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À vendre, la santé ?

"Les institutions européennes et les gouvernements nationaux font payer aux gens la facture de la crise économique."
© Matthieu Cornélis

ONG, mutualités, syndicats… s'inquiètent de la multiplication d'indices témoignant d'une politique européenne de commercialisation et de privatisation de la santé. La Belgique n'échappe pas au phénomène.


Des maisons de repos et de soins dont l'accès est de plus en plus difficile aux personnes âgées dont les revenus sont modestes. Des listes d'attente qui s'allongent dans les consultations à l'hôpital, alors que des rendez-vous s'obtiennent plus rapidement en cabinet privé moyennant suppléments. Des patients gravement malades qui ne peuvent bénéficier de certains médicaments pourtant vitaux car impayables par la sécurité sociale en raison de leurs prix exorbitants…

De tels exemples illustrent une tendance croissante, dans les pays d'Europe, à voir les soins de santé gagnés par une logique strictement commerciale. Rationnaliser et mieux gérer l'organisation des soins de santé sont une chose. Permettre aux fonds de pensions, multinationales de services, firmes pharmaceutiques et autres organismes d'assurances privées d'occuper l'ensemble du terrain pour engranger des bénéfices toujours plus élevés en est une autre. Certains parlent même, face au vieillissement de la population, d'un "or gris". Une allusion à peine voilée à la possibilité d'obtenir des rendements intéressants dans certaines formes de placement financier, profitant du désengagement des pouvoirs publics de leurs missions de protection de la santé.

Quant au secteur pharmaceutique, il est devenu le secteur économique le plus rentable, loin devant le secteur financier, avec un rendement indécent de plus de 20 %, d'après le magazine Fortune.

C'est pour dénoncer de telles réalités, de plus en plus sensibles, que des syndicats, des mutualités, des ONG, des mouvements de citoyens… se sont retrouvés dans la rue, le 7 avril dernier, dans plusieurs dizaines de villes de l'Union européenne. Leur mot d'ordre : la santé n'est pas à vendre. Pour frapper l'imagination, des draps blancs ont été déployés à l'entrée de divers organismes concernés par la politique de santé publique, notamment à la Mutualité chrétienne.

"Les institutions européennes et les gouvernements nationaux font payer aux gens la facture de la crise économique. Ces politiques auront – et ont déjà – des effets catastrophiques sur la santé des personnes", a résumé Sebastian Franco, coordinateur du Réseau européen contre la commercialisation de la santé. Prochain rendez-vous : une conférence sur la commercialisation de la santé au Parlement européen, les 6 et 7 juin prochains.

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