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Le prix humain du jus d'orange

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Au Brésil, les cueilleurs d'oranges alimentent une industrie qui génère de plantureux profits. En échange de leur labeur : des miettes et des conditions de travail dignes de l'esclavage. Marcio Bortolucci, avocat d'un syndicat de travailleurs, plaidait en leur faveur à Bruxelles.


État de Sao Paulo, à l'Est du Brésil. Plus de 200.000 hommes et de femmes courbent le dos dans les orangeraies. Leur besogne : récolter quotidiennement deux tonnes d'oranges. Pour leur peine, ils obtiendront neuf euros (260 euros/ mois), soit le salaire minimum légal. Un montant toutefois inférieur à la somme nécessaire pour vivre des revenus du travail (14 euros). Conséquence : les cueilleurs saisonniers s'endettent auprès de leurs employeurs. Qui plus est lorsque ces derniers proposent logement et nourriture à des prix exorbitants aux travailleurs qui ne sont pas de la région.

Qui sont ces employeurs ? Il s'agit des sous-traitants des multinationales Citrosuco, Cutrale et Louis Dreyfus qui contrôlent, de A à Z, la quasi-totalité de la production de jus d'orange. Leur domination du marché leur permet de faire pression sur les prix fixés. Il n'est d'ailleurs pas rare que des accords soient conclus entre ces trois géants, condamnés dernièrement pour avoir systématiquement sous-traité l'emploi dans le secteur. Un verdict qui n'a pas eu raison de la dépendance économique et psychologique immense qu'endurent les cueilleurs, et qui pourrait bien relever du travail forcé, voire de l'esclavagisme.

Marcio Bortolucci était invité en Belgique par Solidarité Mondiale pour clôturer la campagne de l'ONG du Mouvement ouvrier chrétien dédiée aux mouvements sociaux. Pour le porte-parole des cueilleurs d'oranges, le sort de ces derniers peut être amélioré de plusieurs manières.

Un : appliquer les lois sur le travail qui existent au Brésil mais ne sont pas respectées. "Le Ministère du Travail brésilien est déficient, explique-t-il. Des reportages prouvent qu'il n'y a jamais eu de suite sur des dénonciations d'esclavagisme."

Deux : l'Europe, vers qui les deux tiers des oranges brésiliennes sont destinées, doit pouvoir refuser sur son sol des produits qui ne respectent pas les normes sociales, éthiques et environnementales. "Un contrôle contraignant doit être appliqué aux produits importés par l'Union européenne", plaidait l'avocat brésilien auprès de la Commissaire européenne au Commerce.

Le consommateur peut limiter la complicité avec le sort réservé aux cueilleurs brésiliens : "Consommer Fairtrade est une alternative immédiate", plaide l'avocat. Mais les cartels sont si forts que cette filière a des difficultés à se développer.

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