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Oser parler d'argent avec son soignant…

"La grande majorité des patients ne savent généralement pas si les médecins spécialistes consultés appliquent les tarifs de la convention"
© Portra_iStock

Est-ce parce que la santé n'a pas de prix que nous éprouvons tant de difficultés à aborder le coût d’une consultation, d’une hospitalisation ou d’un traitement avec les soignants que nous consultons ? Pourtant, parler d'argent évite de s’inquiéter ou d’être désagréablement surpris. Cela permet aussi de prendre ses précautions et, au besoin, de demander conseil à sa mutualité.


Plus de quatre patients sur cinq ont une idée assez précise de ce qu'ils payeront lors de la consultation chez leur médecin généraliste. C'est une des bonnes nouvelles qui ressortent de la vaste enquête que la MC et son partenaire Altéo (mouvement social de personnes malades, valides et handicapées) ont menée récemment afin d'examiner comment les questions financières sont abordées par le patient et son prestataire (1). Plus de 5.530 membres ont répondu à un questionnaire en ligne. Preuve de l'intérêt que suscite ce sujet.

Le conventionnement connu, mais…

Autre aspect positif à relever des résultats de l'enquête : la plupart des répondants savent ce qu'est le conventionnement (2). "Cependant, parmi eux, à peine 55 % savent si leur médecin généraliste est conventionné ou pas, remarque Jean Hermesse, secrétaire général de la MC. Et lorsqu'ils abordent des questions financières avec lui, près de 60 % évoquent ce que pourrait coûter une consultation, un examen ou un traitement auprès d'un autre prestataire de soins. Et seulement 40 % abordent le prix de la consultation du généraliste lui-même".

Concernant les autres prestataires de soins, les affirmations sont très contrastées selon les spécialités. Ainsi, 87 % des patients disent avoir une idée du tarif de la consultation chez leur ostéopathe. Ils sont 75 % à savoir généralement ce qu'ils paieront chez le psychiatre, 68 % chez le logopède et 64 % chez le kinésithérapeute. À l'autre bout de l'échelle, seulement 33 % des patients ont une idée de ce que le dentiste ou leur médecin ORL leur demandera comme prix à l'issue de la consultation. Les pourcentages sont de 34 % chez l'orthopédiste et de 40 % chez le dermatologue.

"La grande majorité des patients ne savent généralement pas si les médecins spécialistes consultés appliquent ou non les tarifs de la convention, observe Hervé Avalosse, chargé d’études à la MC. La plupart du temps, les suppléments à payer chez un prestataire non conventionné ne sont pas non plus connus du patient. Ils peuvent pourtant faire grimper la somme à débourser".

Entre malaise et confiance

Spontanément, les patients abordent peu les questions d'argent lorsqu'ils sont en consultation. De même, les soignants prennent peu l'initiative d'informer leur patient sur leurs honoraires ou sur le coût d’un examen, d’un traitement. En fait, derrière cette tendance générale, se dégagent de grandes différences entre les spécialités. Ainsi, c'est avec les oncologues, neurologues, cardiologues, rhumatologues, pneumologues, ORL ou orthopédistes que les aspects financiers semblent le moins souvent abordés. Chez le dentiste, la moitié des patients disent n'être informés qu'au moment de payer, et plus d'un quart déclarent ne l'être à aucun moment. Les satisfactions les plus élevées des répondants en matière d'information, on les trouve du côté des ostéopathes, logopèdes, kinésithérapeutes et psychiatres.

"Sans doute la régularité des consultations et des soins joue-t-elle ici en faveur de ces prestataires, avance Jean Hermesse. On a quand même l'impression qu'au plus le problème de santé est grave, au moins on parle d'argent avec son médecin. Et c’est bien compréhensible, cette difficulté est si prégnante, si inquiétante qu’elle a tendance à prendre toute la place lors des discussions".

Des préoccupations multiples

Comment expliquer que les aspects financiers soient globalement peu abordés avec le soignant ? Les réponses formulées par les participants à l'enquête sont éclairantes.

Première raison invoquée par environ la moitié d'entre eux : le coût des soins n'est pas la première préoccupation lorsqu'on est en rendez-vous médical.

