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Avec l’âge, le bonheur ?

© Philippe Turpin - Belpress © Philippe Turpin - Belpress

Un octogénaire consomme près de deux fois plus d’antidépresseurs qu’un trentenaire. C’est ce qu’il ressort d’une étude réalisée par la Mutualité chrétienne (MC). Chez les femmes de plus de 80 ans, le recours aux antidépresseurs concerne même près d’une personne sur cinq. Pour nombre de seniors, couler de vieux jours heureux ne semble pas la réalité.


La santé physique n’est plus forcément ce qu’elle a été et la mémoire joue parfois des tours, mais les personnes âgées sont plus heureuses que les jeunes. C’est du moins ce que pensent de nombreuses personnes. Certaines études ont déjà pointé une stabilisation, voire même une amélioration du bien-être à un âge plus avancé. Mais ces affirmations sont de plus en plus souvent remises en question.

Il y a quelques années, une étude britannique a montré que les symptômes dépressifs ne cessent d’augmenter à mesure que l’âge avance. Le service d’étude de la MC s’est penché sur la situation en Belgique pour en arriver aux mêmes conclusions. 17% des octogénaires – chiffres MC 2014 extrapolés à l’ensemble de la population belge – consomment des antidépresseurs, contre 6% de trentenaires. Ces tendances sont identiques chez les femmes et les hommes.

Toutefois, chez les octogénaires, la consommation d’antidépresseurs est deux fois plus importante chez les femmes (21%) que chez les hommes (11%). Ces chiffres concernent les antidépresseurs prescrits exclusivement dans le cadre d’une dépression. Ceux utilisés comme antidouleurs ou somnifères ne sont pas pris en compte.

"Les chiffres sont particulièrement inquiétants, commente Jean Hermesse, Secrétaire général de la MC. Nous savions, d’après la littérature médicale, que la vieillesse prédispose à la dépression. Mais nous ne nous attendions pas à ce que des facteurs liés au vieillissement, comme le déclin physique, la maladie, la solitude et l’approche de la mort, auraient une aussi grande incidence sur la qualité de vie et le bienêtre". Et le vieillissement de la population ne va qu’aggraver le problème. "Face à la peur de vieillir et au mal-être, notre société opte trop souvent pour la solution de facilité. Les seniors qui ne se sentent pas bien dans leur peau se voient trop rapidement prescrire des antidépresseurs", ajoute-t-il.

En tant que mutualité santé, la MC plaide pour un autre modèle. "Notre société crée trop peu de cohésion sociale incluant nos aînés. Elle tend à les isoler et aggrave le repli sur soi. Or, la solitude ne se soigne pas à coups de pilules. La meilleure chose à faire est de leur consacrer du temps, d’être présent, de leur donner de l’attention et de la chaleur humaine. Des mouvements tels qu'Enéo ou jepenseaussiamoi.be, une initiative d'Infor Santé, l’ont bien compris et s’y investissent pleinement. En ce début d'année, réfléchissons-y. Et suivons ces bons exemples".