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La cigarette électronique : sans danger ?

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Fumeurs de longue date ou jeunes curieux : la cigarette électronique attire de nombreux consommateurs. Les spécialistes de la santé invitent à une consommation prudente. L’efficacité dans le sevrage tabagique et l’absence de nocivité des produits restent encore à prouver.


"Ding Dong", la sonnette du magasin situé Galerie Louise à Bruxelles retentit. Camille, jeune étudiante en psychologie, se rend régulièrement dans cette boutique aux allures modernes. À l’intérieur, des néons aux couleurs chaudes éclairent trois vitrines. Des bocaux accrochés au mur sont remplis d’étranges fioles. "Je viens acheter des recharges pour ma cigarette", dit l’étudiante à la vendeuse. "Je voudrais essayer quelque chose de nouveau", enchaine-telle.

La vendeuse s’absente quelques instants. Elle revient avec plusieurs échantillons : pastèque, citron, fraise, barbe à papa, caramel ou encore Marlboro, Camel, Gauloises (sic)… À chaque fiole, son arôme particulier. Il en existe des centaines. Ces fioles sont appelées des e-liquids. Après plusieurs essais, Camille en achète au goût Camel.

En théorie, les fioles achetées par Camille ne contiennent pas de nicotine. Les vendeurs de cigarettes électroniques (ou e-cig) sont autorisés à vendre uniquement des cigarettes aromatisées. Pourtant pour Camille, ancienne fumeuse, vapoter sans nicotine est inconcevable. Elle affirme qu’acheter des fioles contenant de la nicotine "c'est facile à trouver".

Les règles enfreintes par les vendeurs, mais également les composantes douteuses de certains e-liquids, ont obligé l’Union Européenne à réagir dans le but de protéger le consommateur.

Dès lors, pour respecter les exigences européennes, Maggie De Block (CD&V), ministre fédérale de la Santé, vient d’établir une série de règles législatives qui devraient entrer en vigueur prochainement (voir article ci-dessous).

"Une cigarette électronique reste une cigarette. Le geste est identique, les habitudes aussi. La dépendance persiste tant que la cigarette est présente."

La prudence est de mise

Parmi les règles à venir : la libéralisation de la vente d’e-cig contenant de la nicotine. Jusqu'ici, celles-ci sont considérées comme un médicament destiné au sevrage tabagique. Leur vente n’est donc autorisée qu’en pharmacie, sans prescription médicale. Dans les faits, les amateurs d'e-cig arrivent à se procurer des fioles avec nicotine sur internet ou "sous le comptoir". Dans un avenir proche, elles seront disponibles en vente libre dans le commerce.

Martial Bodo, psychologue et tabacologue à l’Institut Bordet, souligne "les risques" de cette libéralisation : "Le principal est la banalisation de la cigarette électronique. Celle-ci ne doit en aucun cas être considérée comme un simple produit de consommation. Cette cigarette n’est pas totalement inoffensive, le danger serait de la considérer comme telle… Une cigarette électronique reste une cigarette. Le geste est identique, les habitudes aussi. La dépendance persiste tant que la cigarette est présente".

De nombreuses études se sont penchées sur la question, mais beaucoup d’entre elles sont contradictoires ou infondées. En novembre dernier, le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) a rendu un avis reconnaissant l’efficacité de l’e-cigarette dans le traitement du sevrage tabagique.

Cédric Migard, chargé de projet à l’ASBL Fares (Fonds des affections respiratoires), adopte un point de vue plus prudent (1) : "Des études fiables à 100% n’existent pas encore. Diaboliser ou encenser la cigarette électronique serait une erreur. Le CSS reconnait son efficacité mais pas son inoffensivité… Un des dangers est la présence de nicotine, la substance qui rend dépendant et provoque des accidents cardio-vasculaires".

"Les concepteurs de cigarettes électroniques mettent en place des stratégies marketing pour attirer le jeune public."

Les jeunes sont la cible

Autre source d’inquiétude relative à la libéralisation de la e-cig : la consommation chez les jeunes. Les spécialistes de la santé craignent que la vente libre se transforme rapidement en porte d’entrée vers le tabac. Une étude parue dans Tobbaco Control (2) du British Medical Journal a démontré qu’au bout d’un an, les ados ayant testé la e-cig sont trois fois plus nombreux à se tourner vers le tabac que ceux qui n’ont jamais vapoté.

Camille a opté pour la cigarette électronique pour stopper sa consommation de tabac. À l’inverse, la cigarette électronique semble pouvoir mener vers le tabac.

