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Papa, maman, mamy... en médiateur face aux écrans

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Télé, tablette, console de jeux, ordinateur, smartphone... À tout moment, ils sont présents dans nos vies. Objets de dépendance mais aussi outils précieux, leur cohabitation avec les enfants et les parents n'est pas toujours simple. Quelques pistes pour amener à grandir au mieux avec les évolutions techniques. 


Comment utiliser les nouvelles technologies avec les enfants ? Influencent-elles leurs comportements ? Comment les accompagner dans l'usage des écrans qui se multiplient ?

Nombre de parents – si pas tous – se posent un jour ces questions sans réponses évidentes. Pour baliser la réflexion des parents et les aider à savoir "comment faire" dans leur quotidien, le service Infor Santé de la MC de la Province de Luxembourg avec les centres de planning familial d'Arlon, de Bastogne et de Virton a empoigné le sujet.

Un sondage auprès d'enfants de 5 à 8 ans est venu nourrir leur démarche, livrant un éclairage teinté de spontanéité et du vécu des jeunes répondants par rapport à l'utilisation des écrans. Comme d'attester de la présence en moyenne de 6 à 10 écrans dans la maison (57%). Comme de citer dans leurs principaux jeux vidéo des Mario Kart et Hello Kitty à côté de jeux d'actions tel Grand Theft Auto (GTA) adaptés aux 18 ans et plus… Dans la suite de ces recherches, le temps était venu de partager avec les parents. Des conférences ont sillonné le territoire de la Province.

Aujourd'hui, un livret avec des pistes pour encourager et orienter les parents au quotidien est disponible en ligne à tout qui le souhaite, ainsi que des trucs et astuces collectés au gré de conférences.

Coup d'œil sur ces outils.

Au préalable, il est bon d'indiquer qu'il n'y a pas de recettes ou de formules toutes faites. "Le copié/collé ne fonctionnera pas", comme l'observe un des porteurs du projet. Les recommandations par rapport aux écrans sont à voir comme des références, des guides à adapter aux réalités propres : celle d'une famille nombreuse ou pas, celle d'une jambe cassée ou d'un aérosol, etc.

  • L'attention : contrairement à ce que l'on croit, la télévision réclame de l'attention et charge le petit spectateur en émotions. Il est ainsi déconseillé de regarder la télé avant d'aller à l'école. Au réveil, l'enfant sort de ses rêves, atterrit dans la réalité et se prépare à la journée. Sa concentration en sera favorisée pour la suite.
  • Les images : jusqu'à l'âge de +/- 7 ans, le réel et le virtuel se confondent aux yeux des enfants. Ils ne possèdent donc pas toujours le décodeur pour filtrer les images. S'il est par conséquent important de veiller au choix du programme, du jeu, de la vidéo…, il est recommandé de cultiver l'interaction autour de ceux-ci. L'adulte pourra mettre du sens en accompagnant les réactions verbales ou autres du petit spectateur, en parlant des images, en particulier celles qui provoquent des émotions qu'elles soient de peur ou d'euphorie.

  • Illustration téléchargeable sur www.mc.be/parents-luxLes rituels et les repères : gérer le temps devant les écrans, c'est souvent la croix et la bannière pour les parents. Les experts s'accordent au- tour d'un cap de 30 minutes maximum par jour entre 3 et 12 ans (voir schéma ci-dessous). Bien entendu, il s'agit d'une balise conseillée, sans doute un rien utopiste pour certains, à adapter aux situations. L'essentiel est par contre d'établir des règles stables à la maison. Pas de soucis si elles sont différentes d'une maison à l'autre. Par contre, dans chaque maison, elles doivent être soutenues par tous, y compris la baby-sitter. Se baser sur un repère extérieur comme une horloge, un sablier, la fin d'une émission…  pour signifier la fin du temps sur l'écran pourra être d'une grande aide et éviter les contestations

  • Les jeux : l'idéal reste de les tester soi-même, et  de temps en temps – de jouer aussi avec enfant. La génération de papas gamers appréciera. Cela permet de jauger l'intérêt du jeu, mais aussi de se rendre compte de l'habillage. Il n'est pas rare que des jeux gratuits en ligne soient entrecoupés de publicités, par exemple. À tout le moins, il s'agit de se renseigner avant d’acheter ou de télécharger un jeu. La classification d'âge PEGI est un indicateur, les résumés et critiques sur la toile peuvent servir de guides. Comme le dit bien une maman lors d'une conférence à Arlon, le choix des jeux vidéo s'élabore avec les indicateurs et le "gros bon sens du parent", même s'il n'est pas facile de tenir le cap face aux enfants grandissants. Avec les ados, c'est encore une autre histoire..

Pour en savoir plus ...

