Navigation
Retour à Travail

Créer son propre emploi quand on est chômeur

Passer du rêve à la réalité en toute sécurité, accompagné d'un coach, c'est ce que propose la coopérative d'activités.
© EYEVINE belgaimage Passer du rêve à la réalité en toute sécurité, accompagné d'un coach, c'est ce que propose la coopérative d'activités.
© EYEVINE belgaimage

Maraîchers, coaches, maçons, jardiniers, psychothérapeutes, consultants, concepteurs de sites web, livreurs, food truckers, publicistes, architectes d’intérieur, plombiers… Chaque année, ils sont des centaines à préparer puis concrétiser leur projet professionnel en bénéficiant gratuitement d'un cadre sécurisé et d'un coaching au sein d'une coopérative d'activités. Ce dispositif légal destiné aux chômeurs indemnisés et aux allocataires du CPAS semble, hélas, peu ou mal connu. Il fait pourtant ses preuves.


Lancer sa propre affaire ou s'installer comme indépendant lorsqu'on est chômeur ou que l'on bénéficie du revenu d'intégration sociale ? Poser ce choix n'est déjà pas spécialement facile en soi. Le concrétiser peut s'avérer plus complexe encore, voire périlleux d'un point de vue financier.

Différentes voies et dispositifs légaux (1) existent pour aider au démarrage d'une activité indépendante ou à la création de son propre emploi. Parmi eux, le recours à une coopérative d'activités mérite une attention toute particulière en raison des nombreux avantages et garanties que cette formule offre au candidat entrepreneur.

Sa particularité ? Tout en conservant son statut et ses allocations de chômage ou son revenu d'intégration sociale, la personne peut, pendant 18 mois maximum, facturer ses produits ou services en toute légalité. Une occasion de vérifier si le projet lui permet de vivre économiquement de ses rentrées.

Des conditions précises

Créé par une loi en 2007 et mis en application en 2009, le dispositif des coopératives d'activités est explicitement destiné aux chômeurs complets indemnisés de plus de six mois (plus de trois mois pour les plus de 50 ans) et aux personnes inscrites au CPAS depuis minimum un jour. Ces coopératives se donnent comme mission de proposer une autre façon d'entreprendre, de manière sociétalement responsable.

En Wallonie, cinq coopératives d'activités se répartissent le territoire régional. En Région bruxelloise, l'ASBL JobYourself chapeaute trois coopératives dont une spécialisée dans le secteur de la construction.

"Nous accompagnons tous les types de projets, tous secteurs confondus, à l'exception de ceux qui présentent trop de risques pour la coopérative comme le transport de personnes. Sont exclues aussi les activités qui impliquent des engagements à long terme comme la signature d’un bail commercial ou un investissement de départ important", explique Barbara de Radiguès, manager opérationnel et stratégique à JobYourself.

Dès le début de l’accompagnement, la personne doit disposer des compétences "métier" pour son projet ainsi que les accès à la profession nécessaires. Par contre, l’accès à la gestion requis pour s’installer comme indépendant peut être acquis pendant le trajet en coopérative.

"On essaie d'insuffler des habitudes de collaboration et d’entraide entre les candidats entrepreneurs."

Préparer son projet

Le passage obligé avant de suivre un trajet consiste en la participation à une séance d'information. Cette séance permet à la personne de bien comprendre le fonctionnement d'une coopérative d'activités et de vérifier si cela lui convient. Si c’est le cas, après avoir envoyé son projet à la coopérative, la personne est invitée à une rencontre collective et à un entretien individuel.

"Pendant ces moments, on évalue avec elle si son choix correspond vraiment à son tempérament, à sa personnalité, si elle a les compétences et aptitudes nécessaires. Être indépendant, c'est un statut, des horaires, une vie qui ne conviennent pas à tout le monde", observe Barbara de Radiguès.

Débutent ensuite des séances de coaching collectif rassemblant une douzaine de candidats entrepreneurs. Ceux-ci travaillent ensemble à définir les axes de leur projet : Qu’est-ce que je propose ? À qui ? À quel coût ? Avec qui ?… Entre les séances, les participants ont des tâches à accomplir. Notamment partir en prospection de clientèle. Des rencontres permettent, par ailleurs, d'approfondir des problématiques d'entrepreneurs.

"L'enrichissement par les pairs et la mise en place d'un réseau professionnel solide sont vraiment importants pour la réussite du projet, affirme la manager à JobYourself. On essaie d'insuffler des habitudes de collaboration et d’entraide entre les candidats et on les encourage à maintenir des réseaux informels par la suite".