"Les concepteurs de cigarettes électroniques mettent en place des stratégies marketing pour attirer le jeune public", explique Martial Bodo. En plus des nombreux arômes, ils proposent des innovations technologiques : voyant lumineux, applications mobiles de vapotage, cigarette mp3…. "Ce produit est présenté comme un gadget mais c’est loin d’en être un", souligne le tabacologue.

Camille relève pourtant deux avantages à son nouveau mode de consommation. Premièrement, le prix. "Fumer un paquet de cigarettes par jour me coûtait cher. L’achat d’une e-cigarette coûte environ 70 euros, mais après, on ne dépense quasiment rien mis à part pour les fioles", explique l’étudiante.

Deuxième avantage, la sociabilité : "Lorsque je suis dans l’appartement d’amis, je peux fumer tranquillement. Je ne suis pas obligée de sortir ou d’aller à la fenêtre". La vapeur d’eau rejetée par l’e-cigarette insupporte sans doute moins l’entourage que la fumée d’une cigarette traditionnelle. "Cette vapeur n’est pas forcément inoffensive. Sinon le gouvernement l’autoriserait dans les lieux publics", fait remarquer le tabacologue.

Affaire à suivre

La jeune étudiante ne fume plus de tabac depuis six mois. Elle se sent mieux et respire plus facilement. "Je devais stopper ou modifier ma consommation de tabac. La cigarette électronique me semblait une bonne alternative", explique-t-elle.

En tout état de cause, le marché est lucratif et en pleine croissance. En 2012, 0,2% des fumeurs vapotaient en Belgique. Trois ans plus tard, ce pourcentage a grimpé à 6% selon la Fondation contre le Cancer. "Avec la nouvelle loi, le nombre de vapoteurs va sans doute augmenter", observe Cédric Migard.

Les effets nocifs de la cigarette traditionnelle ont été découverts et dénoncés trente ans après sa mise sur le marché. En sera-t-il de même pour la cigarette électronique? Affaire à suivre…


De nouvelles règles nécessaires

Fini le flou juridique encadrant l’e-cigarette. Dans les semaines à venir, la Belgique se dotera d’un cadre législatif conforme à la directive européenne sur le tabac. Une loi nécessaire, mais qui risque de pousser à la consommation.

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Selon la nouvelle directive européenne sur le tabac, les Etats Membres ont jusqu’au mois de mai 2016 pour se conformer aux exigences de l’Europe. L’Union européenne se trouvait dans l’obligation de légiférer sur ce nouveau produit.

Arrivée sur le marché en 2003, la cigarette électronique était sujette à de nombreux abus : vente illégale d’e-cig avec nicotine, composants non contrôlés ni homologués, doses non respectées…

Bref, des risques pour le consommateur. Grâce au nouveau cadre législatif, celui-ci y verra plus clair. Le cabinet de Maggie De Block (CD&V), ministre fédérale de la Santé, a finalisé son arrêté royal.

Les points essentiels de cet arrêté

Vente libre de e-cigarettes avec nicotine

Jusqu’ici vendues exclusivement en pharmacie, les cigarettes électroniques contenant de la nicotine seront disponibles dans le commerce.

Contrôle de l’étiquetage

Désormais, les étiquettes devront mentionner des informations telles que la dose de nicotine, le taux de propylène glycol (solvant liquide incolore), le taux de glycérine (qui sert à créer la vapeur)… Si l’e-liquid n’est pas conforme aux exigences, il sera retiré du marché. L’Europe en a déjà supprimé des centaines en 2015.

Contrôle du dosage

La contenance des cartouches sera maximum de 2 millilitres et le liquide comprenant la nicotine ne pourra pas en contenir plus de 20 milligrammes par millilitre. Actuellement, le dosage de nicotine, inscrit sur la fiole, n’est pas correct. Un contrôle plus strict devrait assurer une meilleure protection du consommateur.

Interdiction de publicité

L’e-cigarette est considérée comme un produit du tabac. C’est pourquoi elle est soumise aux mêmes législations que les cigarettes traditionnelles. La publicité est proscrite.

Âge minimum 16 ans

À l’instar du tabac, la cigarette électronique ne sera accessible qu’à partir de 16 ans. Au sein de la majorité gouvernementale, le CD&V, ainsi que le MR et la NV-A ont plaidé pour un relèvement de l’âge à 18 ans. En vain.

Interdiction de fumer dans les lieux publics

Cette interdiction est également valable pour les lieux de travail.