Retour à Lectures

Des dessins et des bulles pour des questions de société

Les bandes dessinées ne sont plus uniquement destinées aux enfants. Elles abordent des sujets d'actualité, des questions de société en utilisant des techniques créatives très diverses. La rédaction d'En Marche a rassemblé des témoignages, des fictions tirées de faits réels ou des histoires inspirantes qui se penchent sur des sujets tels que les violences faites aux femmes, la migration, la maternité, le burn out… Pour donner du réalisme à leurs illustrations, certains auteurs n'hésitent pas à se rendre sur place pour croquer les paysages du Kivu ou investiguer sur les algues vertes en Bretagne par exemple. Une invitation à s'imprégner des dessins et à plonger dans des récits touchants. 


Couverture bande dessinée Une maternité rouge

Au fin fond du Mali, un quarteron de jihadistes exaltés fait exploser un baobab et violente un jeune à la recherche de miel sauvage. À 3.500 kilomètres de là, à Paris, l'un des conservateurs du Louvre s'extasie devant l'accélérateur de particules qui permet d'analyser en quelques minutes la composition chimique d'une œuvre artistique. Entre ces deux personnages se tisse un lien ténu qui, au fil d'un récit palpitant, ne fera que se renforcer sans que les deux protagonistes ne se connaissent le moins du monde au départ. Le passé et le présent s'entrecroisent sans cesse : la révolte étudiante de 1968, le parcours actuel des migrants à travers le désert libyen et la Méditerranée. Le trait est magnifique et rend compte à merveille des ambiances de savane autant que celles des tentes de migrants réfugiés sous le RER parisien. Mais l'histoire est aussi riche de réflexions autour de l'appropriation du patrimoine africain par les puissances coloniales et jusqu'à nos jours… En fin d'ouvrage, quatre pages – bienvenues – sur les coulisses de l'œuvre et sur le thème de la maternité en pays Dogon. Un petit d'air de l'Oreille cassée de Hergé…

Christian Lax ● Louvre éditions ● 2019 ● 144 p. ● 22 EUR

// PhL

Couverture bande dessinée À bord de l'Aquarius

Marco et Lelio, deux auteurs italiens, montent à bord de l'Aquarius, le navire de secours affrété par l'ONG SOS Méditerranée. Ils n'y connaissent pas grand-chose sur la réalité des migrants qui fuient l'Afrique pour l'Europe et s'apprêtent, via leurs compétences respectives (interviews, prises de vue, dessins) à en rendre compte pour leurs lecteurs. C'est leur propre aventure qu'ils mettent ici en scène. D'abord la partie la plus technique : la répartition des tâches entre chaque membre d'équipage, les gestes précis à prodiguer aux migrants, la recherche des signaux de détresse... Ensuite, la partie la plus intense : le sauvetage des migrants, l'écoute de leurs récits, tantôt touchants, tantôt atroces mais toujours bouleversants. Le récit est riche d'informations précises sur l'ampleur du phénomène, la situation politique des pays d'origine, la "philosophie" de l'aide en mer. Mais l'intelligence des auteurs est de les avoir dissociées du récit, laissant place à deux niveaux de lecture. Autre intérêt de l'ouvrage : donner un éclairage sur la trajectoire et les motivations des sauveteurs. Bref, le décor et son envers. Un bel outil de sensibilisation pour ados et au-delà.

Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso ● Éditions Futuropolis ● 2019 ● 128 p. ● 19 EUR

// PhL

Couverture bande dessinée Mamas : petit précis de déconstruction de l'instinct maternel

L’écriture est incisive, décalée et hilarante. Un ouragan de questions amène Lili Sohn à déconstruire l’instinct maternel à travers son propre témoignage de mère. Après avoir vécu un cancer, cette jeune auteure nous fait entendre son rapport à la maternité et éclabousse en dessins et écriture tous les stéréotypes liés à la femme, la maternité, la parentalité. Son flux de réflexions, de questionnements, de peurs, de doutes explose et fait du bien. En cherchant à comprendre ce rapport à la maternité et le rôle social de la femme en tant que mère et de la femme en tant que femme, Lili Sohn fait voyager la lectrice et le lecteur dans l’histoire des (in)égalités hommes/femmes. Riche de témoignages de mères, de pères, tantôt hétéros tantôt homos, l’ouvrage est aussi captivant que drôle. Impossible d’y être insensible.

