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Le burn-out parental : les pressions infernales

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Isabelle Roskam est docteur en psychologie et spécialiste de la parentalité. Tout au long de sa carrière, elle a reçu de nombreux de parents dont les enfants manifestaient des troubles du comportement. Mais ces cinq dernières années, est apparu un nouveau type de consultation. Elle concerne des parents qui ne sont pas inquiets pour leurs enfants, ils sont inquiets pour eux. Des hommes et des femmes épuisés dans leur parentalité. Avec Moïra Mikolajczak - spécialisée dans la psychologie du stress - Isabelle Roskam s'est intéressée à ce phénomène. 


En Marche : "Burn-out parental". C'est le terme que vous employez pour qualifier la détresse de pères et de mères qui ne parviennent plus à assumer leur rôle de parents. Quels sont les facteurs qui peuvent provoquer ce malaise ?

Isabelle RoskamIsabelle Roskam : Jamais, dans l'histoire, la pression sociale n'a été aussi grande pour les parents. Pendant des siècles, les pères et les mères n'avaient de comptes à rendre à personne. Aujourd'hui, l'intérêt supérieur de l'enfant est au coeur des préoccupations. Les papas et les mamans n'ont jamais été aussi conscients du rôle qu'ils jouent dans le développement de leur enfant. Ils ne se sont jamais autant posé de questions sur comment être un bon parent. Les parents qui ne feraient pas tout pour rendre leurs enfants heureux sont rappelés à l'ordre par la société. Ces recommandations sur tout ce qui touche à la parentalité ne vont pas s'arrêter. Les intentions sont bonnes. Mais ces informations, il faut se les approprier, c'est–à-dire en faire quelque chose de réaliste, en fonction du parent que je suis et de la situation que je vis.

EM : Cette pression sociale est identique pour tous. Pourquoi certains parents ont-ils du mal à la supporter et d'autres moins ?

IR : Les personnes qui ont un tempérament perfectionniste peuvent avoir plus de difficultés à résister à cette pression. Elles ne veulent rien laisser au hasard, et veulent être sur tous les fronts. Elles s'épuisent car elles ne se laissent pas le droit de faire quelque chose qui ne soit pas au top pour l'enfant. Il n'y a aucune place pour la récupération. Cela donne des vies où, 5 jours sur 7, les parents passent leur début de soirée à attendre dans leur voiture que l'activité extra-scolaire de l'enfant soit terminée. Ensuite, il faut gérer les courses, les devoirs et le repas, élaboré avec des produits frais. À trop courir, le corps s'épuise et les moments de qualité en famille se raréfient. Par ailleurs, certaines situations particulières peuvent aussi être un terrain de prédilection au burn-out parental. Je pense, par exemple, aux personnes qui ont fait le choix de la monoparentalité ou aux familles homoparentales. La société les attend souvent au tournant et l'erreur est encore moins permise.

EM : Vous pointez une fatigue extrême due à l'accumulation de recommandations et à la volonté d'atteindre des objectifs irréalisables. Cela suffit-il pour être diagnostiqué en "burn-out parental" ?

IR : Comme pour tous les troubles de la santé mentale, on considère qu'il faut présenter les symptômes de façon intense et fréquente. Bien sûr, cela peut arriver à tout le monde d'avoir des sensations de fatigue extrême même après avoir dormi, de ne plus prendre de plaisir à être avec les enfants… Lorsque ces sentiments sont présents tous les jours et sur une longue période, alors on va considérer que la personne est en burn-out. À côté de la fatigue et de la perte de plaisir, il faut aussi parler de la distanciation émotionnelle. On emmène les enfants à l'école, on les nourrit, mais on ne parvient plus à s'intéresser à ce qu'ils font, à voir s'ils vont bien ou non… On est en pilotage automatique. Ce sont des expériences que chaque parent fait. Mais si c'est quotidien, il faut tirer la sonnette d'alarme.

EM : Quelles peuvent-être les conséquences d'un burn-out ?

IR : Le burn-out, c'est l'accumulation de stress avec pas suffisamment de ressources pour y faire face. Dans le burn-out professionnel, on conseille de faire une pause, de se réorienter. C'est plus difficile de se mettre en congé de son rôle de parents. Au niveau individuel, on peut parfois observer une augmentation des addictions : consommation de tabac ou d'alcool. Certaines personnes expriment des envies de fuite, des idées suicidaires. Le burn-out peut aussi avoir des conséquences au niveau du couple, avec par exemple une augmentation des conflits et un surcroit de travail pour le conjoint. Il faut enfin parler des conséquences au niveau de l'enfant, en termes de négligences et de maltraitance. Les parents sont tellement épuisés qu'ils se mettent à l'écart des enfants et ils ne les surveillent plus. Je me souviens de cette maman qui, lorsqu'elle rentrait du travail, se mettait dans le canapé, fermait la porte et envoyait ses enfants – âgés entre 2 et 6 ans – jouer à l'étage jusqu'au retour de son mari. Elle avait conscience de négliger ses enfants mais n'avait plus de ressources pour agir. Ce sont ces actes de négligence ou de maltraitance qui amènent la consultation. Une consultation souvent tardive car cela reste un mal honteux et culpabilisant. Les parents mettent du temps avant d'oser en parler. Du coup, ils arrivent dans un état lamentable.

EM : Comment aider ces parents à évoluer ?

