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Quand l'effondrement menace…

Quand l'effondrement menace… © Shutterstock

Le monde tourne fou ? Soyons plus dingues encore que ceux qui travaillent à sa perte, suggèrent quelques penseurs audacieux, porteurs de révolutions optimistes.


Les gros titres des médias, ces derniers mois, ont été plombés par des réalités physiques peu réjouissantes : les forêts sibériennes livrées à des feux galopants ; l'Amazonie dévorée par des incendies inhabituellement nombreux ; des records de chaleur pulvérisés pour la deuxième année con­sécutive en Europe. Si l'on ne parle même plus de la fonte accélérée de l'Arctique, c'est peut-être parce que la chose semble désormais acquise et que c'est l'Antarctique qui commence à s'effriter. Qu'il paraît loin, l'accord sur le climat dit "de Paris" (2015), qui appelait à une mobilisation générale et urgente pour éviter que la planète léguée à nos enfants et petits-enfants ressemble à une cocotte-minute ! Lassitude, découragement, impuissance…

Le plus frappant est que ceux qui évoquent explicitement l'effondrement potentiel du "système mondial" appartiennent de moins en moins au seul cercle des scientifiques et des activistes environnementaux. Si des économistes aussi réputés chez nous que Bruno Colmant et Paul Jorion évoquent les menaces planant sur "la survie même de l'humanité" (1), c'est en référence à des problématiques qui dépassent largement les références écologiques : le consumérisme effréné, la concentration de la richesse et, surtout, la montée de populismes qui ne se cachent même plus pour attiser les tensions, appeler aux replis identitaires, inciter à la haine, légitimer le recours à la force, sombrer dans la caricature et la vulgarité. Trump, Bolsonaro, Salvini, Orban, Poutine… Quels seront le rôle et l'influence de ces bouteurs de feu dans un monde qui, par ailleurs, a vu très discrètement, cet été, les USA et la Russie se retirer du traité historique sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) au profit d'arsenaux plus "modernes" ?

Si les craintes de l'apocalypse sont une vieille rengaine dans l'histoire humaine, celles-ci revêtent désormais des contours inédits. "L'apocalypse est entrée dans le domaine scientifique et a adopté en tout cas les formes d'une certaine rationalité", estime le sociologue français Bertrand Vidal (2) auteur d'un récent ouvrage sur le Survivalisme. Selon lui, si les scientifiques tirent de nombreuses sonnettes d'alarme, ce n'est pas tant pour nous dire qu'on arrive à la fin du monde ni pour nous apeurer, mais pour nous faire comprendre la dangerosité de certaines situations et nous inciter à changer nos comportements. Changer, soit ! La rengaine est connue. Mais quel est le seuil à partir duquel on est prêt à le faire vraiment ? "Quand en aurons-nous [vraiment] assez ? Assez pour nous lever ? Assez pour réagir ?" s'impatiente Laure De Man, membre de la Conférence Olivaint (3). Qui, par ailleurs, balaie nos postures un peu faciles juste bonnes à diminuer les angoisses : "Donald Trump est un clown", "le Brexit est un mal nécessaire", "Victor Orban est un populiste". Tout cela va bien se tasser un jour, non… ?

Pour éviter les basculements fatals, il est des penseurs qui, loin de toute naïveté baba cool, osent gonfler les voiles de l'espoir. "On n'a aucune idée de ce qui va s'explorer ou s'élaborer dans les dix ou vingt prochaines années [mais] des verrous sautent, des changements de paradigmes s'opèrent", s'enthousiasme la philosophe française Émilie Hache (4), fascinée par la "grande créativité intellectuelle" ambiante qui accouche déjà de premiers résultats : l'émergence de nouvelles pratiques démocratiques, la renaissance de l'écoféminisme (incarné notamment par les manifes­tations des jeunes pour le climat), l'émergence de communautés paysannes" indigènes" ancrées dans la modernité, etc.

Dans un petit ouvrage lucide et implacable (5), l'astrophysicien français Aurélien Barrau estime, quant à lui, que "l'impératif de changement drastique qui s'impose à nos sociétés riches constitue une chance d'explorer un nouveau rapport au vivant (humain ou non), enrichi de multiples possibles". Demain, espère-t-il, "un ascétisme réjouissant pourrait nous extraire d'une forme de folie matérialiste mortifère". Pour concrétiser son propos, il donne deux exemples ancrés dans nos modes de consommation. "Un pull de coton fabriqué dans des conditions décentes peut être plus 'beau' qu'une veste de cuir griffée". Et, par ailleurs, "si la con­duite d'un 4x4 devient un marqueur de délinquance environnementale plutôt que de réussite sociale", les nouveaux choix s'opéreront d'eux-mêmes. Il voit ainsi émerger "une immense liberté déconstructrice, un vertige jubilatoire des possibles en arrière-plan de la catastrophe".

Utopique ? Tous deux admettent que ces mues fondamentales n'offrent aucune garantie de succès. Mais, vu les enjeux, il serait fou de ne pas les tenter.


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