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Afrique : la santé, et au-delà

© Thomas Istasse © Thomas Istasse

Favoriser l'accès à des soins de santé de qualité à un prix raisonnable est une priorité pour les mutuelles africaines. Certaines d'entre elles vont un pas plus loin et s'attaquent aux déterminants sociaux de la santé : environnement, vie économique, émancipation sociale…


L'accès aux soins de santé es sentiels est un défi de taille auquel doivent s'atteler nombre de pays africains, particulièrement ceux à moyen ou faible revenus. Là, mettre en place une couverture santé universelle est complexe, notamment pour des raisons économiques, politiques et culturelles. Cependant, les mutuelles de santé y jouent un rôle prépondérant en s'appuyant sur la solidarité et la proximité des populations locales.

Environnement, habitat, vie sociale… La combinaison des déterminants de la santé influence l’état général des individus.

En Afrique comme ailleurs, être en bonne santé ne se limite pas à l'absence de maladie. Plusieurs facteurs, appelés déterminants de la santé, influencent l'état général : environnement, habitat, conditions de travail, niveau de revenus, environnement social… Et la combinaison de leurs effets influe l'état de santé. Une vision qui guide les mutuelles de santé dans les projets qu'elles portent. Partons pour l'Afrique, spécifiquement dans trois pays où les mutualités partenaires de la Mutualité chrétienne considèrent la santé dans toutes ses dimensions.

Guinée

Dynam (Association Dynamic mutualiste) collabore avec Solidarité mondiale, l'ONG du Mouvement ouvrier chrétien, depuis presque 15 ans. L'ONG guinéenne appuie le mouvement mutualiste et soutient actuellement 12 mutuelles regroupant environ 40.000 bénéficiaires répartis dans les zones de Mamou et Kissidougou. La priorité de leurs actions est centrée sur la protection sociale des populations rurales défavorisées.  

En pleine épidémie d'Ebola, Dynam a voulu jouer un rôle dans la situation d'urgence qu'a connu le pays. Leur action s'est essentiellement centrée sur la prévention. Avec le soutien de la Mutualité chrétienne de la région Waas en Dender, non loin de Sint-Niklaas, ils distribuaient des kits d'hygiène pour prévenir la transmission du virus et fournir les recommandations d'usage auprès de la population. Cette action a pris fin après l'épidémie, en 2016. Mais Dynam continue toutefois à distribuer des seaux, des gants et des savons à titre préventif. 

L'alphabétisation des femmes membres de Dynam constitue un autre projet de l'ONG. Conscients que les consignes écrites dans les centres de santé, les courriers officiels et la posologie des traitements puissent représenter un problème pour ce public, l'organisation porte des ateliers d'initiation à l'écriture et à la lecture pour ses membres féminins. En retour, les femmes nouvellement instruites deviennent ambassadrices de la mutualité dans leur réseau social et incarnent un point de contact pour les autres villageois. Sans aucun doute le projet a-t-il permis à ces dernières de renforcer leur rôle social et d'affirmer leur place dans la société.

Mali

Depuis la deuxième moitié des années 90, le réseau des mutuelles de l'UTM (Union technique de la mutualité malienne) assure la gestion d'une caisse d'assurance-maladie et initie des actions de prévention, de santé et d'entraide. 

Elle appuie 11 mutuelles de santé au bénéfice de 18.000 membres dans la région de Ségou, grande comme deux fois la Belgique. L'UTM intervient surtout dans le cadre de la protection sociale puisqu'elle est active dans les champs de l'éducation, de l'éducation à la santé et développe un réseau de mutuelles de santé. Depuis 2002, elle est le partenaire privilégié de la Mutualité chrétienne du Hainaut oriental qui récolte des fonds pour financer des projets sur place tels que l'organisation de formations à destination des soignants, l'aménagement des infrastructures des centres de santé, la lutte contre le paludisme…

