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Les infirmiers désertent les bancs de l’école

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Depuis l’allongement des études, le nombre d’inscrits dans la filière diminue chaque année, avertissent les hautes écoles, qui insistent sur la nécessité de revaloriser le métier, tant en termes financiers que d’image, pour éviter une pénurie.


Pour se conformer aux normes européennes, en 2016, la formation d’infirmier est passée de trois à quatre années. Le nombre d’heures de sta­ges, en particulier, a été renforcé. "Ce cursus plus complet doit permettre à ces professionnels de mieux se préparer aux exigences d’un métier qui devient de plus en plus complexe", juge Yannick Dubois, directeur de l’Issig, l’institut supérieur des soins infirmiers Galilée, qui vient d’investir dans un centre de simulation de 500 m² pour permettre aux élèves de s’entraîner en situation presque réelle. Mais l’allongement des études entraîne aussi un effet pervers. Le nombre d’inscrits en première année sur l’ensemble du territoire de la communauté française est passé de 3.969 pour l’année scolaire 2016-2017 à 3.447 pour 2018-2019 et l’engagement dans cette filière résulte plus souvent d’un second choix qu’auparavant.  Une situation d’autant plus préoccupante que, le passage à quatre ans ayant été adopté il y a trois ans,  aucune cohorte ne sera diplômée cette année.

Des compétences sous-estimées

À côté de l’allongement des études, les grèves des infirmiers contribuent aussi à expliquer ce manque d’entrain pour la profession, analyse Denis Grimberghs, président de la haute école Galilée : "Les revendications des blouses blanches, parfaitement légitimes, risquent encore de renforcer l'appréhension des jeunes à entamer des études dans ce secteur. C'est évidemment un paradoxe car moins il y aura de diplômés, plus les conditions de travail de ceux qui exercent la profession seront pénibles." Si le manque d’infirmiers est plus criant en Flandre où la population est vieillissante, le risque de pénurie à Bruxelles et en Wallonie est bien réel.

La formation d’infirmiers a pour atout certain de déboucher sur un emploi garanti. Mais, contrairement à la formation des enseignants, qui passe également de trois à quatre ans, l’allongement de la formation des infirmiers ne s’est pas accompagnée d’une revalorisation salariale. La différence de salaires avec les infirmiers brevetés, qui ont suivi une formation de type secondaire supérieur, n’est pas non plus suffisamment significative, regrette le directeur de l’Issig. Mais, au-delà du salaire, c’est surtout l’image du métier qu’il faut faire évoluer : "Dans l’opinion publique, le métier est trop souvent associé aux soins de base. Alors que c’est un métier qui demande du leadership, de la gestion d’équipe, de la technique, des compétences de jugement clinique et d’éducation thérapeutique. Les infirmiers jouent un rôle important, car ils sont souvent au premier plan pour déceler des complications." Contrairement à la Belgique, plusieurs pays européens permettent aux bacheliers en soins infirmiers de compléter leurs études par un master, voire, une thèse de doctorat. "Cela permettrait d’attirer un nouveau public vers la filière”, plaide Yannick Dubois.