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Web-documents : ce sexisme si banal

© Media animation © Media animation

L'ASBL Média animation nous invite, via des capsules vidéo, à nous interroger sur les représentations des hommes et des femmes dans la culture populaire. Des images si bien intégrées que, bien souvent, elles ne choquent plus.


Une soirée comme les autres dans la vie d'une famille, en Europe, ou ailleurs. Madame feuillète un magazine. Sur la page de droite, une femme touche sensuellement la portière d'une voiture. Dans quelques minutes, son mari et elle partiront au cinéma voir "Wonder woman", un film dans lequel la super héroïne, pourtant qualifiée de figure féministe, ne peut pratiquement pas faire un pas sans être orientée par son guide. Pendant ce temps, la baby sitter installe les petits devant "Raiponce". Dans ce film d'animation des studios Disney, on voit l'héroïne aux grands yeux, au petit nez et à la petite taille faire le ménage en chantant, enfermée dans une tour. La baby sitter, elle, attendra que les marmots soient au lit pour regarder un nouvel épisode de "How I met your mother", Barney, l'un des personnages de cette série américaine, l'a fait beaucoup rire. C'est un "serial lover", prêt à toutes les manipulations pour emballer les jolies demoiselles qu'il croise en rue ou au café.

Partout, tout le temps

Nous sommes habitués à vivre entourés de stéréotypes et de clichés sexistes. Ceux-ci sont tellement communs qu'on ne les remarque plus. C'est pour nous réveiller quelque peu que l'ASBL Média animation a réalisé sept capsules vidéo rassemblées sous le titre "Pop Modèles". Chacune, dans un domaine précis (la publicité, le hip-hop, les films de guerre, les blockbusters, les films de Disney, les jeux vidéo et la représentation du viol dans les fictions) éclaire sur l'image des femmes dans la culture populaire.

À travers des exemples et la parole d'experts, ces vidéos montrent que dans de très nombreuses productions médiatiques, les femmes ne s'animent que parce qu'elles sont observées par des hommes. Et leur visionnage invite à l'interrogation : pourquoi n'est-on pas constamment dérangé par ces représentations patriarcales ? Les a-t-on finalement intégrées ? Ces modèles si peu souvent nuancés influencent- ils nos comportements ? "On ne veut pas diaboliser les médias, ce serait trop facile, explique Daniel Bonvoisin, collaborateur chez Média animation.

En réalité, les médias ne sont que le reflet de notre société, ils ne montrent que ce qui est considéré comme normal. C'est là même leur souci premier.

Ce sont des entreprises qui vendent, elles doivent plaire au public, l'originalité n'est pas leur premier critère." Voilà, entre autres, la raison pour laquelle des secteurs comme la publicité et les producteurs de blockbusters sont encore frileux à l'idée de faire évoluer les rôles attribués aux hommes et aux femmes.

La loi (plus souple) des séries

Mais dans d'autres secteurs, certes encore de niche, les choses évoluent. Cécile Goffard a elle aussi collaboré à l'écriture des capsules. Elle pointe les séries, où les clichés sont de plus en plus brisés : "Les séries ont un autre modèle économique que les films hollywoodiens, elles parviennent davantage à intégrer des questions relatives au genre. Dans les séries, il y a également beaucoup de personnages différents, c'est plus simple de diversifier les modèles que dans les films, qui se concentrent souvent sur un personnage principal." S'il reste encore un domaine essentiellement masculin, les jeux vidéo sont aussi un vivier d'expériences. Par exemple, il y est possible de se choisir un avatar (personnage virtuel qu'un utilisateur de jeux vidéo utilise pour le représenter graphiquement) d'un genre différent au sien. Un choix qui, peut-être, permet une plus grande ouverture d'esprit dans la vie réelle.

Diversifier les modèles

Des petites et des grandes avancées, au parcours parfois semé de paradoxes. C'est aussi le cas dans le monde de la musique, comme le montre la capsule "Yo Bitch!" consacrée au hip-hop. "Ce genre musical est souvent critiqué pour son sexisme, rappelle Cécile Goffard, mais il peut être aussi un instrument d'émancipation. Certes, de nombreuses chanteuses exposent leur corps, mais elles utilisent à leur sauce des codes du patriarcat pour acquérir du pouvoir et faire passer des messages." Jouer avec les règles condifaute de ne pas pouvoir encore les inverser, et faire entendre leur voix. Des voix qui protestent, il y en a de plus en plus aujourd'hui, l'irritation monte face à la banalisation. "Tant mieux car purger le quotidien médiatique… autant vivre dans une bulle!, remarque Daniel Bonvoisin.

Il faut un rapport de conscience et pas d'interdit. On ne peut pas rejeter la culture populaire en bloc, le tout est de voir comment elle évolue.

Il existe aujourd'hui suffisamment d'exemples pour rendre aisée la diversification des modèles." Et, à côté de cette réflexion sur la stigmatisation des femmes dans les médias, Daniel Bonvoisin pense qu'il faudrait également travailler sur la construction de l'homme dominant dans la culture populaire. Cette image de l'homme, actuellement, questionne beaucoup moins que celle de la femme.

Pour en savoir plus ...

Les capsules vidéos et des analyses sont accessibles sur le site www.popmodeles.be