses cliniques ? Peut-être. Sans doute aussi s'apprécie-t-il pour sa profondeur. Ainsi le philosophe parle de "nouveaux épuisés de Dieu", rapprochant burn-out et acédie, cette lassitude spirituelle diagnostiquée, il y a plusieurs siècles, chez des moines plutôt fervents. "Comme le moine ne parvenant plus à prier un Dieu qui ne le réconforte plus, le travailleur baisse les bras, faute parfois de reconnaissance, écrit Pascal Chabot.Il doute. Il se demande si son existence, si courte en somme, a pour vocation d'être toute entière au service d'une multinationale qui l'ignore, d'actionnaires qui le dédaignent."

Le philosophe enjoint à penser ce que serait une vie meilleure, à se recentrer sur ce qui importe le plus, et à y rester fidèle. "Le plus grand gâchis serait que l'époque la plus favorisée sur le plan matériel soit aussi la plus dépourvue de sens et de spiritualité. Pour cette raison, les pensées de reconstruction, mêmes infimes, deviennent urgentes".

Au boulot et à la maison

Au travers de courts récits, un dossier des Nouvelles feuilles familiales s'intéresse au burn-out. Témoignages d'une bibliothécaire, d'un banquier, d'une infirmière…, de proches aussi forment autant de coups d'œil sur des histoires différentes, qui se terminent bien ou moins bien. Car, précisons-le, certains récits ont des fins tragiques. Le dossier comprend également des analyses brèves, venant d'experts de différentes disciplines : médecine du travail, coaching, sociologie… Témoignages et analyses entendent éclairer, chacun à leur manière, des questionnements autour du burn-out. Comment expliquer la multiplication des cas ? Est-ce la conséquence d'un changement de l'environnement social et économique ? Quelles en sont les répercussions sur les relations avec les proches ? Est-ce abusif de parler aussi de burn-out maternel ?

Pour José Gérard qui signe l'introduction et la conclusion de ce dossier, l'ensemble des citoyens est potentiellement intéressé par ce sujet. Parce que, si ce sont des individus qui sont touchés, l'organisation du travail et de la société est concernée. Et des solutions collectives doivent être trouvées. L'obligation pour les employeurs de prendre en compte le burn-out dans leurs plans de prévention (loi de sept. 2014) n'est qu'un premier pas, indique le coordinateur du dossier. Il invite à placer en ligne de mire un idéal : celui de changer la conception même du travail, "en visant non plus l'augmentation du produit intérieur brut, mais celle du bonheur intérieur brut".

Quels traitements ?

Un message optimiste introduit Comment traiter le burn-out, un ouvrage axé sur la prise en charge du burn-out : "oui, on peut s'en sortir", écrit le clinicien Michel Delbrouck. Plus encore, selon le spécialiste, oser s'arrêter face aux signaux d'alarme et analyser ce qui se passe peut constituer "une chance inouïe et inespérée de modifier sa trajectoire de vie". D'où une certaine insistance sur le dépistage et la prévention, tout autant que sur le traitement. Une large partie de l'ouvrage est consacrée à la prévention primaire, avec des conseils pragmatiques applicables dans la vie quotidienne (sommeil, loisirs…). Surtout, il donne des balises concrètes aux soignants (thérapeutes, psychologues…) mais aussi aux responsables des ressources humaines pour accompagner ceux qui souffrent de cet épuisement professionnel.

Dix phases sont détaillées afin que les cliniciens agissent "avec ordre et méthode"; tout en leur conseillant "de laisser leur cœur et leur esprit grands ouverts pour accueillir tout ce qui se trouve au-delà des mots, des émotions, des plaintes physiques et des situations de travail." Certains chapitres concernent des situations particulières : notamment celle des soignants victimes eux-aussi de burn-out, et celle du délicat passage à la retraite.