Retour à Vivre ensemble et citoyenneté

Héberger des migrants n'est pas illégal

© iStock © iStock

Le jugement est tombé, le 12 décembre dernier, dans le "procès des hébergeurs" : le tribunal correctionnel de Bruxelles a estimé que les quatre citoyens qui ont hébergé des migrants en 2017 ne peuvent pas être considérés comme complices d’un trafic d’êtres humains. Un procès dont la solidarité sort gagnante.


Le 20 octobre 2017, douze personnes étaient arrêtées pour soupçons de trafic d’êtres humains. L’opération faisait suite à une enquête téléphonique et à des observations policières sur des parkings autoroutiers. Parmi les inculpés figuraient quatre citoyens ayant hébergé des migrants.

Au terme de 14 mois de combat judiciaire, tous les quatre ont été acquittés de la prévention de trafic d’êtres humains. Le tribunal a estimé que l’aide qu’ils ont apportée relevait "d’un engagement social fort" et qu’il n’y avait aucune preuve que ce soutien humanitaire (hébergement, apport de petites sommes d’argent et de nourriture…) les avait rendu complices d’un trafic d’êtres humains. Surtout : aucun citoyen n’a retiré un quelconque avantage de cette aide. Par contre, pour avoir fait passer d’autres migrants vers la Grande-Bretagne contre rémunération, les huit autres prévenus, sans titre de séjour valable en Belgique, ont écopé de peines de prison avec sursis pour le surplus de leur détention préventive (à l’exception d’un homme qui faisait défaut et pour lequel la peine est ferme).

"Le trafic d’êtres humains, c’est exploiter la misère des gens. Ce n’est pas ce que j’ai fait. Je n’ai pas compris ce qui m’est arrivé. Ce n’est pas ce que je suis", avait déclaré l’une des prévenues, bénévole du Parc Maximilien, lors de l’audience. "Si c’était à refaire je le referais de la même manière", a déclaré à l’issue du procès, Myriam Berghe, une journaliste qui a hébergé plusieurs migrants chez elle.

Pour Médecins du Monde, ce procès invite à nous interroger sur la place du citoyen dans la solidarité institutionnelle. "Les expériences de terrain prouvent tout l’intérêt à ce que le citoyen soit convoqué et reconnu par l’État dans le rôle qu’il joue, individuellement et collectivement, pour humaniser des services qui en ont besoin, plaide Pierre Verbeeren, directeur de l’ONG. Les citoyens veulent réchauffer la solidarité. L’empathie n’est pas un problème mais une solution", rappelle-t-il, plaidant pour la création d’un centre d’accueil et d’orientation pour les quelques centaines de migrants en transit afin de contrôler la situation dans la dignité.