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Des grossesses multiples plus nombreuses

© N. Honorez BELPRESS © N. Honorez BELPRESS

En Belgique, 2% des grossesses donnent naissance à deux bébés (ou plus rarement à davantage encore !). On constate une augmentation des grossesses multiples lors de ces vingt dernières années. Quels risques ? Quel suivi ? Et comment éduquer lorsqu'ils sont deux ?


Deux raisons principales expliquent cette hausse. D'une part, les femmes sont enceintes à un âge plus avancé, ce qui accroît le risque de concevoir des jumeaux. D'autre part, les traitements contre la stérilité, avec les stimulations ovariennes, ainsi que les grossesses médicalement assistées, sont un facteur plus important encore. D'ailleurs, afin de limiter les grossesses multiples lors d'une procréation médicalement assistée, les praticiens belges réduisent le nombre d'embryons transplantés.

L'annonce d'une grossesse gémellaire (ou multiple) est souvent à la source d'angoisses ou de stress accru pour les futurs parents. Mais aussi d'un (double) bonheur… Le médecin généraliste ou le gynécologue peut conseiller les femmes quant à leur alimentation et le suivi d'une hygiène de vie adaptée à ces grossesses, plus fatigantes que les autres. Ainsi, les futures mères doivent veiller à se reposer suffisamment. Un arrêt de travail précoce est souvent prescrit. Elles bénéficient aussi d'un suivi médical spécifique. En effet, les grossesses multiples présentent davantage un risque de complications pour la mère et pour les enfants à naître.

Des grossesses sous suivi

Une fois détectées, les grossesses multiples font l'objet d'un suivi et d'une surveillance plus importante que les autres, pour tenter d'éviter la prématurité et pour veiller à la santé de la mère et des foetus. L'échographie permet de savoir s'il s'agit de "vrais" jumeaux, identiques (monozygotes, conçus à partir d'un ovule et partageant le même patrimoine génétique) ou − ce qui est plus fréquent −, de "faux" jumeaux (dizygotes, issus de la fécondation de deux ovules par deux spermatozoïdes, avec deux grossesses qui évoluent en même temps).

Les échographies permettent aussi de déterminer si les foetus évoluent dans une ou dans deux poches et s'ils partagent un même placenta, des données importantes pour le suivi des complications de ces grossesses.

Des risques maîtrisés

Un grande majorité de ces grossesses évolue favorablement. Néanmoins, un suivi spécifique se justifie car les foetus sont statistiquement davantage exposés à un risque de mortalité néo-natale et à des troubles du développement.

De plus, les grossesses multiples s'achèvent plus souvent que les autres par des accouchements prématurés, avec des bébés plus petits, confrontés à des risques de problèmes respiratoires, à une immaturité du système nerveux ou à un risque de décès.

Parmi des grossesses gémellaires, certaines présentent davantage de risques que d'autres. C'est le cas lorsque les jumeaux partagent un même placenta.

Des accouchements sous contrôle

La durée de la grossesse est souvent plus courte, avec un terme à 37 ou 38 semaines. Les foetus sont généralement prêts à naître à ce moment, car ils évoluent plus rapidement dans l'utérus que dans le cas d'une grossesse simple.

Mais de nombreux jumeaux naissent prématurément, avant 37 semaines, et avec un poids inférieur à 2,5 kilos. Ces bébés doivent bénéficier d'une surveillance médicale plus attentive et de soins adaptés. Souvent déclenchées, les naissances requièrent plus régulièrement une césarienne. Celle-ci est indiquée lorsque le premier enfant à naître est mal positionné ou pour éviter une souffrance foetale. En soi, l'accouchement n'est souvent pas plus compliqué (l'expulsion est souvent facilitée grâce au plus petit poids des bébés), mais il est suivi d'une deuxième délivrance.

Pour en savoir plus ...

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Gémellité : vrais et faux clichés

Un livre donne la parole aux jumeaux et aborde la gémellité sur le plan scientifique et psychologique. Il déconstruit certains fantasmes pour laisser place à des histoires de fidélité, de rivalité, d'amour, d'envie… Et clarifie certains clichés, comme ceux-ci…

>> Les jumeaux homozygotes se ressemblent plus que les jumeaux hétérozygotes : Faux.

"Des jumeaux homozygotes peuvent être très différents l'un de l'autre… et des jumeaux hétérozygotes peuvent se ressembler énormément, tout simplement parce qu'ils ont les mêmes parents et le même âge !"

Roger Bessis, obstétricien, échographiste

>> En amour comme en amitié, les jumeaux cherchent à retrouver une relation à l'image de celle qu'ils ont eue avec leur jumeau : vrai et faux.

"Dans la relation et le rapport amoureux que les jumelles et les jumeaux ont à l'âge adulte, il peut y avoir une recherche de qualité relationnelle à l'image de la fusion gémellaire. Ce n'est pas forcément une dépendance dont on ne peut jamais se déprendre, certains jumeaux y parviennent, mais cette qualité spécifique de la relation gémellaire fusionnelle est décisive. Il est fréquent qu'une jumelle choisisse d'aimer un homme qui ressemble à la soeur jumelle, ne pouvant ni ne voulant – inconsciemment –quitter la bulle gémellaire. Et idem en amitié."

Annie Roux, psychiatre et psychanalyste

>> Dans un couple gémellaire, pendant la scolarité, l'un est toujours meilleur élève que l'autre : faux.

"D'après mon expérience, les enfants jumeaux homozygotes sont des élèves assez identiques et de même niveau. Lorsqu'ils sont séparés en classe, ils font également les mêmes erreurs, commettent les mêmes fautes d'orthographe et rencontrent les mêmes difficultés. Je me souviens de frères jumeaux qui m'avaient illustré leur poésie exactement de la même manière et avec les mêmes couleurs !"

Catherine Henri, enseignante


Un développement psychologique différent

Qu'ils se ressemblent ou pas, élever un couple de jumeaux n'est pas la même chose qu'élever un enfant unique. Leur développement comporte quatre étapes spécifiques.

Au départ, il y a le miroir. L'enfant de six à huit mois s'y regarde. Il comprend que le reflet qu'il voit n'est pas lui, pas un autre, mais une image qui le représente. Phase cruciale dans la construction psychique du bébé, elle oblige l'enfant à réaliser qu'il est distinct de sa mère et des autres. La notion de soi et les limites de son corps prennent forme dans son esprit.

Le stade du miroir comporte un triple exercice pour l'enfant jumeau : comprendre que le miroir le représente luimême, que l'image reflétée n'est pas son frère/sa soeur, et accepter qu'il a la même apparence que lui/elle. Chez les enfants concernés, il n'est pas rare que le stade du miroir, qui initie à la conscience de soi, soit retardé de quelques mois.

Fusion

Entre la naissance et deux ans, les jumeaux sont dans une phase dite de fusion gémellaire et vont se développer en tant qu'entité. Les spécialistes considèrent cette étape d'unification comme fondatrice du lien qui les unit. Fusion qui s'accentue pour des raisons essentiellement logistiques. Les parents vont plus facilement les unifier que les distinguer. Si l'un a faim, les deux mangeront. Si l'un doit être changé, les deux le seront. La surcharge de travail ne permet souvent pas à ces "super parents" de procéder autrement.

Complémentarité

À partir de deux ans, les jumeaux entrent dans une phase de complémentarité. Ils se construisent l'un par rapport à l'autre. L'un peut prendre l'ascendance sur l'autre. Pour différencier les jumeaux entre eux, les parents cherchent à leur attribuer des caractéristiques qui leur sont propres et parfois de manière caricaturale : l'un est peureux, l'autre casse-cou ; l'un aime davantage le sucré, l'autre le salé… Ces étiquettes, collées dans les premières semaines de vie, sont parfois violentes pour l'enfant concerné et son jumeau. Elles accroissent la rivalité qui apparaît à ce stade, comme le rapport dominantdominé qui se modifiera selon les activités proposées aux enfants.

Sollicités l'un après l'autre, un des enfants va évoluer tandis que l'autre restera spectateur. Puis à son tour, l'autre sera sollicité pour atteindre le même niveau. Ces stimuli n'étant jamais identiques, leur personnalité se développera par paliers successifs. Cette période de complémentarité est cruciale car elle permet aux enfants d'évoluer selon différents niveaux de transition et d'accéder, ensuite, à l'autonomie complète.

Autonomie #1

Vers six ou sept ans, à l'âge de la sociabilisation et des premiers pas à l'école, les jumeaux sont considérés comme des individus à part entière. Ils n'ont progressivement plus besoin ni de la fusion ni de la rivalité pour se définir. Cha cun à son tour va se retrouver au centre des interactions et va connaître une première forme d'autonomisation. Les sollicitations touchent désormais l'enfant en tant qu'individu et non plus en tant qu'"entité gémellaire".

Faut-il pour autant les séparer dès la rentrée des classes ? Pas nécessairement, indiquent la plupart des "gémollogues". Séparer des soeurs ou des frères jumeaux peut sembler être une solution pour libérer l'un du joug de l'autre lorsqu'il a l'ascendant sur le plan affectif. Mais peut aussi représenter une "cassure" lourde de conséquences. C'est pourquoi la plupart des spécialistes conseillent aux parents de laisser les jumeaux ensemble aux rentrées scolaires charnières, d'envisager leur séparation en douceur et de les assimiler à cette décision.

Autonomie #2

Vers 12-13 ans viendra la volonté de vivre sa propre vie sans l'approbation de son frère ou de sa soeur. Cette autonomie "complète" permet au jeune de bâtir une relation affective avec une tierce personne, séparé de son jumeau. C'est en quelque sorte l'achèvement de l'affirmation de soi en tant qu'individu. La crise d'adolescence aussi est un moment charnière. Comme les autres jeunes à cette période, les jumeaux redéfinissent leur relation avec leurs parents. Subtilité supplémentaire : ils le font aussi avec leur frère ou leur soeur.

Au bout du compte, si les jumeaux développent leur propre personnalité et mènent une vie autonome, leurs ressemblances physiques et intellectuelles les lieront toute leur vie et influenceront leur existence.