IR : Avec les parents, on part de l'image de la balance. Qu'est-ce qui pèse ? Les trajets vers les activités extra- scolaires ? Les courses quotidiennes ? De l'autre côté de la balance, on va mettre les ressources pour y faire face. L'objectif : équilibrer. Est-on prêt à "larguer" des choses ? Une activité en moins par enfant ? Ne faire les courses qu'une fois par semaine ? Il y a des choses qu'on ne peut pas abandonner mais dont on peut alléger le poids. Par exemple, si un enfant éprouve des difficultés d'apprentissage, il existe peut-être des solutions pour déléguer les devoirs. En discuter avec l'institutrice ? Faire appel à une école de devoirs ou à un étudiant qui cherche un job ? Certains parents trouvent également des solutions créatives. Je pense à ce papa qui souffrait de ne plus avoir la possibilité de se retrouver seul avec son épouse. Il a créé un groupe Facebook, ouvert à tous les parents des copains de classe de ses enfants. Chaque parent qui s'y inscrit s'engage, une fois par an, à reprendre les enfants d'une autre famille le vendredi après l'école jusqu'au dimanche midi. Et quelqu'un du groupe rendra la pareille. Au final, ce père me disait qu'il avait gagné un double temps de qualité : le weekend à deux et le week-end où les copains viennent à la maison. Peu importe comment, l'essentiel, c'est de rééquilibrer la balance.

EM : Des séances d'accompagnement vont bientôt être proposées à Bruxelles et en Wallonie (lire ci-dessous). Elles seront accessibles à tous les parents qui se sentent fatigués. En quoi le travail de groupe peut-il être bénéfique pour ces parents ?

IR : Le processus de groupe permet de se nourrir des idées et des expériences des uns et des autres. Il est aussi inspirant que déculpabilisant. Si certains parents s'autorisent à "larguer" des choses, peut-être cela va-t-il autoriser d'autres parents à le faire. Chacun peut progresser.

Pour en savoir plus ...

>> Plus d’infos sur www.mc.be/burnout-parent . Vous avez des questions précises sur les ateliers ? Contactez directement l’équipe de l’UCL au 0471/414 333.

Des outils pour s'en sortir

  • Parent parfait, maison de rêve, enfant idéal… Entre ces mythes et des images que l’on traîne depuis l’enfance et la pression sociétale qui parfois nous envahit complètement, une boussole serait bien utile. Sur son site www.jepenseaussiamoi.be, Infor Santé – service de promotion de la santé de la MC – propose des articles d’experts, des témoignages et des solutions autour de la parentalité. 
  • Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak ont rédigé un ouvrage : Le burn-out parental, l'éviter et s'en sortir. Il s'adresse à tous ceux qui cherchent à mieux comprendre le burn-out parental et contient, notamment, des tests pratiques qui permettent de faire le point sur sa situation. 
  • Les deux chercheuses ont également mis au point une application "Dr Mood Burnout parental". Pour en savoir plus : www.burnoutparental.com/application

Parents épuisés et en burn-out : un accompagnement de groupe en huit séances

La MC propose un accompagnement spécifique aux parents concernés par le burn-out parental. Cet accompagnement est développé par les professeures Isabelle Roskam et Moira Mikolajczak. Elles souhaitent, dans le cadre d’une recherche menée à l'Université catholique de Louvain (UCL), évaluer l’efficacité d’un programme d’accompagnement spécifique des parents. En voici les détails :

  • Luxembourg

Les mardis 20/3, 27/3, 17/4, 24/4, 8/5, 15/5, 22/5 et 29/5. Entre 19h et 21h.

MC Arlon, salles de réunion, rue de la Moselle 7-9 à 6700 Arlon.

  • Verviers

Les lundis 16/4, 23/4, 30/4, 7/5, 14/5, 28/5, 4/6 et 11/6.

Entre 19h et 21h. MC Verviers, salle polyvalente, rue Laoureux 25-29 à 4800 Verviers.

  • Liège

Les mercredis 18/04, 25/4, 2/5, 9/5, 16/5, 23/5, 30/5 et 6/6. Entre 19h et 21h.

Espace Plan B, rue Gilles Magnée 172 à 4430 Ans.

  • Bruxelles

Les mardis 17/04, 24/4, 8/5, 15/5, 22/5, 29/5, 5/6 et 12/6. Entre 19h et 21h.

Mantradunia, chaussée de Wavre 1598 à 1160 Auderghem (Bruxelles).

  • Hainaut Picardie

Les jeudis 1/3, 8/3,15/3,22/3, 29/3, 19/4, 26/4 et 3/5. Entre 19h et 21h.

MC Tournai, rue Saint-Brice 44 à 7500 Tournai.

  • Hainaut oriental

Les jeudis 1/3, 8/3, 15/3, 22/3, 29/3, 19/4, 26/4 et 3/5. Entre 19h et 21h.

MC Anderlues, rue du Douaire 40 à 6150 Anderlues.

  • Brabant wallon

Les mardis 27/2, 6/3, 13/3, 20/3, 27/3, 17/4, 24/4 et 8/5. Entre 19h et 21h.

MC Wavre, rue Charles Sambon 24 à 1300 Wavre.

  • Namur

Les mardis 27/2, 6/3, 13/3, 20/3, 27/3, 17/4, 24/4 et 8/5. Entre 19h et 21h.

MC Namur, salle Hambraine, rue des Tanneries 55 à 5000 Namur.

  • Eupen 

Les mercredis 7/3, 14/3, 21/3, 28/3, 18/4, 25/4, 2/5 et 9/5. Entre 18h30 et 20 h30.

Zentrum für Aus- und Weiterbildung des Mittelstandes, VoG, Vervierser Straße 73 à 4700 Eupen.