Lili Sohn ● Éditions Casterman ● 2019 ● 296 p. ● 20 EUR

// SSo

 

Couverture bande dessinée  Le fils de l'Ursari

Les gens comme eux, on n’en veut pas dans le pays. Eux, ce sont les Ursaris, des montreurs d’ours chez les Roms. Ciprian, un petit garçon de 12 ans et sa famille font partie de ces héritiers nomades. Un jour, ils sont forcés de quitter leur pays pour immigrer à Paris, "là où c’est facile de se faire de l’argent". Leur ours est relâché, la grand-mère est laissée sur place et les voilà partis dans un camion vers la ville lumière. Arrivée dans un bidonville parisien, la famille s’improvise un abri. L’emplacement sur le terrain boueux, le trajet, l’électricité ne sont évidemment pas gratuits. Pour survivre, Ciprian et sa famille se "professionnalisent" dans le vol et la mendicité. Et puis, il y a ce jour où le petit garçon s’éprend pour les "tchéquematte", dans le parc du Luxembourg en observant en cachette des joueurs d’échecs. Quotidiennement, Ciprian se rend au rendez-vous des joueurs. À force, il parvient à retenir toutes les parties. Il est incontestablement doué et repéré par l’une des joueuses. Alors plutôt que de voler, l’enfant continue de jouer aux échecs. Un talent qui les sauvera lui et sa famille sans-papiers, au milieu d’une histoire d’assassinat.

Xavier-Laurent Petit, Cyrile Pomès, Isabelle Merlet ● Éditions Rue de Sèvres ● 2019 ● 130 p. ● 16 EUR

// SSo

Couverture bande dessinée Kivu

Après plusieurs années passées au département marketing de Metalurco, le jeune ingénieur belge François Daans n'ignore plus que le coltan, minerai essentiel à la fabrication des smartphones, est vendu par les multinationales au prix de l'exploitation sanglante de la région congolaise du Kivu. Arrivé sur place, François rencontre Violette, 12 ans, fillette rescapée d'un massacre, qu'il va prendre sous son aile. Mais les milices avec lesquelles il doit conclure un accord pour la Metalurco lui réclament Violette… François pourra-t-il la protéger et l'emmener saine et sauve à la clinique du Dr Mukwege, seule source d'espoir dans ce déchaînement de violence qui ravage le Kivu ? Véritable "BD reportage", Kivu est criante de réalisme et tente à sa manière d'expliquer, avec humanisme et émotion, la situation géopolitique extrêmement complexe dans laquelle est plongée cette partie du globe, où le cynisme et la corruption sont installés durablement depuis plus de vingt ans…

Christophe Simon et Jean Van Hamme ● Éditions Le Lombard ● 2018 · 72 p. ● 14,99 EUR

// JM

Couverture bande dessinée Les combattants : des femmes et des hommes qui ont voulu changer le monde

Martin Luther King, Nelson Mandela, Gandhi, mais aussi Harriet Tubman, Olympe de Gouges ou Anna Politkovskaïa… Qu'ils soient célèbres ou moins connus, ces hommes et femmes ont un point commun : ils ont combattu pour une cause qu'ils estimaient juste. Les combattants dresse le portrait de trente personnages qui, tout au long de l'Histoire, ont refusé l'ordre établi pour changer le monde et le faire évoluer vers plus de justice et d'équité. Alternant biographie et bande dessinée documentaire, l'ouvrage réalise l'inventaire de causes essentielles (féminisme, lutte contre la ségrégation ou les discriminations faites à la communauté LGBT+, protection des animaux et de la nature…) ainsi qu'un état des lieux de leur situation actuelle. Extrêmement bien documentée, la BD est résolument didactique et offre plusieurs niveaux de lecture, qui combleront tant les adultes que les jeunes adolescents. Et, qui sait, donnera peut-être à ses lecteurs l'envie de s'engager à leur tour…

Jean-Michel Billioud et Nicolas André ● Éditions Casterman ● 2019 · 128 p. ● 18,50 EUR

// JM

Couverture bande dessinée Les crocodiles sont toujours là

En 2013, Thomas Mathieu crée le site internet Projet Crocodiles. Juliette Boutant rejoint ensuite le projet et c'est en duo qu'ils dessinent les témoignages récoltés sur internet. Différents styles de dessins en noir et blanc se succèdent mais la particularité de l'ouvrage est que les hommes sont représentés en crocodile et ressortent par leur couleur verte. Cinq thèmes sont abordés : la violence sexiste dans l'espace public, dans la police lorsqu'une victime porte plainte, dans le milieu professionnel, dans la sphère privée et dans le milieu gynécologique. Cet ouvrage dense propose des récits de longueurs différentes et décrit bien la multiplicité des situations auxquelles les femmes doivent faire face. Il ne fait malheureusement pas état de pistes de solutions qui auraient été bienvenues. L'avant-propos précise bien que le but n'est pas de dire que tous les hommes sont des prédateurs en puissance et les invite à adopter un point de vue empathique vis-à-vis des témoignages. Les plus jeunes pourraient être choquées par certaines situations et ne plus savoir vers qui se tourner en cas d'agression. Un livre qui incite à la réflexion et qu'il est nécessaire de replacer dans son contexte.