Alexandra Schraepen, coordinatrice de projets à Step by Steppes, coopérative d'activités en région liégeoise, enchaîne : "Nous conseillons à chacun de démarrer à petite échelle avec ce dont il dispose comme outils et de ne pas s'endetter. On promeut plutôt des alternatives comme le prêt de matériels entre professionnels ou la location d'espaces de travail (cuisines collectives ou bureaux en co-working par exemple). En cas de besoins financiers, on oriente au mieux la personne vers des dispositifs existants : le micro-crédit, les bourses airbag… Si le candidat s'implique et apporte la preuve que son activité est viable, il pourra ensuite envisager des investissements plus importants".

Un test grandeur nature

Après maximum six mois de préparation, lorsque le candidat entrepreneur dispose de suffisamment de clients ou de potentiels clients, il passe en phase de test. Pendant maximum 18 mois, il travaille comme un vrai indépendant. Mais il ne doit pas payer de cotisations sociales et conserve son statut et ses allocations sociales. Sur le plan comptable, les facturations s'effectuent au travers de la coopérative d'activités.

"Pour la clientèle et les fournisseurs, cette gestion offre un gage de crédibilité et de sérieux", constate Barbara de Radiguès. Cela étant, les démarches commerciales et les responsabilités financières restent bel et bien assumées par le candidat. Qui participe financièrement à la gestion de la coopérative, proportionnelle à ses revenus.

Tout en conservant ses allocations de chômage ou son revenu d'intégration sociale, la personne peut, pendant 18 mois maximum, facturer ses produits ou services en toute légalité.

Sortie vers l'emploi ?

Durant la période de test, le candidat bénéficie de l'accompagnement d'un coach. Ensemble, ils analysent l'évolution du chiffre d'affaires, évaluent les perspectives d'avenir. Selon les situations, le coach conseillera des formations complémentaires, orientera vers des personnes ressources ou des services partenaires. Il fournira aussi des informations sur les formalités administratives et les statuts possibles pour se lancer : indépendant à titre principal, coopérative d’emploi, en société…

"Globalement, 50% des candidats qui ont testé leur activité via JobYourself créent leur activité comme indépendant ou en coopérative d’emploi. Et 10% décrochent un emploi salarié durant ou après leur parcours, estime Barbara de Radiguès. Pour certains projets ou activités, 18 mois de test c’est trop court pour se constituer une clientèle suffisamment viable ou régulière. Beaucoup décident alors, au moins dans un premier temps, de conserver leur statut de chômeur et de facturer ponctuellement leurs prestations via une coopérative d'emploi comme Smart".

Mais les résultats ne se mesurent pas qu'en chiffres. "Le but de ces mises en situation n'est pas de lancer le plus d'entreprises possibles mais que les activités lancées soient pérennes, martèle Alexandra Schraepen. La coopérative d'activités, c'est aussi un dispositif propice à l'apprentissage et à l'autonomie".

Barbara de Radiguès confirme : "Même lorsque le projet échoue, la personne aura gagné de l’expérience et renoué avec le plaisir d’entreprendre, ce qui a des effets positifs sur tous les aspects de la vie".


Pour en savoir plus ...

Une sécurité financière

Pour le candidat qui entre dans les conditions d'accès à la phase de test (1), les avantages de la formule sont nombreux.

Tout d'abord, dès le moment où il entre en phase de test, le chômeur indemnisé ne doit plus justifier d'une recherche d'emploi auprès du Forem ou d'Actiris (selon la Région dans laquelle il est domicilié) et le montant de ses allocations de chômage reste figé (pas de dégressivité à partir du 1er palier de la 2ème phase).

Par ailleurs, pendant la phase de test, si son activité génère suffisamment d’argent, il dispose d’une indemnité de deux euros bruts par heure prestée (300 à 350 euros par mois) et il se fait rembourser toutes les dépenses liées à son activité. Le reste de l’argent généré est thésaurisé pour lui jusqu’à sa sortie de la coopérative d’activités.

En cas d'installation comme indépendant, cette somme sera la bienvenue pour faciliter sa trésorerie. En outre, s’il s’installe avant la fin des 18 mois du test, il pourra compter sur un "complément de reprise du travail" de quelque 130 euros par mois de test non réalisé.

À l'inverse, si le projet se révèle non viable, le candidat entrepreneur retrouve sa situation là où il l’avait laissée. L'arrêt s'effectue en principe sans dettes, le coach ayant veillé à ce que le candidat ne dépense pas plus d’argent que nécessaire pour tester son projet.