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Un coup de fouet vers la réussite

© Frank Toussaint © Frank Toussaint

Gérer son stress, apprendre à se connaître et à se présenter, découvrir les métiers connus et moins connus… Autant d'apprentissages nécessaires, tôt ou tard, pour accéder à l'enseignement supérieur et se projeter dans une profession. Certains jeunes, bourrés de talents, ont pourtant besoin d'un coup de pouce – potentiellement décisif – dans leur cheminement. Le rôle de Boost.


Ils s'appellent Brandon, Soufiane, Amina, Léonce, Klaudia, Oumaima, Chaïma… Ils ont 17 ans, pour la plupart, et sont toute ouïe autour d'Aline, leur formatrice du jour. Pas une minute ne se passe sans que les mots "formations", "débouchés", "métiers", "carrières" n'apparaissent dans leurs échanges. Tracées au marqueur sur un grand tableau, deux colonnes de professions alimentent les conversations : les unes sont prometteuses, les autres plus difficiles voire "bouchées".

Dans cette assemblée hétéroclite, un point commun : tous ont été sélectionnés il y a trois ans par un jury (chefs d'entreprises, magistrats, journalistes, etc.) rassemblé par la Fondation Roi Baudouin (FRB) pour participer, pendant au moins quatre ans, au programme Boost. Objectif : aider des jeunes fragiles sur le plan socio-économique à accéder aux études de l'enseignement supérieur ou universitaire. Éviter que leurs talents ne restent en rade, sous-exploités en raison d'un environnement familial fragilisé. Exploiter au maximum ce "vivier de pépites", comme l'explique une des coaches impliquées.

Un tremplin social

"Boost veut relancer l'ascenseur social là où un certain déterminisme risque de brider les meilleures volontés, commente Farah Ridane, coordinatrice du programme. Aider les jeunes qui 'en veulent' à déployer leur potentiel, afin que leur orientation professionnelle soit choisie en toute lucidité et non subie." Les participants sont plutôt choyés sur le plan matériel et pédagogique. Une fois sélectionnés (seulement un candidat sur cinq est retenu à Bruxelles…) sur base de leur situation socio-économique, de leurs résultats à l'école et de leurs motivations, ils reçoivent en effet une bourse annuelle de 500 euros en moyenne, un ordinateur et une imprimante.

Pendant quatre ans, à raison d'une ou deux après-midi par mois, ils bénéficient d'un apprentissage collectif aux compétences transversales (connaître ses forces et faiblesses, communiquer verbalement, se présenter d'une façon professionnelle, etc). Un soutien plus individualisé leur est également assuré. D'autres types d'aide sont également accordées, comme la mise à disposition de lieux calmes (propices à l'étude). Et, lorsqu'ils arrivent dans l'enseignement supérieur, ils sont assistés pour préparer leur entrée sur le marché de l'emploi : rédaction d'un curriculum vitae, simulation d'un entretien d'embauche, etc.

Rien ne tombe du ciel

Le programme Boost, s'il est gratuit pour les bénéficiaires, n'est pas sans impact pour autant dans l'organisation familiale. "Plus que la main tendue, la logique est celle de la responsabilisation", précise la coordinatrice. Ainsi, les familles s'engagent à soutenir au maximum leur grand ado à participer à toutes les activités organisées par la FRB. Pas toujours simple, car cet engagement s'étale sur plusieurs années, pendant lesquelles la motivation du jeune et le soutien fourni par sa famille doivent faire l'objet d'une vigilance cons tante. Certaines étapes peuvent s'avérer plus difficiles, comme l'arrivée en haute école ou à l'université où, plus qu'à d'autres moments, se profile le risque de perte de confiance en soi.

L'engagement des jeunes ne porte pas seulement sur leur présence régulière aux activités. Ils sont également tenus de devenir eux-mêmes des ambassadeurs de Boost dans leur école. Puis, de jouer le rôle de mentor pour les nouveaux arrivants. L'espoir, à terme, est de passer d'un groupe de 350 "Boosters" actuels à une communauté d'un millier d'étudiants et de diplômés à travers le pays : un véritable réseau d'entraide et de soutien multiculturel.

Taux de réussite maximalisés

Et ça marche ? "En fin de première année d'études supérieures, nous avons 40 à 50% de réussite chez nos 'Boosters',alors que la moyenne générale en Belgique est de 40%. La différence peut paraître faible, mais, en réalité, nos jeunes partagent la caractéristique d'être issus des groupes de population les plus fragilisés sur le plan de la promotion sociale. Cela montre bien qu'ils s'accrochent. D'ailleurs, après leur deuxième année dans le supérieur, 75% des jeunes réussissent. Ils deviennent ainsi acteurs de leur propre réussite, loin de toute logique d'assistanat."

