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Deux équipes de trois joueurs s'y affrontent. Objectif : marquer un but de plus que l'adversaire. tour à tour attaquants et défenseurs, les joueurs lancent au sol un ballon avec des clochettes intégrées.
© Cyril Bron Deux équipes de trois joueurs s'y affrontent. Objectif : marquer un but de plus que l'adversaire. tour à tour attaquants et défenseurs, les joueurs lancent au sol un ballon avec des clochettes intégrées.
© Cyril Bron

Dans le monde du handisport, torball et goalball occupent une place à part. Tous deux ont été imaginés pour les personnes malvoyantes et aveugles. Deux équipes de trois joueurs, un ballon rempli de clochettes et des buts à marquer. Découverte de ces deux disciplines où l'ouïe est la meilleure arme. Silence, on joue !


Goalball (prononcez "gaule baule") et torball disposent de bases communes. Deux équipes de trois joueurs s'y affrontent. Objectif : marquer un but de plus que l'adversaire. Tour à tour attaquants et défenseurs, les joueurs lancent au sol un ballon avec des clochettes intégrées. Pour marquer, le ballon doit passer la ligne défensive et terminer sa course dans le but adverse.

Au goalball comme au torball, tous les joueurs – malvoyants ou aveugles – portent un bandeau occultant sur les yeux. Ainsi, les différences d'acuité visuelle sont gommées le temps du match. Les variations principales entre les deux disciplines concernent le poids du ballon, la durée des matchs, la taille du terrain et les équipements qui s'y trouvent.

Au torball, des fils munis de clochettes sont placés à 40 cm du sol, au milieu du terrain. Le ballon doit rouler par-dessous sans les toucher. Au goalball, pas de fils mais des zones délimitées que le ballon doit toucher avant de filer vers le but adverse.

Des sports spécifiques

Ces pratiques sportives ont vu le jour au sortir de la Seconde Guerre mondiale, pour les soldats devenus aveugles ou malvoyants. C'est ainsi qu'est né, aux États-Unis, le goalball. Ce sport taillé sur mesure avait pour but d'offrir à ces vétérans la possibilité de pratiquer une activité sportive. Il faisait également partie de leur programme de rééducation : complet, il travaille les réflexes, l'explosivité et l'endurance. Depuis 1988, le sport fait partie des disciplines officielles des jeux paralympiques. Il est largement pratiqué à travers le monde.

Né en Allemagne, le torball possède une histoire similaire à celle de son cousin états-unien. Lui aussi a été créé dans des centres de réadaptation pour blessés de guerre. Il connait une popularité principalement européenne. Joué avec un ballon plus léger, les chocs y sont moins violents – et la réception des balles moins douloureuses pour les joueurs. Ce qui fait de lui une discipline plus accessible aux débutants.

En Belgique, on compte deux divisions de six équipes pour le goalball. Quant au torball, il s'organise en trois divisions (10 équipes pour les deux premières, 13 pour la troisième). Contrairement au torball, le goalball ne recense pas d'équipes féminines. Ce qui n'empêche pas les femmes d'y jouer. En effet, la règlementation belge autorise les clubs de goalball et torball à aligner des équipes mixtes.

"Au goalball, certains joueurs du top arrivent à lancer le ballon à 100km/h. Sur un terrain de 18m, ça va très vite !"

Vitesse, réflexes et concentration

Lorsqu'on assiste à un match de goalball, certaines scènes impressionnent. Enveloppés dans l'obscurité de leur bandeau, les défenseurs attendent. Autour d'eux, le calme s'est fait total. L'oreille affutée et les muscles bandés, ils guettent. Soudain, le silence se brise. Les lattes du parquet de la salle craquent sous la pression des pas. L'un des attaquants adverses se prépare à l'offensive. Son corps pivote, il lance le ballon avec force. En frappant le sol, celui-ci émet une sonorité caractéristique. C'est le signal pour les défenseurs. Dans un ballet synchronisé, les corps s'allongent, s'étirent, s'étendent. Ils forment un barrage humain pour empêcher le ballon de franchir leur ligne défensive et de finir dans le but.

Attraper le ballon, tirer, se coucher, bloquer, se relever, attaquer à nouveau... Dans les matchs de bon niveau, les différentes séquences de jeu s'exécutent sur un tempo très rapide. De quoi faire suer les participants. Ici comme dans d'autres sports, la condition physique est mise à rude épreuve.

