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À la redécouverte du Musée royal de l'Afrique centrale

© MRAC - Jo Van de Vijve © MRAC - Jo Van de Vijve

Le Musée de Tervuren, comme on l'appelle couramment, a fait peau neuve. Dès l'entame, le visiteur habitué des lieux d'hier aura perdu ses repères. Dérouté, il redécouvrira le bâtiment conçu voici plus d'un siècle et remis à neuf. Il sera également incité à porter un regard nouveau et curieux sur l'Afrique centrale.


"On cherche l'éléphant. Savez-vous où il se trouve ?". Une jeune maman accompagnée d'un petit d'homme vient voir le mythique animal. Il faut dire qu'il en impose depuis 1958 en ces murs. Restauré en 2000 et composé in fine de deux individus (l'un pour le crâne et les défenses, l'autre pour le corps), il occupe aujourd'hui, avec d'autres animaux, une aile consacrée aux "paysages et à la biodiversité". Il participe d'une rénovation tournée vers les enjeux d'actualité.

Au-delà des vitrines

Non loin de l'éléphant, une autre espèce incarne ces enjeux. La réplique d'une perche du Nil impressionne aussi par sa taille. Elle illustre les menaces qui pèsent sur la nature. Le poisson a envahi le deuxième plus grand lac du monde, le Lac Victoria (bordé par le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie). Il est introduit par l'homme dans les années 50, à des fins d'exportation. Il est à l'origine de l'extinction de centaines d'autres espèces piscicoles.

"Quelles sont les interactions entre l'homme, les animaux, les plantes et le climat ? Comment l'homme a-t'il influencé la nature et que nous réserve l'avenir ?". Ces questions aigües aussi pour le biotope africain traversent cette partie du musée où rien n'est laissé au hasard. Une conviction guide les scientifiques attachés à l'institution muséale : "en améliorant sans cesse notre compréhension du phénomène, nous pourrons de mieux en mieux répondre à ces questions essentielles". La démarche vaut pour bien d'autres thèmes abordés à Tervuren.

À la portée de chaque visiteur

Dans chacune des salles, tout est pensé. Il n'est pas question de se contenter d'exposer des objets – si beaux, si intriguant soient-ils. Le musée, conçu à l'époque de Léopold II comme un instrument de propagande, est devenu un véritable centre de référence scientifique, une mine de connaissances sur le Congo, le Rwanda et le Burundi, anciennes colonies belges. Pas d'effroi pour le non-spécialiste, la précision scientifique n'entrave en rien l'accessibilité. Il n'y a pas de longs cartels dont la lecture rebute le chaland, pas de litanies aux propos poussiéreux. Les présentations sont au contraire dynamiques. On lit, on regarde, on écoute, on touche parfois.

Les esprits curieux se réjouiront alors d'explorer ici des rituels de guérison, là des proverbes incarnés par des récipients; ici des objets de résistance à la colonisation, là le surprenant robot- roulage qui règle la circulation dans de grandes villes congolaises; ici la pratique de la taxonomie (1), là la culture de la sape dans les rues de Kinshasa. Une chose est certaine : il y a de quoi prévoir plusieurs visites, pour faire le tour de l'ensemble des sujets abordés dans l'exposition permanente.

Un passé à assumer

La première – et peut-être la plus délicate – des thématiques que le musée aborde frontalement concerne son histoire. "Tout passe sauf le passé", lit-on d'entrée de jeu (2). De son passé, le musée fait un objet de réflexions. Mettant "hors-jeu", sans les cacher, des sculptures empreintes de propagande coloniale et raciste, il se veut "en mouvement". En témoignent l'exposition d'oeuvres d'artistes africains contemporains, les prêts ou retours de parties de collections vers leur continent d'origine, les formations de scientifiques et partage d'expertises… Et si l'association de représentants des diasporas africaines au processus de rénovation du musée n'a pas été – de l'avis de certains – concluante, la dynamique autour du Musée royal de l'Afrique centrale semble résolument tournée vers la collaboration par-delà les continents.


Pour en savoir plus ...

>> Musée royal de l'Afrique centrale,

Leuvensesteenweg, 13 à 3080 Tervuren • Ouvert du mardi au vendredi de 11 à 17h, le week-end de 10 à 18h. Fermeture le 25 déc, le 1er janvier et le 1er mai • Entrée gratuite pour les moins de 18 ans – prix normal : 12 EUR (avec possibilités de réduction pour séniors, étudiants, enseignants…) • Pour y accéder, privilégiez les transports en commun (tram 44), le parking n'est pas aisé

• Infos : www.africamuseum.be – 02/769.52.11.