Créé par la FRB en 2011, Boost est déjà implanté à Bruxelles, Liège, Anvers et Verviers. Dans chaque ville, le programme a recours à une série d'intervenants d'éducation et de formation, choisis pour leur connaissance du réseau scolaire local, et surtout, à des partenaires susceptibles de dispenser les formations aux jeunes. Demain, Boost s'installera à Gand et à Charleroi. Puis encore ailleurs, peut-être…

Témoignages

© Frank Toussaint

Mehdi, stagiaire, 18 ans : "Un truc de fous !"

Communiquer ou gérer une entreprise ? Entre ces deux filières professionnelles balance le coeur de Mehdi, 18 ans, en dernière année secondaire dans une école d'Etterbeek. "Je compte sur la suite de Boost pour m'aider à trancher. Je sais déjà, au moins, que je ne serai pas économiste…" Économiste ? Fan des maths, Mehdi s'était longtemps projeté dans cette profession mais, au fil du programme, il a compris que ce n'était pas pour lui. Sa rencontre en face à face avec le patron d'une grande entreprise d'intérim a été décisive. "Je me suis retrouvé incapable de lui expliquer ce que c'était, un économiste !" Mais c'est aussi le test de personnalité qui l'a aidé à voir clair dans ses affinités et à changer de voie. Car Mehdi aime organiser, parler en public, favoriser les liens, écouter les autres tout en estimant qu'il est "paresseux à l'étude". Pas évident, souligne-t-il, lorsqu'"il faut être le meilleur dans tous les domaines". Il a adoré, aussi, l'atelier sur les codes sociaux : comment se comporter et s'exprimer selon les lieux où l'on se présente ?

Mehdi se souvient du début de son aventure avec Boost, il y a deux ans. Des éducateurs, en troisième, l'ont abordé à la récré et lui ont parlé d'un "truc spécial". "Il était question d'une aide financière, de matériel mis gratuitement à ma disposition, de stages de langues : un truc de fous ! J'ai compris que je n'aurais jamais deux fois une telle opportunité." Avec le soutien de sa mère, il remplit le formulaire de motivation, passe deux jurys avec succès et s'engage pour les quatre années du programme. Sans regrets ! "Étant donné les revenus assez moyens de mes parents, je dois faire un job d'étudiant dans une boulangerie pour payer mes études. Sans Boost, je devrais passer beaucoup plus de temps à la boulangerie… Pas sûr que j'aurais l'occasion de découvrir tout ce que j'apprends ici…"

Hélène, coach, 36 ans : "Une sorte de cheffe d'orchestre, disponible pour chacun"

Depuis trois ans, Hélène, neuropsychologue spécialisée dans l'aide aux adolescents, a rejoint l'équipe des "field managers" engagée par la Fondation Roi Baudouin pour veiller au bon déroulement de Boost. Un à deux jours par semaine, elle quitte son travail habituel − en pédiatrie à la Clinique Saint-Pierre à Ottignies − pour être aux côtés de "ses" 15 jeunes, garçons et filles, qu'elle suivra au total pendant plus de quatre ans. "Une fois les candidats sélectionnés, j'ai rendu visite aux familles pour remettre à chacun son imprimante et son PC. Cela donne déjà une bonne idée des conditions dans lesquelles certains doivent étudier. Parfois, quatre frères et soeurs se partagent une pièce unique, où les matelas ne sont installés qu'en soirée faute de place pendant la journée."

Hélène voit son rôle comme celui d'une cheffe d'orchestre, apportant un soutien permanent et "hyperconcret" aux bénéficiaires, veillant à la bonne communication interculturelle. Suivre les bulletins de chacun deux ou trois fois par an, identifier ceux qui éprouvent le plus de difficultés à l'école, orienter si nécessaire vers des cours particuliers, veiller à la bonne coordination avec les "partenaires" (les services qui dispensent les formations chaque mercredi après-midi), organiser des sorties culturelles ou ludiques pour le groupe, organiser une soirée annuelle avec tous les parents, dresser le bilan en fin d'année avec chacun, etc. Aussi : une tâche de surveillance des dépenses réalisées, la bourse de la FRB n'étant versée au jeune que progressivement, en fonction du respect des objectifs de développement.

"Mon rôle n'est pas du tout celui d'assurer un accompagnement thérapeutique, mais bien d'assurer une disponibilité maximale pour chacun. Je dois particulièrement tenir compte des spécificités culturelles de chaque situation. Ces jeunes sont talentueux et motivés mais, à certains moments, je dois les coacher au plus près pour qu'ils arrivent à respecter leur contrat avec la Fondation." Le plus passionnant ? "Voir le groupe évoluer. Sentir les bénéfices de Boost s'accumuler à travers les échanges, entre eux et avec moi. Sentir qu'ils arriveront plus forts sur le marché de l'emploi : plus résilients dans les situations difficiles, plus persévérants, meilleurs communicateurs, etc."