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L’accompagnement mis en images

© Dominique Simon // SACs Fnams © Dominique Simon // SACs Fnams

Loin des projecteurs, nombre de personnes adultes handicapées vivent en toute autonomie chez elles et s’épanouissent grâce au soutien de services d’accompagnement. Un remarquable projet photographique témoigne de l’importance de ce travail social. Il invite à échanger sur ce qui se joue au cœur de l’accompagnement. Reportage.


Ce matin-là, à Nivelles, ils sont une douzaine autour de la table. Ce qu’ils ont en commun? L’Exception, un service d’accompagnement actif dans le Brabant wallon(1), partenaire de la Mutualité chrétienne. Certains participants en sont des bénéficiaires, d’autres des accompagnants, d’autres encore des membres bénévoles du conseil d’administration, ou des professionnels du secteur, qui se sont joints au groupe.

Sur grand écran, une première image est projetée. On y voit des personnes se promenant en pleine nature. Sur la table, sont étalées une bonne vingtaine de photos en noir et blanc : des copies papier de leurs grandes sœurs numériques.

Au-delà de l’image

Isabelle Glineur, directrice de l’Exception, resitue l’échange de la matinée dans son contexte : “Les services d’accompagnement sont mal connus y compris des intervenants du secteur et des décideurs. Les six services membres de la Fnams (NDLR : Fédération nationale des associations médico-sociales) – dont l’Exception – ont décidé d’utiliser la photographie pour montrer d’une manière originale en quoi consiste leur travail. C’est Dominique Simon, photographe sensible à la question du handicap, qui a porté et concrétisé ce projet. Elle a réalisé de très nombreuses prises de vues dans les services, avec la participation des personnes accompagnantes et accompagnées. Les photographies les plus significatives ont ensuite été sélectionnées. Avec l’assentiment des personnes concernées, ces photos font l’objet d’une exposition itinérante en Wallonie”. La directrice poursuit ses explications : “Parallèlement, on s’est dit que l’image peut être un outil intéressant pour libérer la parole et soutenir des échanges entre personnes concernées sur ce qui se joue au cœur de l’accompagnement”.

Dominique Simon acquiesce : “Bien sûr, les photographies ne montrent pas tous les ‘possibles’ ni toutes les difficultés. Mais elles invitent à la réflexion sur la manière dont on considère ou vit l’accompagnement, le handicap. Le but de cet atelier est de partager nos représentations, nos perceptions et d’ajuster nos points de vue”. La photographe invite alors les participants à visionner toutes les images et à livrer leurs premiers commentaires.

Ces photos dégagent beaucoup d’émotions. On lit le bonheur et l’épanouissement sur le visage des personnes aidées”, lance d’emblée Richard. “On est pris par un sentiment de sérénité. Ce n’est pas du tout misérabiliste”, ajoute Catherine. “C’est beau de voir les regards bienveillants des accompagnants. On perçoit de l’écoute, de la complicité, de la bonne humeur. On voit bien, aussi, que dans la relation d’aide, il ne s’agit pas de faire à la place de la personne mais avec elle”, précise à son tour Muriel. “Les images montrent différents aspects de l’accompagnement : le conseil, la guidance au quotidien, les activités et loisirs en groupe”, fait remarquer Solange… “Je me retrouve bien dans ces photos. On partage de chouettes moments entre accompagnants et accompagnés. Ca me rappelle des souvenirs précis”, confie Laetitia.

Une confiance à construire

Après ce premier tour de table, Dominique Simon invite chaque participant à sélectionner sur la table une photo qui le touche, en se plaçant dans la position d’une personne aidée, et à la commenter.

Brigitte se lance : “J’ai choisi une photo d’un groupe. Je pense que si j’étais handicapée, j’aurais besoin d’être entourée de mes pairs”. Richard présente, quant à lui, une photo où une jeune fille assure une animation au micro. “Ce n’est pas parce qu’on est atteint d’un handicap qu’on n’est capable de rien. Chaque fois qu’on en a l’occasion, il faut offrir à l’autre une place qui le valorise”, ajoute-t-il.

Mélodie et Nathalie ont toutes deux flashé sur la même image. On y perçoit la complicité entre des humains et un cheval. “Cela me touche car ma mère adorait les chevaux”, murmure Mélodie. “L’animal, cela donne du courage, de la confiance en soi. C’est comme mon accompagnatrice. Elle m’épaule, me donne des conseils, me montre que je suis capable de plein de choses malgré mon handicap. Elle me permet d’oublier mon passé et d’aborder le présent et l’avenir”, ajoute Nathalie.

