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Comment rapprocher les publics des musées ? Comment faire de la visite une expérience de qualité pour chacun ? Comment encourager la diversification des visiteurs ? Les ASBL Mooss et Arts&Publics, accompagnées par la coopérative Cera, tentent d’apporter des réponses concrètes à ce questionnement. Pour cela, elles misent sur la participation citoyenne. Et ont lancé l’opération "Public à l’oeuvre".


"Public à l’oeuvre" (PAO) propose aux citoyens et aux institutions muséales de créer des projets ensemble, au sein même du lieu d’exposition. L’idée de départ ? Expert ou visiteur, chacun peut apprendre de l’autre. La méthodologie est participative : travailler en équipe à l’élaboration d’un projet, de la conception à la réalisation. En 2016, cela se concrétise au Musée des Beaux-Arts de Charleroi avec l’exposition "Reg’Arts décalés". À partir de cette année et jusqu’en 2022, sept autres musées présents sur le territoire Wallonie-Bruxelles se lancent dans cette exploration. Kim Cappart est médiatrice culturelle à l’ASBL Arts&Publics, elle détaille les objectifs de PAO.

En Marche : pourquoi, selon vous, est-ce essentiel d’intégrer la voix des citoyens dans la politique d’organisation des musées ?

Kim Cappart : le rôle des musées est amené à évoluer au sein de la société. À travers l’art, il s’agit de répondre à certains besoins. Et de faire tomber les éventuelles barrières qui empêchent la découverte de ces institutions. Le projet "Public à l’oeuvre" permet d’entendre plus directement à quoi s’attendent les citoyens lorsqu’ils vont découvrir une exposition aujourd’hui. Que veulent-ils apprendre de l’art ? Inviter les publics à participer à l’organisation interne du musée permet d’ouvrir la réflexion.

EM : on parle donc bien ici d’une démarche participative et pas seulement consultative ?

KC : absolument. Ce sont des projets ambitieux qui visent la cocréation d’un produit final. L’exposition en est l’issue la plus logique, mais le produit final peut aussi prendre une autre forme, selon les idées et les envies de chacun. Rien n’est figé ou défini à l’avance. Ce qui est intéressant, c’est que l’imprévu devient alors envisageable. Cela dépend évidemment de la réalité des musées et de leur capacité à développer telle ou telle forme de projet, mais ce sont toujours les participants qui en restent les maîtres.

EM : comment avez-vous sélectionné les musées wallons et bruxellois qui vont se lancer dans l’aventure ?

KC : nous travaillons avec les 150 musées qui pratiquent la gratuité le premier dimanche du mois. Nous connaissons bien ces musées et nous avions l’intuition que certains seraient emballés par le projet. Au départ, nous avons contacté une quinzaine de musées. Sept d’entre eux ont manifesté leur intérêt, leur enthousiasme et leur disponibilité. Le Musée de la Vie wallonne, le MAD musée, les Musées de la ville de Liège, le pôle muséal de Mons, la Maison tournaisienne, la Fonderie et le Musée BELvue. Ensemble, nous avons élaboré un préprogramme. C’est la Maison tournaisienne qui ouvre le bal. Le deuxième cocréation se déroulera au Musée BELvue à Bruxelles. Pour ce projet, l’appel à participants sera lancé à la fin de l’année.

EM : comment les participants sont-ils sélectionnés ?

KC : l’appel est le plus ouvert possible. Nos critères de sélection principaux sont la motivation et la diversité. Il n’y a pas de critères spécifiques liés à l’âge, à la connaissance de l’art… Nous essayons de constituer des groupes mixtes. Les personnes intéressées doivent venir avec des envies, et pas avec des projets individuels déjà constitués. La première phase du processus ? Choisir une thématique. Sur cette base, le groupe cherche le parcours, le contenu, la scénographie. Nous les accompagnons via des ateliers dont les objectifs sont d’ouvrir la réflexion et de ne pas rester bloqué sur une idée. C’est un travail complet, qui inclut la scénographie, le montage de l’exposition, la médiation, la communication, l’organisation du vernissage et des visites guidées. Un musée travaille parfois trois ou quatre ans autour d’une exposition, nous devons effectuer ces tâches de manière accélérée. La démarche est très riche, et le processus est plus important que le résultat.

EM : Qu’est-ce qui surprend les participants lorsqu’ils découvrent le fonctionnement d’un musée ?

KC : nous avons remarqué un étonnement concernant la complexité de l’organisation d’une exposition. Combien il est difficile, par exemple, de trouver le bon titre et combien il est vain de vouloir satisfaire tout le monde. Au Musée M, à Leuven, les expériences PAO ont porté leurs fruits puisqu’il existe aujourd’hui un groupe de "citoyens-consultants" qui donne un avis concernant la réalisation des activités du musée. Les musées ont des temporalités lon gues, les expositions sont préparées trois ou quatre ans avant leur présentation aux publics. Confronter les différents points de vue est, dans ce cadre, encore plus intéressant.

Pour en savoir plus ...

Plus d’infos : Arts&Publics, avenue Louise 203 à 1050 Bruxelles • 0477/44.33.90 • info@artsetpublics.be • https://artsetpublics.be