Écrans en veille, un monde s'éveille

Faciles à mettre en route. Difficiles à éteindre... Les écrans prennent une place grandissante. Ils "occupent" le temps, même des tout-petits. Une manière de tenir à distance l'ennui. Et pourtant, un rien de vacuité est le meilleur allié de la créativité. 

Aujourd’hui, alors que le rythme de vie subit l’accélération, alors que les sollicitations se multiplient entre les écrans et autres portables, "ne rien faire serait le dernier des luxes, avance le psychiatre Christophe André dans son "Apprentissage de la sérénité"(1). Un luxe suprême dans cette époque d’agitation et de pragmatisme. Une époque passionnante et féconde mais que nous ne pourrons savourer pleinement que si nous savons aussi, à certains moments, ne rien faire". Et de raconter comment, écrivant un chapitre autour de l’inactivité, il passe devant la chambre de sa fille apparemment loin d’être occupée à ses devoirs.  "Dis donc, mon amie, tu fais quoi?", lance-t-il. "Ben, euh, rien…" répond- elle. Un temps d’hésitation. On a tellement l’habitude de congratuler pour des exploits. Finalement, il la félicite, plutôt que de la gronder,  convaincu de l’importance de ces temps de rêveries, ces temps véritablement "libres".

Nous vivons dans un monde de saturation – visuelle, sonore –, de stimulation incessante. Accepter d'être seul face à un espace-temps à remplir soi- même est un vrai défi : le défi de l'ennui, comme le décrit la psychologue Sophie Marinopoulos (2). Aux parents souvent inquiets de voir leurs enfants s'ennuyer et à court d'idées, elle s'attache à expliquer les trésors du "ne rien faire", de laisser son esprit vagabonder. À l'heure où sévissent les "kits contre l'ennui", avec la télévision en place de choix, voici qui enjoint à préserver les temps de déconnexion, à résister au clic facile. "Si notre enfant a le réflexe 'écran', essayons de tenir bon !", conseillent aussi les auteurs de la brochure Enfants et écrans, des pistes pour s'y retrouver(3).

Pourquoi ? Avec les écrans en veille, l'imagination est titillée, les émotions générées par la télé ou les jeux vidéo peuvent être digérées, la motricité se déploie.

Attendre et grandir

Combler toute demande de l’enfant le plus rapidement possible, éviter le vide, voilà l’urgence dans laquelle les adultes se débattent souvent. Face à cela, la psychologue Diane Drory propose un plaidoyer pour “le manque"(4) : "l’immédiateté, refusant la notion d’attente, empêche de comprendre la matérialité du temps et entraîne insidieusement une perte de sens de la vie et, chose plus grave, engendre de l’amertume face à celle-ci". Or grandir prend du temps. Et éduquer, c’est confronter au manque, initier à l’attente…

Explorer les chemins buissonniers

"L’enfant qui se trouve devant la page blanche d’un après-midi va, grâce à ce nécessaire 'temps perdu', explorer à son rythme, progressivement, ce qui l’entoure et y chercher le sens…, rappelait Yapaka et une campagne "Être parent, c’est…"(5). En empruntant les chemins buissonniers du temps, il va grandir, se nourrir des messages glanés au fil de ses rêveries, de ses allées et venues entre les espaces de la maison, de ses descentes sur les rampes d’escalier, de ses 'on disait que…'".

Quant à l’adolescent, le temps libre – celui où il a le choix de faire une activité ou de ne rien faire – s’avère aussi utile. Il contrebalance les injonctions fortes à être actif en tout temps et dans des lieux réglementés, sous le contrôle des adultes. Il goûte à la liberté. Sans nul doute, ce qui vaut pour les petits ou les presque grands, vaut certainement pour leurs aînés, sans limite d'âge.

Conseils aux adultes

Nous baignons dans les paradoxes contemporains entre rapidité et temps de vivre. Dans ce contexte, Diane Drory tente de soutenir les éducateurs. Elle trace quelques pistes éducatives, finalement valables pour tout un chacun : apprendre aux plus jeunes le temps nécessaire pour peser leurs mots malgré la fulgurance de la communication électronique, apprendre à faire le tri entre l’urgence d’une action et la nécessaire lenteur que requièrent la réflexion et la créativité, apprendre à user d’une vraie liberté, celle qui permet de choisir ce que l’on souhaite faire, dire et penser.

"Aidons nos enfants à apprendre le vide pour contrebalancer le trop-plein. Invitons-les à inventer un monde qui leur correspond vraiment au lieu de leur demander de se conformer à nos modes de vie, gavés, saturés et trop pressés", enjoignait le psychothérapeute Thierry Janssen dans un éloge de l'ennui. Gardons en tête cette maxime de Jean-Jacques Rousseau, formulée voici plus d’un siècle : la plus utile règle de toute éducation, ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre.