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Comment grandit-on quand on a deux maisons ?

© Matthieu Safatly - Agence Freeman & Greenwood © Matthieu Safatly - Agence Freeman & Greenwood

En Belgique, l'hébergement alterné égalitaire est le quotidien de nombreux enfants dont les parents sont séparés ou divorcés. Comment ces enfants appréhendent-ils ce nouveau mode de vie ? Celui-ci leur permet-il de développer de nouvelles compétences ? Le Centre Interdisciplinaire de la Recherche sur les Familles et les Sexualités de l'Université catholique de Louvain (Cirfase) entame une étude européenne sur cette thématique. Un appel à participants est lancé.


Se focaliser sur le point de vue des enfants  

C'est la base de la méthodologie privilégiée par l'équipe de chercheurs. Grâce à leurs témoignages, ils vont tenter de comprendre comment ces jeunes gens se débrouillent à l'intérieur d'un système d'hébergement alterné égalitaire. "Ce mode de vie est révolutionnaire dans nos sociétés occidentales qui sont relativement sédentaires", explique Laura Merla, professeur de sociologie à l'UCL et responsable du projet.

Or, des milliers d'enfants ont aujourd'hui deux domiciles, cela change la manière de concevoir la famille.

Le sens du chez soi

L'idée ici n'est pas de porter un jugement sur ce mode de vie, mais de se demander si les enfants concernés développent des compétences particulières, liées à cette situation. Et comment ils entretiennent des relations familiales et amicales dans un environnement où ils se déplacent régulièrement. "Il y a une double entrée au projet", précise Laura Merla. "Le premier, c'est le rapport à l'espace et à la mobilité. Est-ce que les enfants s'approprient leur propre mobilité ? En sont-ils acteurs ? Quel rôle jouent-ils dans la coordination des agendas et dans la chorégraphie qui doit se mettre en place entre les deux foyers pour pouvoir coordonner le quotidien ? Et aussi quel est le sens du chez soi ? Où sont-ils chez eux ?"

La démarche est inductive. Le but est d'avoir le moins d'hypothèses préconçues avant de rencontrer les enfants. Une attention particulière sera aussi accordée à l'usage des technologies de l'information et de la commu - nication. "Les enfants sont connectés. Maintiennent-ils des continuités entre les deux lieux de vie grâce à ces technologies ? Les lieux physiques sont importants mais l'idée qu'il faut absolument être en co-présence physique pour pouvoir entretenir un lien est bousculé par les technologies." Les chercheurs ont mis au point des outils adaptés à un public d'enfants et de jeunes ados. Ceux-ci vont permettre différents types d'expressions : orale, écrite, vidéo… Jeux de plateaux, réalisation de petits reportages photo, vidéo, dessins… Les enfants pourront se raconter en jouant.

© Matthieu Safatly - Agence Freeman & GreenwoodDes recommandations politiques

L'étude est financée par le Conseil européen de la recherche. Trois pays s'associent : la Belgique (Bruxelles et les deux Brabants), la France (Lyon) et l'Italie (Turin). Laura Merla explique ce choix :

"La Belgique est à l'avant-garde, l'hébergement alterné égalitaire est la première option qui doit être envisagée par les tribunaux."

"En France, c'est un des modes de garde reconnu et soutenu mais il n'est pas présenté comme étant le premier à envisager. En Italie, la notion d'hébergement alterné égalitaire existe dans le droit mais elle ne se traduit pas de la même manière qu'ici. Il y a le principe d'autorité parentale conjointe, il y a cette idée que l'enfant doit pouvoir maintenir de manière égale le lien entre les deux parents, mais quasi systématiquement, c'est le choix de l'hébergement unique chez un des deux parents qui est privilégié, et il s'agit souvent de la mère". Dans chaque pays le questionnement général est le même. Le travail s'effectuera avec des enfants issus de milieux socio-économiques variés et de différentes origines ethniques. 

"L'idée est aussi d'émettre des recommandations à l'égard du monde politique, ajoute la responsable de la recherche. "Dans le projet, il y a un volet dans lequel on va examiner les politiques familiales en matière de sécurité sociale, d'éducation, et on va essayer de voir quelle place est donnée aux familles qui pratiquent l'hébergement alterné égalitaire. Sont-elles discriminées par certaines décisions ou, au contraire, soutenues ? Dans quel les mesures les pouvoirs publics reconnaissent-ils l'existence de ces familles ?"

La Confédération européenne des associations de défense de la famille (Coface), va rédiger une note sur base des résultats de l'étude. Celle-ci sera diffusée auprès des pouvoirs publics. La volonté d'aller au-delà de la publication scientifique sera également concrétisée par l'élaboration de valisettes pédagogiques destinées aux travailleurs du secteur de l'enfance .

Appel à participants

Pour mener à bien cette étude, le Cirfase est à la recherche de 40 familles dont

  • les parents sont séparés depuis au moins deux ans ;
  • les enfants vivent en hébergement alterné égalitaire(40-60% ou 50-50%) depuis au moins un an ;
  • un des enfants a entre 10 et 13 ans et est scolarisé en cinquième primaire, en sixième primaire ou en première secondaire.

Parmi ces 40 familles, les chercheurs souhaitent en trouver 20 dont

  • un des parents vit en périphérie bruxelloise et l’autre à Bruxelles ;
  • au moins un des deux ex-conjoints est à nouveau en couple.

Parmi ces 40 familles, ils souhaitent en trouver 20 autres dont

  • les parents vivent tous les deux à Bruxelles ;
  • les parents biologiques constituaient un couple multiculturel, l’un d’eux étant né en Belgique de parents belges, et l’autre étant d’origine non-européenne et étant venu vivre en Belgique.

>> Infos : 010/47.42.55 • info-mobilekids@uclouvain.be • www.uclouvain.be/fr/chercher/cirfase/mobilekids.html