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Épargne-pension : économiser en connaissance de cause

par Olivier Beaujean, juriste pour Droits Quotidiens -

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’épargne pension (c) istock Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’épargne pension (c) istock

L'épargne-pension permet à chacun, durant sa vie active, d'effectuer des versements et de disposer ainsi d'un capital supplémentaire à l’âge de la retraite. Cette forme d'épargne est encouragée par l'État sous forme de réduction d’impôts, moyennant le respect de plusieurs conditions.


Communément appelé "troisième pilier" de pension, l’épargne-pension est avant tout un produit financier. Il permet de se constituer un capital pour sa pension tout en "récupérant" annuellement 25 ou 30% du montant investi grâce à des réductions d'impôt. Attention toutefois : un impôt final est à payer lors de la perception du montant épargné.

Deux formes d’épargne-pension 

• Le fonds d’épargne-pension : il s'agit d'un fonds de placement établi spécifiquement dans le cadre de l’épargne-pension et géré par une banque. Avec un fonds d’épargne-pension, les montants versés ne sont pas protégés mais le rendement à long terme peut s'avérer avantageux. 

L'assurance épargne-pension : c’est un contrat d’assurance-vie dans lequel l'assuré précise qu'il souhaite bénéficier de réductions d'impôts sur ses versements. Cette formule garantit le capital. 

A noter, la formule de l’assurance-vie ordinaire (épargne à long terme) procure aussi des avantages fiscaux mais il ne s'agit pas à proprement parler d'une épargne-pension.

Des montants déductibles fiscalement 

Le versement d'une épargne-pension permet de bénéficier, chaque année, d'un avantage fiscal sur un montant annuel maximum. Depuis 2018, un deuxième plafond a été introduit avec un avantage fiscal différent. Voici les plafonds pour l'année 2020 :
• soit 990 euros avec une réduction d’impôt de 30 %. Ce montant réduit l'impôt de 297 euros (30% de 990 euros).
• soit 1.270 euros avec une réduction d’impôt de 25 %. Ce montant réduit l'impôt de 317,50 euros (25% de 1.270 euros). Attention, cette formule est fiscalement plus avantageuse que la première, à condition que le montant épargné dépasse 1.188 euros.

Pour bénéficier d’avantages fiscaux, le contrat doit respecter certaines conditions :
• L'épargnant doit résider en Belgique ou dans un autre État membre de l'Espace économique européen au moment de conclure le contrat. 
• L'épargnant doit être âgé d'au moins 18 ans et de moins de 65 ans au moment de conclure le contrat.
• Le contrat doit être conclu pour une période d'au moins dix ans.
• L'épargnant doit être le bénéficiaire du capital libéré à l'âge de 65 ans. En cas de décès, il doit avoir désigné les bénéficiaires.   

Si ces quatre conditions sont remplies, la banque ou la compagnie d’assurance envoie une attestation fiscale (n° 281.60) reprenant les versements effectués l'année précédente. Cette attestation est utile au moment de remplir sa déclaration d'impôts.

Quelques conseils supplémentaires

• Si vous pensez avoir besoin de capital avant l'âge légal de la pension (65 ans), l'épargne-pension perd son attrait fiscal. Choisissez alors une autre formule d'épargne. 

• L'épargne-pension n'a aucun intérêt si vous ne devez pas payer d'impôts. En effet, vous ne pourrez pas bénéficier de la réduction d'impôts.

• Si vous êtes indépendant, d'autres formules spécifiques plus avantageuses vous permettent d'épargner pour votre pension complémentaire.

• Faites un choix réfléchi au moment de conclure une épargne-pension. Comparez les frais d'entrée sur les contrats entre organismes ainsi que les différentes formules en fonction de votre profil et de votre âge. En tant qu'organisation de défense des consommateurs, Test-Achats peut aider à y voir plus clair

• Si vous souhaitez donner du sens à votre épargne, certains fonds s'engagent sur le plan sociétal en prenant en compte des aspects sociaux, environnementaux et de gouvernance. Plus de renseignements sur www.financite.be 

 

Trois questions à Philippe Andrianne, secrétaire politique d’Enéo

Quels sont les principaux atouts de l'épargne-pension ?

L'épargne pension est accessible à tous les citoyens adultes. Elle est beaucoup plus accessible que le deuxième pilier par exemple, réservé, lui, aux salariés des entreprises qui y consentent. C est aussi plus égalitaire dans la mesure où la réduction d'impôts est uniforme sur les revenus.  Cependant, ce système d'épargne n'est intéressant que si vous avez des revenus à détaxer. Les plus faibles revenus ne pourront pas profiter de l'avantage fiscal. L'épargne-pension est donc moins intéressante pour eux.

Faut-il payer un impôt au moment de percevoir le montant de son épargne ?

Si l'intérêt de l'épargne-pension réside de l'avantage fiscal annuel, l'épargnant va quand même devoir payer un impôt au moment de toucher le capital accumulé, soit 8%, soit 33%. Si vous épargnez pendant au minimum 10 ans et que vous décidez de retirer le montant après 60 ans, vous devrez payer 8% d'impôt. À noter que l'âge de 60 ans ne dépend pas de l'âge de votre pension. Vous pouvez très bien décider de travailler jusqu'à 70 ans et débloquer votre épargne à 61 ans. Si vous avez épargné pendant au moins 10 ans, le taux d'imposition sera de 8%. Par contre, si vous décidez de débloquer ce capital avant 60 ans, ou avant les 10 ans, le taux s'élève à 33%. À cela, il faut ajouter les centimes additionnels, qui vont dépendre du lieu de résidence.

À quoi faut-il faire attention ?

Pour les fonds de pension du deuxième pilier, les banques et assurances prennent des frais d'entrée et de sortie. Ils dépendent de l'organisme mais coûtent à l'épargnant. On ne les retrouve pas pour les épargnes-pension. Par contre, dans les deux cas, les assureurs vont prélever des frais administratifs et de gestion. Certaines compagnies appliquent des droits de sortie exorbitants en cas de rupture anticipée. Tout cela se retrouve dans le contrat, mais il faut bien le lire pour être sûr d'avoir pris tous les frais dans l'équation. Il faut aussi garder à l'esprit la taxation finale, qui va réduire la somme finale.

J'insiste aussi sur la notion de "complémentaire". Le système par capitalisation ne peut constituer en aucun cas une une alternative au premier pilier, la pension légale. C'est un petit plus, mais ça n'est pas une réponse structurelle. Intrinsèquement, ce système comporte énormément de risques puisqu'il s'agit de placements sur les marchés financiers. Il faut bien se rendre compte que l'épargnant qui placé son argent dans un fonds d'épargne-pension n'a aucune garantie de rendement ni même de récupérer son capital. Cela reste un pari - risqué - sur l'avenir...