D'autres qualités sont nécessaires pour devenir un joueur habile. Lars – aveugle et fort de plus de vingt ans de pratique de torball – détaille : "La vitesse de réaction et les réflexes en font partie, tout comme l'ouïe. On doit écouter d'où vient la balle, les déplacements de nos coéquipiers et des adversaires, les feintes éventuelles… tout en restant dans son match. Le sens de l'orientation importe également beaucoup. Il faut pouvoir se déplacer sans faire trop de bruit pour ne pas être entendu par l'adversaire ni rentrer en collision avec ses coéquipiers ni sortir des limites de notre zone de jeu."

"L'ouïe, c'est notre arme principale, renchérit Klysson. En prenant de l'âge, on perd certaines facultés auditives et il devient plus difficile de défendre. Au goalball, certains joueurs du top arrivent à lancer le ballon à 100km/h. Sur un terrain de 18m de long, ça va très vite !" Depuis sept ans, Klysson, malvoyant, porte les couleurs de la Belgique lors des rencontres internationales de goalball. Agé aujourd'hui de 24 ans, il a déjà vécu l'ambiance toute particulière des matchs au sommet.

"Lors de l'entrée sur le terrain, tous les joueurs portent déjà leur bandeau. On ne voit plus du tout. Nos corps se placent alors dans une tension extrême. On analyse les moindres bruits, les moindres mouvements. Durant les jeux olympiques à Londres, il y avait plus de 5.000 personnes dans la salle. Entre le moment où on enfile le bandeau et celui où l'arbitre requiert le silence, la salle est colonisée par un bourdonnement. Dans un espace d'une telle envergure, le moindre bruit peut déstabiliser notre concentration. Un bébé qui gazouille en haut des gradins, des personnes chuchotant à 50 mètres de nous... On entend tout."

Lors des compétitions internationales, goalball et torball restreignent la pratique aux athlètes atteints de déficience visuelle. En Belgique, par contre, la mixité est autorisée, avec des règles un peu différentes. Selon qu'on joue au goalball ou au torball, chaque équipe peut aligner maximum un ou deux joueurs voyants sur le terrain en même temps. Ce cadre permet aux deux disciplines de garder leur caractéristique handisport, tout en s'ouvrant aux personnes voyantes.

"La mixité représente surtout un avantage au niveau humain et social, exprime Lars. Car il existe encore, dans le grand public, une méconnaissance des réalités vécues par les personnes handicapées visuelles. Et le sport reste un des moyens les plus performants d'intégration."

Pour en savoir plus ...

>> Plus d'infos : la Ligue handisport francophone prend part à l'organisation les compétitions de goalball et de torball en Belgique. Sur son site internet, on trouve la liste des clubs en Wallonie et à Bruxelles. • 071/10.67.50 • www.handisport.be

Envie de voir un entrainement de torball ?

Le reportage ci-dessous a été filmé lors d’un entrainement au club Havi2 Bruxelles. Les joueurs s'exercent dans des conditions presque similaires à celles d'un match. Ici, ils jouent à deux contre trois. Les buts sont remplacés par de grands tapis derrières les deux équipes. Lars et Klysson, deux joueurs du club, témoignent de leur expérience sportive.

D’autres sports pour tous

L'ASBL Altéo est le mouvement social des personnes malades, valides et handicapées de la Mutualité chrétienne. Le sport adapté et inclusif fait partie de ses cinq branches d'action. Altéo l'affirme : le sport est un important vecteur d'inclusion dans la société, quel que soit l'état de santé des personnes, malades ou porteuses d'un handicap.

Le mouvement œuvre à offrir à tous la possibilité de pratiquer un sport. Il promeut les activités sportives inclusives et adaptées et veille à l'accessibilité des infrastructures et du matériel. Chez Altéo, l'accent n'est pas mis sur la performance. L'important : que tout le monde prenne du plaisir ! Quitte à adapter les règles à la carte pour permettre à chacun de participer, selon ses possibilités et ses limites.

Concrètement, Altéo est reconnu comme fédération sportive pour personnes invalides, handicapées et/ou malades en Wallonie et à Bruxelles. L'ASBL rassemble de nombreux cercles sportifs actifs dans différent domaines. Tennis de table, Boccia (sport de boules apparenté à la pétanque), natation, cyclodanse, gymnastique adaptée, marche… : l'éventail de propositions est large. Des moniteurs encadrent les participants pour permettre à tous de progresser en toute sécurité.

Sur le site internet d'Altéo, on trouve toutes les possibilités offertes en Wallonie et à Bruxelles. Chacun peut y piocher à sa guise. Un mot d'ordre : laisser parler ses envies. "Les adaptations suivront !", promet Altéo.