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Tatouer, un acte dangereux ?

Des infections sérieuses peuvent survenir lorsqu'un tatouage est réalisé dans des conditions non-hygiéniques ou à l'aide d'outils non-stérilisés. Les conséquences ne sont pas à minimiser !
© Istockphoto Des infections sérieuses peuvent survenir lorsqu'un tatouage est réalisé dans des conditions non-hygiéniques ou à l'aide d'outils non-stérilisés. Les conséquences ne sont pas à minimiser !
© Istockphoto

Ceux qui se parent de tatouages les pensent inoffensifs. D'autres, circonspects, les voient comme une mise en danger. La pratique comporte des risques qu'il ne faut toutefois pas exagérer. De bonnes informations et une prochaine harmonisation des pratiques dans l'Union européenne devraient les limiter.


La plupart des praticiens exercent avec professionnalisme l'art de tracer des lignes d'encre sous l'épiderme de leurs clients. Une petite proportion prend néanmoins le risque de "piquer" leurs sujets dans des conditions douteuses, occasionnant toutes sortes de complications et des problèmes de santé plus ou moins sévères. Et la disponibilité de matériel sur Internet, qui plus est assorti d'encres chinoises de piètre qualité, renforce ce phénomène.

Des infections sérieuses peuvent survenir lorsqu'un tatouage est réalisé dans des conditions non-hygiéniques ou à l'aide d'outils non-stérilisés. Les conséquences ne sont pas à minimiser ! L'infection peut par exemple affecter les tissus profonds de la peau et causer une cellulite, c’est-à-dire une infection cutanée aigüe. Là, la fièvre survient, l'hospitalisation est imminente, et des antibiotiques sont appelés en renfort. Plus rares sont les cas où le sang du tatoué est infecté. Mais les septicémies existent, et les personnes dont l'immunité est amoindrie par une pathologie (diabète…) ou par des médicaments (traitement oncologique…) doivent être particulièrement attentives aux conditions d'hygiène du studio et impérativement signifier leur "fragilité" au tatoueur avant de s'asseoir dans son fauteuil.

Si les bactéries s'invitent parfois pendant le tatouage, elles surviennent également après, lors de la cicatrisation des plaies. C'est pourquoi les recommandations de soins fournies par le professionnel doivent toujours être suivies à la lettre.

Rares allergies

Autre complication : les allergies. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte : les produits contenus dans les encres (concerne moins de 1% des personnes tatouées), ceux appliqués sur la plaie pour la désinfecter ou la soigner (apparition d'eczéma) ou la décomposition de l'encre sous l'effet du soleil, libérant des molécules allergéniques sous la peau. En outre, ces allergies peuvent survenir quelques temps après la réalisation du dessin.

"En clinique ou dans la littérature, évoque Christa De Cuyper, on voit apparaître une allergie seulement après plusieurs années. Il n'est pas rare qu'elle soit localisée sur une même couleur, précise l'ancienne cheffe de service Dermatologie de la clinique Saint-Jean de Bruges. Surtout le rouge." Ce qui l'explique ? "Cette couleur aromatique serait plus sensible à une décomposition provoquée par les rayons du soleil (ou du laser lors d'un dé-tatouage, lire encadré ci-dessous) et, dans ce cas, provoquerait la diffusion de molécules allergéniques sous la peau."

Cancer : pas de lien de cause à effet

50 cas de cancers de la peau pourraient être liés au tatouage. Un nombre très peu significatif au regard du nombre de tatoués dans le monde : 10% de la population. "Mais on ne sait pas encore si ces deux éléments sont en relation ou si c'est une coïncidence, affirme la spécialiste. Des études épidémiologiques devraient être menées pour avoir plus d'éléments."

Une certitude, toutefois : les encres contiennent parfois des produits cancérigènes. Mais il faut tenir compte de la quantité de produit injecté dans la peau. "Ce qui nous inquiète, partage-t-elle, c'est la tendance à se faire tatouer sur le corps entier. Plus la surface tatouée est grande, plus le sujet s'expose aux produits toxiques. Et les stars qui portent souvent de grands dessins impressionnent des jeunes prêts à les imiter. Il faut considérer les risques à long terme tout en sachant que la toxicité potentielle ne pourra être mesurée que dans 10 ou 20 ans."

Vers une nécessaire standardisation

La toxicité des encres préoccupe les médecins. Ceux-ci plaident pour que des mesures soient prises au niveau européen. Actuellement, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) bûche sur une nouvelle réglementation et vérifie si les composants des encres peuvent être soumis à la même régulation européenne que celle sur les produits chimiques (REACH).

"C'est difficile car les effets de nombreux produits ont été étudiés sur le corps et non dans le corps, précise Christa De Cuyper. Comme les molécules chimiques des peintures pour carrosseries ou pour textiles qu'on trouve aussi dans les encres pour tatouages."

Christa De Cuyper participe aux travaux de la Commission européenne de standardisation pour harmoniser les pratiques des tatoueurs parmi les 28 pays membres. Le groupe de travail (CEN 435) espère voir émerger cette année des règles applicables à tous les studios de tatouage de l'Union en matière d'hygiène, de produits, de méthodes de stérilisation, de soins post-tatouage… Et que les tatoueurs obtiennent de leurs clients leur consentement éclairé, donc un document qui mentionne qu'ils ont pris la mesure des risques qu'ils encourent. Ce document devra également lister les encres utilisées par le tatoueur, afin d'informer les médecins en cas de complications et de tracer ces produits. "Tout le monde doit respecter les mêmes règles", conclut le médecin.

Quelques chiffres…

En 2015, Christa De Cuyper coordonnait une enquête du Conseil supérieur de la Santé menée auprès des tatoueurs belges. Une centaine d'entre eux y a participé.

  • La grande majorité des tatoueurs se fournissent en encres auprès de distributeurs enregistrés.
  • Les mesures d'hygiène sont généralement respectées et des aiguilles à usage unique sont utilisées.
  • Les tatoueurs dispensent leurs propres conseils en matière de soins. Ils ne recourent pas à des consignes standardisées.
  • Seulement la moitié d'entre eux obtient le consentement éclairé de leurs clients. Ce document explique comment est réalisé le tatouage, les risques liés et les soins à y apporter.
  • Des complications sont observées dans 59% des cas : irritations, démangeaisons, sensation de chaleur au soleil, infections, allergies…

"Paul... John... Alex pour la vie"

10 à 20% des personnes regrettent leur tatouage. Le sujet ne leur plaît plus, le dessin est mal réalisé, leur employeur ne tolère pas les tatouages apparents… Recourir au laser pour être détatoué, est-ce une solution ?

Le détatouage n'offre pas de résultats parfaits. Un dessin à l'encre noire peut être totalement effacé en cinq séances. Mais les tatouages professionnels multicolores sont plus fastidieux à gommer et nécessitent parfois jusqu'à 20 séances de laser. Espacées de 4 à 6 semaines, comptez… près de deux ans de traitement ! Et si le dessin comporte des tons pourpres ou orange, des résidus de ces couleurs difficiles à éliminer pourraient subsister sur la peau. Autre déception, donc. Sans parler du prix…

En outre, des recherches sont actuellement menées pour mesurer la responsabilité du laser dans l'apparition d'allergies lors du détatouage. Les professionnels suspectent l'outil qui désintègre les pigments d'être à l'origine de la résorption de produits dans le corps. Détatouer de grandes surfaces pourrait accroître le risque de réactions toxiques à long terme.