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Des chevaux et des villes

© ville de Schaerbeek © ville de Schaerbeek

Les animaux domestiques font, depuis toujours, partie de notre quotidien. Installés dans nos canapés, générateurs de "like" sur les réseaux sociaux, ou encore rencontrés au gré d'une balade en contrées rurales… nous vivons encore aujourd'hui à leurs côtés. Depuis quelques années, pour des raisons économiques, écologiques et sociales, des responsables de politiques environnementales ont fait le choix de favoriser leur retour en ville en leur confiant des tâches utiles à tous. Un exemple à Schaerbeek, en région bruxelloise.


© ville de Schaerbeek

"Vous avez déjà vu quelqu'un caresser un camion poubelle?"

C'est avec cette boutade que Geert Pierre, directeur adjoint du service espaces verts et propreté de Schaerbeek nous interpelle lorsque nous lui demandons quel est le principal atout du projet mis sur pied par la commune bruxelloise. Depuis 2011 en effet, Taram et Vouziers, deux chevaux de trait ardennais, circulent dans les quartiers pour vider les quelques 750 corbeilles publiques présentes dans les rues. Chaque jour, ils tractent une hippobenne et sont accompagnés dans leur mission par des employés de la ville. Ce sont les nombreuses expériences françaises urbaines et rurales (une centaine en 2011) qui ont inspiré les fonctionnaires schaerbeekois. "Lorsque l'idée est venue, nous avons sollicité la collaboration de l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) qui faisait des missions de propreté dans les villes. L' étude de faisabilité réalisée avec eux s'est avérée positive. Alors, on s'est lancés."

De l'Ardenne à la Capitale

Le choix s'est vite porté sur des chevaux de trait ardennais. "Ces chevaux sont patients, calmes, vigoureux et dynamiques", explique Aurore Lallemand, responsable du service équidés à Schaerbeek. "Ils ont de la force physique tout en étant doux. Et puis, ils adorent les caresses et sont gentils." Un bon tempérament donc, mais l'arrivée de Taram et Vouziers à Schaerbeek a suscité quelques interrogations. Avec ses quelques 132.000 habitants, ses rues où circulent voitures, trams et bus et ses 100 km de voieries communales, la cité est difficilement comparable à Libramont, leur lieu d'origine. Quid de la sécurité ? Du bien-être des chevaux ?

De la densité du trafic ? Quel matériel acquérir ? "Nous avons fait plusieurs phases de tests et avons été positivement surpris par leur capacité à s'intégrer en ville, précise Aurore. Les chevaux ont vite été opérationnels." Le job des animaux est chapeauté par des travailleurs communaux qui ont été formés aux métiers de meneurs, convoyeurs et palefreniers. "Au Haras du Pin, en Normandie, ils ont appris les techniques d'attelage et à conduire en ville, ils font des exercices de précisions à travers des parcours d'obstacles et ont la possibilité de mener d'autres chevaux pour éviter de prendre des habitudes. Ces formations annuelles permettent de renforcer leur connaissance et d'avoir une plus grande expérience du cheval et de l'attelage."

Des journées bien remplies

Au quotidien, Taram et Vouziers débutent leur tournée vers 9h, après l'heure de pointe, et la terminent vers 15h. Ils assurent également le nettoyage après les marchés.

À côté de la collecte journalière de 200 corbeilles, il leur arrive aussi d'aller chercher des enfants à l'école pour les emmener au parc Josaphat, pour des activités pédagogiques.

C'est également dans ce bel espace vert de 22 hectares que les deux Ardennais ont élu domicile. Boxes, paddock, sellerie et espace de détente ont été installés à côté des serres. Pas très loin des ânes, déjà présents au parc et qui pour l'instant donnent un coup de pattes au ramassage des feuilles d'automne. "Notre volonté est d'éviter un maximum de circuler avec des véhicules motorisés dans le parc, explique Geert Pierre. Travailler avec des ânes et des chevaux, c'est rejoindre une préoccupation écologique : moins de pollution et de nuisances sonores, transformation du fumier en compost… Les services publics doivent jouer un rôle exemplaire dans ce domaine." Une préoccupation écologique mais également économique, les estimations montrent qu'un dispositif hippomobile (avec un seul cheval) coûte moitié moins cher qu'un dispositif de collecte classique. Et puis, on revient à la dimension sociale du projet : "Certains habitants guettent l'arrivée de la joyeuse paire et leur apporte des carottes ou de l'eau. Ils se font encore régulièrement prendre en photo. On reçoit aussi des messages inquiets d'habitants lorsque les chevaux sont absents pendant un ou deux jours. Leur présence facilite également le dialogue entre l'employé communal et le Schaerbeekois. Ça crée du lien et ça encourage au respect". Une expérience exemplaire qui a suscité l'intérêt d'autres communes bruxelloises, mais aucune n'a encore sauté le pas. À Uccle, l’administration régionale a installé des ânes sur le plateau Engeland pour l'entretien des espaces verts. En Wallonie, des initiatives similaires, mais pas quotidiennes, existent dans des communes plus rurales, comme par exemple à Marche-en-Famenne. À Schaerbeek, on accueillera à la fin de ce mois un troisième cheval.