Seconde explication, fournie par un tiers des répondants : la confiance dans le système d'assurance soins de santé. Les patients savent que leur mutualité interviendra suffisamment dans le coût des prestations de santé.

"Ceci confirme l'importance de conclure des accords avec les différentes catégories de prestataires de soins. Afin de garantir une sécurité tarifaire aux patients et leur permettre de rencontrer leurs prestataires en étant le plus rassurés possible sur cet aspect, commente Jean Hermesse. Il faut aussi promouvoir le conventionnement auprès des prestataires pour assurer une meilleure accessibilité aux soins pour tous. On doit hélas constater que dans certaines spécialités médicales comme l'ophtalmologie, la dermatologie, la gynécologie ou la chirurgie plastique, trop peu de médecins sont conventionnés".

Consentir librement aux soins

Chaque patient a le droit de savoir ce qu'une consultation, un examen ou un traitement lui coûtera. D'ailleurs, être clairement informé des conséquences financières des soins est la condition sine qua non pour consentir librement à toute intervention du praticien professionnel. Cela fait partie intégrante des droits du patient (lire l'édito : "Être acteur de sa santé dans un environnement en mutation"). Pendant et après le traitement, le patient a également droit à ces informations tarifaires.

"L’aspect financier constitue un élément important d’une relation de soins réussie. En d’autres termes, une relation de confiance où le dialogue et le respect réciproque entre le patient et son prestataire sont garantis, explique Karen Mullié, juriste au service Défense des membres de la MC. Dans la mesure du possible, le soignant doit informer au préalable le patient du coût des traitements. S'il n'engage pas spontanément la discussion sur le sujet lors de la consultation, le patient ne doit pas hésiter à le faire lui-même. Même si le coût des soins n'est pas la première préoccupation lorsqu'on est malade, c'est important de pouvoir en discuter, surtout si des examens complémentaires, un traitement lourd, voire une hospitalisation s'avèrent nécessaires. Il ne faut pas non plus hésiter à demander au médecin de prescrire les médicaments les moins chers ou d'orienter, si nécessaire, vers un médecin spécialiste ou un professionnel paramédical qui applique les tarifs de la convention", ajoute la juriste.

Elle conclut par ces mots : "nous invitons les patients et les soignants à aborder ensemble ces questions de manière claire et transparente (voir ci-dessous). Parler d'argent ne peut plus être un sujet tabou".


Plus de transparence, c'est bon pour la santé

À l'occasion de la journée européenne des droits du patient – le 18 avril – la MC et Altéo (mouvement social de personnes malades, valides et handicapées) lancent une campagne pour encourager les patients à entamer le dialogue avec leurs soignants sur les aspects financiers de leur prise en charge. Un ingrédient indispensable pour une relation de qualité.

La MC et Altéo de mettre en lumière l’importance pour le patient de bénéficier de toutes les informations à propos de son traitement. Le coût en fait partie. Pourquoi ce thème ? Parce que les questions et les plaintes relatives à ce sujet font partie du top 3 de celles reçues par le médiateur fédéral "droits du patient" (après le droit à des prestations de qualité et celui à un dossier de patient, soigneusement tenu à jour et conservé en lieu sûr).

Ensuite, de nouvelles dispositions ont été introduites dans la loi relative à l'assurance soins de santé, en 2015, dans le but d'accroître la transparence financière pour le patient. Elles ont vu le jour à la suite d’une directive européenne. Elle stipule que le patient a droit à une facture claire de son dispensateur de soins ainsi qu'à des informations claires sur le coût des prestations.

Concrètement, chaque patient a droit à un reçu (talon complété par le prestataire au bas de l’attestation de soins donnés). Dans certains cas, il doit aussi recevoir un document justificatif sur lequel sont mentionnées les prestations totalement ou partiellement remboursables par l’assurance soins de santé, ainsi que les prestations non remboursables.

Une courte vidéo illustrant "10 conseils pour une consultation réussie", des brochures sur les droits des patients, des fiches info techniques, de nombreuses informations en ligne et des actions de sensibilisation sur le terrain. Tels sont les multiples axes de cette campagne qui se déploie les semaines à venir dans tout le pays.

Réussir une consultation en dix étapes