Juliette Boutant et Thomas Mathieu ● Éditions Casterman ● 2019 ● 184 p. ● 19,50 EUR

// SC

Couverture bande dessinée  Le travail m'a tué

Carlos Pérez, jeune ingénieur, voit son rêve d'enfant devenir réalité lorsqu'une grande marque automobile l'embauche. Reconnu pour son travail, il est promu au bout de cinq ans. Même tableau idyllique côté vie privée : Carlos se marie et attend la naissance de son premier enfant. Ensuite, le vernis se craquèle. Firme délocalisée, trajets plus longs, changement de direction, révision des objectifs personnels… Carlos s'enfonce progressivement dans une certaine morosité quand il n'est pas pris d'accès de colère ou d'épuisement. Si cet homme retrouve une once de sens à certains moments de sa carrière, ces lueurs d'espoir sont de courte durée. Quant à sa famille, elle ne fait pas le poids face aux tourments professionnels qui le hantent. Il finit par commettre cet acte tragique dévoilé dès les premières pages. Partant d'une histoire authentique, cette BD illustre le mal-être professionnel. Les dessins et les couleurs mettent en exergue les émotions des personnages. La BD se clôture par une courte analyse des conséquences du management d'hier et d'aujourd'hui.

Gregory Mardon, Hubert Prolongeau et Arnaud Delalande • Futuropolis • 2019 • 120 p. • 19 EUR

// SVH

Couverture bande dessinée Docteur Feel Good

Cette BD s'ouvre sur la rencontre d'un ado et d'un psychologue. Dans ce cabinet, tous les sujets sont abordés : les écrans, l'alcool, le cannabis, le sommeil, les relations parents-enfants… Il faut dire que l'ado n'arrive pas là avec une attente précise. C'est à la demande de sa maman inquiète qu'il se retrouve face à ce professionnel. Le psy met rapidement l'ado à l'aise. S'ensuit un réel échange. Bon pédagogue, il lui explique les risques de tel ou tel comportement sur son quotidien ou à plus long terme et la liberté que l'ado conserve de faire des choix. Ce livre, utilisant des mots simples, passe d'un sujet à l'autre, au fil d'une conversation. Difficile de prendre un sujet à la volée mais on peut le faire en s'aidant de la table des matières. Dommage que le changement de couleur ne corresponde pas systématiquement au changement de sujet. Au-delà de l'explication de certains phénomènes, le psy livre de précieux conseils pratico-pratiques que l'ado peut facilement mettre en œuvre. À mettre absolument entre les mains des 15-20 ans !

David Gourion et Muzo • Odile Jacob • 2019 • 129 p. • 17,25 EUR

// SVH

Couverture bande dessinée Algues vertes, l’histoire interdite

Depuis la fin des années 80, trois hommes et une quarantaine d’animaux sont morts étouffés sur les plages bretonnes. Le suspect ? Les tonnes d’algues vertes échouées qui prolifèrent à cause des engrais utilisés dans l’industrie agricole. L’arme du crime ? L’hydrogène sulfuré, un gaz toxique qui se dégage lors de leur décomposition. Des échantillons qui disparaissent des labos, des corps enterrés avant d’être autopsiés, des pressions pour faire taire les médias… Le sujet embarrasse aussi bien le lobby agro-industriel que les autorités bretonnes, soucieuses de ne pas ternir l’image de cette destination touristique. Pour mener cette enquête haletante, Inès Léraud, journaliste spécialiste de l’environnemental, s’est installée dans le centre de la Bretagne pendant trois ans. "Le fait de vivre sur place dissipait la méfiance, j’atteignais ainsi des témoins que je n’aurais jamais pu connaitre en vivant à Paris."

Inès Léraud et Pierre Van Hove • Éditions Delcourt • 2019 • 159 p. • 20,75 euros

// SW