Une jeune femme derrière un ordinateur, épaulée par une autre: cette photo a aussi été choisie par plusieurs participants. “Je suis régulièrement prise au dépourvu devant cette machine et ne peux m’en sortir seule, commente Catherine. On a tous besoin, à un moment donné, d’être aidé. Et l’aidant n’est pas toujours celui que l’on croit”. “C’est vrai, s’exclame Nathalie. Je m’en sors mieux que mon accompagnatrice ou que ma maman sur l’ordinateur. Parfois, on chipote ensemble pour trouver une solution aux problèmes”. Solange, de son côté, souligne que cette image résume bien le travail d’accompagnement : découvrir les choses ensemble et avancer seul après, si possible.

Une juste distance

Les échangent se poursuivent. L’exercice terminé, l’animatrice propose de procéder à une nouvelle sélection de photos en se plaçant, cette fois, du point de vue de l’aidant.

Brigitte commente une image illustrant deux hommes en train de bricoler: “Si j’étais accompagnatrice, je pense que j’aurais du mal à accepter un rythme plus lent que le mien. Je manque de patience. Cela me semble pourtant important de respecter le rythme de l’autre et de ne pas ‘faire à sa place’ sous prétexte que cela ira plus vite”.

Je suis d’accord, réagit Mélodie. Moi, beaucoup de gens me jugent incapable de travailler parce que je suis lente. C’est très dur le regard des autres. Mon accompagnatrice, elle, elle me comprend, ne me juge pas et me permet de m’exprimer comme je veux”. Laetitia nuance: “Dans l’accompagnement, il y a des personnes qui ont besoin d’être boostées, bousculées dans leurs habitudes, et d’autres qui aiment être cocoonées. Il faut s’adapter à chaque situation”.

A son tour, Muriel commente la photo qu’elle a sélectionnée. Il s’agit d’une famille avec deux jeunes enfants. “Comme accompagnant, il n’est pas toujours facile d’entrer dans l’intimité des gens, dans leur environnement. Ce n’est pas évident pour eux non plus d’ailleurs. Nous avons nos valeurs, notre histoire, notre façon de vivre et nous n’avons pas à juger les leurs. Nous devons tisser un lien de confiance, de respect, dans une juste distance. L’aspect relationnel est fondamental dans ce travail. Parfois, on vit des émotions fortes, de la joie mais aussi de la colère, de l’énervement… Les situations peuvent être compliquées. On doit aussi mettre des limites par rapport à notre vie privée. C’est important, en tout cas, de pouvoir parler de tout cela en équipe”.

Un travail en réseau

Une dame aide une autre à porter ses courses: telle est l’image choisie par Nathalie. “Je n’ai pas d’équilibre. Je ne sais pas calculer non plus. J’ai donc besoin des autres pour faire des achats”, raconte-t-elle. “Après mon accident, j’avais tout oublié et mon père m’a réappris la valeur de l’argent. Sans lui, je continuerais à me faire flouer”, renchérit Mélodie. Isabelle commente alors : “Les proches sont étroitement associés au projet d’autonomie de la personne. Nous sommes vraiment complémentaires”.

Muriel enchaîne : “Notre but est de permettre à la personne en situation de handicap de trouver sa place dans la société. Les images ne le montrent pas mais tout un travail en réseau est mis sur pied avec d’autres services pour répondre aux demandes et besoins de la personne”.

L’atelier touche à sa fin. Un dernier tour de table permet à chacun de livrer ses impressions. L’enthousiasme est général : les échanges ont été riches et souvent émouvants, profonds. Laissons le mot de la fin à Mélodie : “Sans vos équipes, on ne serait nulle part. Je reste positive car vous m’avez donné confiance en moi. Je suis fière d’avancer dans ma vie grâce à vous”.


Pour en savoir plus ...

>> L’exposition sera visible notamment en juin dans les locaux de la MC d’Arlon. Pour plus d’informations sur les possibilités d’accueillir cette exposition ou d’animer des ateliers d’expression au départ du photolangage, contactez par mail dominique.simon[at]fnams.be

Les services d’accompagnement en bref

Les services d'accompagnement, agréés et subventionnés par les Régions, ont pour objectif de promouvoir les capacités des personnes handicapées adultes en recherche d'autonomie et de mieux-être. Certains services - comme ceux de la Fédération nationale des associations médico-sociales - s'adressent à toutes les personnes, quelle que soit leur déficience. D’autres se spécialisent selon le type de handicaps ou d'activités…

Les travailleurs sociaux aident les personnes à se construire et à réaliser un projet de vie, tenant compte de leur déficience, de leur rythme d’évolution et de leur personnalité. Ils interviennent dans différents domaines : logement, emploi, formation, loisirs, démarches administratives, gestion financière, santé, déplacements, relations sociales, éducation - apprentissage, citoyenneté…

L'accompagnement, individuel et/ou collectif, peut être limité dans le temps ou s'étendre sur une période plus longue. Un plan d'accompagnement avec des objectifs clairs et des évaluations régulières est mis en place par le service et la personne. Il définit le programme de leurs actions communes et respectives.