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Zéro chômeur de longue durée: une utopie ?

Un emploi pour tous, adapté aux compétences et aux envies de chacun, tel est le rêve porté par les territoires zéro chômeur (c)iStock Un emploi pour tous, adapté aux compétences et aux envies de chacun, tel est le rêve porté par les territoires zéro chômeur (c)iStock

L'emploi reste l'un des moyens privilégiés d'intégration. Pourtant, une frange fragilisée de la population s'enlise dans un chômage de longue durée, démontrant ainsi les limites des politiques d'activation. Le projet "Territoires zéro chômeur de longue durée", expérimenté en France, part d'un autre paradigme, à la croisée des aspirations personnelles des chômeurs et des besoins collectifs non rencontrés. Les germes d'une véritable alternative économique ?


À l’origine de la démarche "Territoire zéro chômeur de longue durée", une idée simple, lancée par un entrepreneur de l’économie sociale, Patrick Valentin, et développée par ATD Quart-Monde : au lieu de prendre en charge les coûts du chômage de longue durée, les pouvoirs publics peuvent, tout à la fois, offrir aux chômeurs de vrais contrats à durée indéterminée et répondre à des besoins non couverts sur un territoire donné, en partant des compétences des personnes. Cette idée originale a percolé jusqu'à  l'Assemblée nationale française qui, en 2016, a adopté une loi mettant en œuvre le projet pour cinq ans dans dix micro-territoires. Le principe ? Transférer les indemnités de chômage de base d'un chômeur à des entreprise à but d'emploi qui peuvent ainsi financer environ à 70% les embauches en CDI et au salaire minimum, le reste devant provenir des rentrées financières de l'entreprise. 

Cette initiative se fonde sur trois convictions essentielles.

Le première est que personne n’est inemployable. Tout chômeur a des savoir-faire et des compétences qu’on ne lui permet pas nécessairement d’exprimer ou de valoriser sur le marché de l'emploi.

Deuxièmement : ce n’est pas le travail qui fait défaut ; de nombreux besoins de la société ne sont couverts ni par le marché ni par les pouvoirs publics.

Troisième constat : ce n’est pas l’argent qui manque puisque, chaque année, le chômage de longue durée entraîne dépenses et manques à gagner que la collectivité assume. Selon les estimations, cela représente en Belgique entre 18 et 35.000 euros par an et par chômeur, avance Paul Timmermans, Président de la Chambre emploi-formation de l’Instance Bassin Hainaut-sud, à l'initiative d'un appel aux élus et associations locales pour expérimenter le projet sur deux micro-territoires autour de Charleroi.

"Ce qui manque, c’est la foi en une économie dirigée vers l’intérêt général, analyse Paul Palsterman, secrétaire général de la CSC de Bruxelles, dans un article publié dans la revue Démocratie du MOC. Ce qui gangrène la pensée politique et inhibe les initiatives, c’est la croyance – pourtant démentie par toutes les expériences historiques – que "le marché" va pouvoir créer les activités dont on a réellement besoin pour assurer le bien-être de tous".

Une démarche volontaire et engagée

L’expérimentation a pour ambition, dans un territoire donné, de proposer à tous les chômeurs de plus d'un an un emploi à temps choisi, en CDI et au salaire minimum, adapté à leurs savoir-faire. "L'adhésion volontaire est un des principes fondateurs, observe Hugues De Bolster, chargé de projets à l'asbl Solidarité des alternatives wallonnes et bruxelloises dans une analyse très intéressante. Il ne s'agit pas d’insérer le chômeur dans un emploi existant mais de lui permettre de se projeter dans un métier qui a du sens pour lui. Dès lors, les trois questions qui lui sont posées sont : 'Que savez-vous faire ? Que voulez-vous faire ? Qu’acceptez-vous d’apprendre ?"

Parallèlement, un comité de pilotage associant des acteurs du territoire (autorités locales, interlocuteurs sociaux, associations, entreprises…) examine les besoins non couverts dans les villages et quartiers environnants. En les croisant avec les aspirations des personnes sans emploi, il met alors sur pied des activités utiles en veillant à ne pas concurrencer des emplois existants. Dans le viseur aussi : contribuer à la revitalisation de zones rurales éloignées ou de bassins industriels en voie de reconversion.  

Un concept rafraîchissant

"L’ambition est de taille, les écueils et défis nombreux, résume Julien Winkel à la suite d'un reportage effectué en Meurthe-et-Moselle à la "Fabrique" : tous les candidats auront-ils une activité intéressante à proposer ? Qu’en est-il de la viabilité économique de l'entreprise à but d'emploi ?" Un des enjeux majeurs est de ne pas cantonner le dispositif dans une économie "faite par et pour les pauvres", estime, pour sa part, Hugues De Bolster en posant la question de savoir si, avec cette expérience, "l’Etat social actif serait enfin devenu actif". Au moins, applaudit-il, ce projet rompt avec la "solution" extrêmement stigmatisante qui consiste à faire travailler les chômeurs de longue durée gratuitement. Faut-il le rappeler, le service communautaire figurait en toutes lettres dans l'accord gouvernemental fédéral de Michel 1er.

Le dispositif "Territoire zéro chômeur de longue durée" n’est certainement pas la panacée. Déjà, les secteurs de l'économie sociale et de l’insertion socio-professionnelle jouent un rôle majeur dans la lutte contre le chômage de longue durée. Mais il compte en tout cas des atouts majeurs qui valent la peine qu'on s'y intéresse de ce côté-ci de la frontière française.

 

3 minutes pour comprendre les enjeux et les fondements de la démarche Territoires zéro chômeur de longue durée.