Grâce à un fonds alimenté par un pourcentage des salaires des travailleurs du secteur pétrolier, Solidarité mondiale et la Mutualité chrétienne d'Anderlues ont pu financer, en 2014 et en 2015, l'installation de panneaux photovoltaïques dans les centres de santé maliens de l'UTM. Avant leur arrivée, les frigos contenant médicaments, vaccins… devaient fonctionner à l'aide d'un groupe électrogène dégageant une forte odeur de pétrole et constituant une solution instable. Depuis l'exploitation de l'énergie solaire, la chaîne du froid est assurée et l'éclairage des lieux permet de remiser les lampes à pétrole et de gagner en précision durant les actes médicaux. "Ce geste améliore les conditions de travail du personnel du centre de santé et donc la prise en charge de nos mutualistes, assure Mamadou Traore, président de la mutuelle de Simby. Du coup, c'est notre collaboration avec le centre de santé, un acteur incontournable du développement de la mutuelle, qui sera améliorée. En plus, la crédibilité de la mutuelle est renforcée auprès de la population. Avant l'installation de l'énergie solaire à Diabidiala, 100 personnes étaient couvertes par la mutuelle dans cette zone. À ce jour elle en compte environ 500."

Plusieurs objectifs sont donc remplis : environnemental, économique, et santé car l'électricité permet d'augmenter la qualité des soins. Des soins de qualité sont la meilleure carte de visite pour augmenter le nombre d'affiliés et favoriser l'accès du plus grand nombre à des soins de santé à un prix raisonnable.

Burundi

Dans ce pays d'Afrique centrale, la Mutualité chrétienne Midden Vlaanderen soutient Munasa (Mutuelle nationale pour la santé) depuis plus de 20 ans. L'association coordonne les actions de 56 sections mutuellistes réparties dans trois régions du pays, mobilise 800 bénévoles et compte 32.000 bénéficiaires.

Si la mission principale de la Munasa est de protéger la population contre le risque financier lié à la maladie, elle entend jouer un rôle plus important en développant des services complémentaires depuis quelques années. Le premier, "La chaîne caprine", consiste à investir dans un troupeau de chèvres et à distribuer une bête cornée à chaque affilié. Ces derniers s'en servent essentiellement pour étaler du fumier sur les surfaces cultivées. La chèvre donne-t-elle vie à un chevreau ? Il sera confié à Munasa qui assure ainsi le roulement dans son troupeau. Un deuxième ? L'affilié peut le garder. Un troisième ou plus ? Les bêtes seront offertes à d'autres villageois pour les pousser à adhérer à la mutuelle. Grâce à ces caprins, les revenus et la capacité contributive des mutuellistes se voient renforcés et une sorte de "carte de visite" permet de recruter de nouveaux membres.

Deuxième projet de Munasa : "Les jardins de cuisine". Depuis 2015, la mutualité encourage le développement de jardins communautaires en fournissant les semences et l'expertise nécessaires. Construits par les membres eux-mêmes avec du matériel qu'ils auront chiné ça et là, les potagers, structurés sur trois niveaux pour former une pyramide, respectent les principes de permaculture et rentabilisent au maximum l'irrigation pour une utilisation rationnelle de l'eau. Des tournantes sont ensuite planifiées pour entretenir les cultures. Depuis trois ans, les assiettes de 468 familles se sont vues agrémentées d'une plus grande variété de légumes : haricots, tomates, courges, herbes aromatiques… Voilà pour l'objectif "promotion de la santé". Mais un plus grand confort financier est également atteint car moins d'argent est dépensé chez les marchands et les surplus de production sont revendus par ailleurs. Enfin, s'occuper du potager prend moins de temps aux femmes qu'aller au marché, ce qui soulage leur emploi du temps et leur permet de s'impliquer davantage dans la culture de la terre avec leurs partenaires mutualistes.

Le développement économique est aussi encouragé par Munasa. Sa troisième initiative repose sur le principe du micro-crédit : une douzaine de mutuellistes alimentent une caisse pour financer des petits prêts à ses membres à tour de rôle. Besoin d'un tuyau d'arrosage ? D'une machine à coudre pour développer son activité ? Le groupement d'épargne et de crédit constitue une solution pour ceux qui ne peuvent pas débourser une somme importante dans l'instant. L'initiative fait mouche puisque 60 groupements sont aujourd'hui constitués. Et tout le monde se connaît au sein du groupe donc il y règne un contrôle social fort. Tout est en place pour que ça dure sans accroc.

La Mutualité chrétienne entretient aussi des liens étroits avec d’autres partenaires mutualistes actifs au Burkina Faso, Sénégal, Bénin et en République démocratique du Congo.