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Élus et citoyens : les mêmes chantiers

© Y®YAMI - 2018 - APRES DEMAIN © Y®YAMI - 2018 - APRES DEMAIN

Trois ans après le documentaire "césarisé" Demain, applaudi jusque dans les enceintes de l'ONU et du Parlement européen, voici son petit frère Après demain. Qui, chez nous, en pleine mise en route des nouvelles équipes communales et provinciales, ne pouvait pas mieux tomber.


Et si le documentaire Demain n'avait été qu'un feu de paille ? Et si l'entrain suscité par l'initiative de Mélanie Laurent et Cyril Dion, n'avait laissé qu'un goût amer dans la bouche de cohortes de militants, signant ainsi l'échec ou l'essoufflement de centaines de projets alternatifs (alimentaires, énergétiques, environnementaux, participatifs…) portés par des citoyens ? C'est l'une des hypothèses de ce nouvel opus, entièrement consacré à la transition vers un monde plus sou te nable. Flanqué de Laure Noualhat, journaliste spécia lisée en environnement, Cyril Dion s'en va à nouveau à travers le monde pour identifier ce que sont devenues, trois ans plus tard, les semences jetées en terre par son premier documentaire et cultivées par des milliers de sympathisants.

L'attrait du plaisir

Malgré quelques échecs vite oubliés, le succès – on s'en doute un peu… – est au rendez-vous. De Paris à Grenoble, en passant par Dacca (Bangladesh) et Liège (la Ceinture aliment-terre), Dion et sa comparse donnent la parole à ceux qui ont installé des potagers collectifs sur les toits des villes, déployé des vélos partagés et des transports collectifs, implanté des panneaux photovoltaïques ou des éoliennes, etc. Tout au long de ce road movie souriant, soutenu par une bande sonore aussi énergique que celle de Demain, Laure Noualhat joue systématiquement le rôle de l'avocat du diable. Tout cela est bien sympathique, admet-elle. Mais n'est-ce pas trop petit/lent/discret/niais/symbolique face à des enjeux planétaires aussi vastes que le réchauffement climatique, l'érosion de la biodiversité ou l'épuisement des ressources naturelles ? Et Dion de répondre à ce scepticisme par ce qui fait le fil rouge du documentaire : la foi en la capillarité.

Comprenez : quand, à côté de chez soi, on voit des individus ou des groupes s'inscrire dans une nouvelle trajectoire de vie (plus environnementale, mais surtout plus amusante, plus riche, plus ludique), on n'a plus qu'une seule envie : les rejoindre ou initier la même chose dans son propre quartier. Car, n'étant pas fou, l'être humain a généralement envie de boire et manger sain, respirer un air de qualité, passer de bons moments avec ses amis et… offrir les mêmes conditions de vie rassurantes et dénuées de stress à ses (petits-)enfants. Au fond, la transition écologique, ce n'est (presque) que cela…

Un imaginaire à créer d'abord

L'autre hypothèse d'Après demain (1) est que le monde de la transition a besoin, s'il veut résister aux scénarios morbides, de se façonner un récit propre : non, le réchauffement climatique n'est pas une chape de plomb inéluctable, pas plus que les bouleversements migratoires et géopolitiques qu'il génère... "Il y a une bataille culturelle à mener, propose Cyril Dion. Il faut articuler les milliers d'initiatives de transition existantes et leur donner un sens, via un récit capable de transformer nos imaginaires. Nous avons d'abord besoin d'imaginer à quoi ce monde pourrait ressembler, pour pouvoir ensuite le faire".

Comme son prédécesseur (mais réduit à 75 minutes), Après demain affiche une longue série de visages heureux, plutôt issus des milieux aisés et instruits. Ceux qui l'avaient trouvé un brin gentillet sentiront la même crispation. Ils seront peut-être touchés, en revanche, par le discours des élus et des entrepreneurs. Que dit, par exemple, Anne Hidalgo, maire de Paris ? Que pour réduire drastiquement l'empreinte carbone de la Cité Lumière, elle a besoin de nouvelles lois mais surtout d'alliés. "Les gens doivent pousser derrière nous, les élus. S'il-vous-plaît, légitimez nos audaces politiques !". Le discours du numéro 1 de Danone – 100.000 salariés à travers le monde – vaut aussi le détour lorsqu'il déclare ne plus vouloir diminuer l'impact de son entreprise sur l'environnement (déchets, eau, etc.), mais bien pousser celle-ci à attaquer de front les défis de la planète en devenant une "b-corp" (2).

Dion n'évacue donc pas le rôle de l'économie ni ne sacralise le rôle du citoyen. Au contraire, en mettant en images ses histoires positives et contagieuses, il distille l'idée que les défis du moment ne sont ni l'affaire des citoyens, ni des élus mais bien des deux. Solidairement reliés et à l'écoute réciproque l'un de l'autre. Message salutaire par les temps qui courent…