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Un voyage au cœur du dessin

(c) Daniel FoussMusée de la BD (c) Daniel FoussMusée de la BD

C'est une véritable success-story à la belge : le Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles a fêté ses 30 ans. Un rêve un peu fou que des passionnés (auteurs ou amateurs) ont concrétisé le 3 octobre 1989 dans les anciens magasins Waucquez, de style Art nouveau, signé Victor Horta. À cette occasion, c'est Emmanuel Lepage qui est mis à l'honneur lors d'une exposition temporaire qui nous emmène dans l'enfance de l'auteur et autour du monde : en Amérique du Sud, en Antarctique, en Bretagne (sa terre natale), en Ukraine… Bien avant le succès de la série Chernobyl (diffusée sur la chaîne HBO), Emmanuel Lepage avait dessiné un séjour assez troublant qu'il a effectué en 2008 sur les lieux de la catastrophe.


Pour préparer l'exposition "Emmanuel Lepage, l'explorateur", Mélanie Andrieu, la commissaire de l'exposition, a passé deux jours dans l'atelier de l'artiste et y a sélectionné des œuvres destinées à illustrer le parcours du dessinateur. "Elle a aussi sélectionné certaines planches que je trouve moyennes graphiquement comme certains dessins d'enfant… mais je pense qu'elle a voulu montrer qu'on ne réussit pas du premier coup…", sourit Emmanuel Lepage. La particularité de cette rétrospective est qu'elle présente certains dessins qui ne sortent quasiment jamais de l'atelier.

Pour ce Breton, c'est un rêve d'avoir été choisi dans le cadre des festivités des 30 ans du musée. "Lorsque j'ai visité la Belgique pour la première fois vers 20 ans, je me suis rendu compte que je connaissais des architectures et des ambiances grâce aux images que j'avais vues dans Tintin, Spirou… La Belgique était pour moi une sorte de pays imaginaire. Et chaque fois que je viens, j'ai ce sentiment viscéral d'arriver dans un lieu familier qui appartient au monde de l'enfance."

Couverture bande dessinée Si l'auteur se définit plutôt comme un "expérimentateur de formes narratives", l'exposition donne envie d'explorer son univers… Le phare existant le plus difficile d’accès de Bretagne, c'est Ar-Men, surnommé "l’enfer des enfers". Dans cette fiction de 2017, le lecteur est plongé au cœur de cette construction maritime en accompagnant Germain dans son travail quotidien. Ce gardien et habitant de l'île de Sein, va découvrir un récit sous le crépi de l’escalier, mêlant légendes et faits historiques… Toute la force de la mer et la fragilité des bateaux sont dessinées avec justesse. Une épopée qui ravira les amateurs du monde marin et les amoureux des contes et légendes.

Couverture bande dessinée "Un printemps à Tchernobyl"Un printemps à Tchernobyl parait en 2012 et met en scène le séjour de l'auteur en 2008. "Je raconte ce qu'est Tchernobyl aujourd'hui et le trouble qu'on y ressent. Cette zone revêt une certaine étrangeté. Nos sens ne nous disent rien du réel... On sait qu'il y a un problème : on a un compteur dans la poche, un masque et des gants mais tout l'environnement autour de nous nous semble extrêmement familier et accueillant. J'entame alors une quête pour donner du sens à tout cela…" Des images puissantes et évocatrices, d'abord en nuances sombres, se colorisent au fil des pages pour accompagner un récit humain et touchant.

Pour Emmanuel Lepage, le dessin est un champ d'expérimentation infini : "Dans les BD reportages, je mélange des façons de dessiner (illustrations, BD, croquis), de raconter… ce qui casse les cadres. Si j'ai des lecteurs qui me suivent alors j'ai l'impression que j'ai le droit de tout faire ! Et cette liberté est importante pour moi."

Pour en savoir plus ...

Plus d'infos : Exposition "Emmanuel Lepage, l'explorateur" jusqu'au 8 mars · Musée de la BD, rue des Sables 20 à 1000 Bruxelles · 02/219.19.80 · cbbd.be · Ouvert tous les jours de 10h à 18h · prix d'accès au musée : 10 EUR pour les adultes (réductions possibles)

Pour mieux connaître Emmanuel Lepage

En Marche a proposé au dessinateur trois de ses citations glanées dans les médias afin qu'il puisse les expliciter.

"J'aime la mer depuis la terre."

Je ne suis pas un marin mais la mer j'en ai besoin, je n'habite pas très loin d'elle. J'ai commencé à mieux dessiner la mer quand je suis monté sur Le Marion Dufresne (NDLR : bateau qui ravitaille les terres australes françaises) qui parcourt la haute mer. J'ai ressenti la mer physiquement et je me suis rendu compte que j'avais le mal de mer ! Sur un bateau, on passe beaucoup de temps accoudé au bastingage à regarder la mer, à essayer de la comprendre, à chercher comment représenter ses mouvements et ses transparences… Après ce séjour, je ne l'ai plus dessinée de la même manière.

"Ce que j'aime c'est le voyage en dessin."

J'ai beaucoup voyagé mais, ce qui m'intéresse dans le voyage, c'est de le dessiner. Le dessin est un peu le sésame pour faire des rencontres. Le dessin est universel. Il dépasse la langue, les âges, les classes sociales aussi. Sur un bateau, je peux entrer en contact aussi bien avec le commandant qu'avec le marin en fond de cale. Ce qui m'intéresse est d'essayer de transmettre par le dessin cet émerveillement à la fois du monde et des paysages mais surtout de l'autre. Je traque cette humanité qui me touche pour ensuite la partager.

"Je suis plutôt dans la technique de transparence que dans la technique de matière."

Je prends énormément de plaisir à faire de l'aquarelle en voyage. Lorsque je me suis retrouvé dans une impasse graphique, j'ai eu l'idée d'utiliser l'aquarelle en BD. C'est une technique que je comprends, avec laquelle j'ai appris à m'amuser. L'acrylique ou la gouache sont des techniques de matière. J'en garde une approche extrêmement scolaire...