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Chassons les polluants !

© Herve de Gueltzl / REPORTERS © Herve de Gueltzl / REPORTERS

Le plus souvent, l’air que nous respirons à l’intérieur des bâtiments est insuffisamment renouvelé. Résultat : les substances toxiques s’y accumulent et peuvent provoquer des problèmes de santé, de concentration. De récentes enquêtes montrent que la situation est particulièrement préoccupante dans les crèches et les écoles. Pourtant, des mesures simples peuvent être prises pour y améliorer la qualité de l’air.


Commençons par la maison ! Nous y passons déjà en moyenne huit heures à dormir, et au minimum quelques heures matin et soir… Ce lieu où l’on se sent bien peut pourtant être la source de certains problèmes de santé - l’asthme et les allergies pour l’essentiel – comme en attestent les analyses effectuées par les organismes chargés d’analyser la qualité de notre air intérieur…

Ainsi, chaque année en Wallonie, les services d’analyse des milieux intérieurs (Sami) réalisent quelque 660 visites au domicile de personnes présentant un problème de santé lié à l’habitat et ce, à la demande de médecins généralistes(1).

Objectif : trouver la cause des problèmes respiratoires non-asthmatiques, des allergies ou encore de l’asthme dont se plaignent les personnes. Dans plus de deux tiers des cas, les analyses des échantillons prélevés dans les maisons attestent de la présence d’humidité et de moisissures sur les murs. Celles-ci libèrent des spores (de fines “poussières” produites par les champignons) dans l’air et provoquent une irritation des voies respiratoires ou des allergies qui peuvent mener notamment à des rhinites, des bronchites et de l’asthme.

Cette humidité peut être due à des problèmes d’infiltration mais peut aussi provenir de la condensation accumulée dans certaines pièces (salle de bains, cuisine, buanderie…) lorsque la maison n’est pas suffisamment aérée. “Dans la plupart des cas, nous conseillons d’adopter des mesures simples comme une aération régulière et correctement réalisée, explique le Dr Alain Nicolas qui dirige le SAMI liégeois. Parfois, il s’agira cependant d’effectuer des réparations pour éliminer les problèmes d’humidité. En tout cas, lorsque les conseils sont suivis, 27% des gens constatent une disparition des symptômes et 61,6% une amélioration partielle!”.

Les crèches sensibilisées

Passons à un autre lieu de vie : la crèche où sont accueillis nos bambins jusqu’à l’âge de trois ans. Une enquête par questionnaire, menée dans le cadre du Plan National d’action Environnement Santé (2) dans plus de 400 crèches du pays, dévoile une situation qui laisse quelque peu perplexe. “Un tiers d’entre elles font état de problèmes d’humidité et un quart ont constaté la présence de moisissures, explique Marie-Christine Dewolf, Project manager à Hainaut Vigilance Sanitaire. Il n’est pas rare non plus de trouver, dans l’air intérieur, des taux de particules fines (émanant des processus de combustion – industrielle ou du trafic – ou de réactions chimiques, provenant de l’extérieur) supérieurs à ce qui était mesuré à l’extérieur !

En effet, l’air s’engouffre dans les locaux; les substances s’additionnent à celles qui émanent du mobilier, des matériaux, des produits utilisés, etc. L’air n’est pas renouvelé, ne laissant pas la chance à un air plus pur de prendre sa place…
L’enquête a aussi montré que les personnes qui travaillent en crèche ont souvent de mauvaises habitudes : dans une crèche sur deux, on recourt à des pesticides (insecticides, surtout) même occasionnellement et, dans près d’une sur trois, à des produits désodorisants.

Un autre polluant régulièrement relevé est le fameux formaldéhyde – classé comme cancérigène par l’OMS – qui s’échappe du mobilier, de certains produits de nettoyage et de certains revêtements comme le parquet en mélaminé. La concentration est en moyenne deux à trois fois supérieure à la norme fixée pour les personnes dites “sensibles” dont les bébés font partie.

Si ces résultats peuvent en inquiéter certains, il faut préciser que cet état des lieux a initié une prise de conscience. Les milieux d’accueil qui ont participé à cette enquête ont reçu des recommandations ainsi qu’une formation très concrète sur la façon de gérer les pollutions intérieures. Une formation qui semble avoir son petit succès !

Les écoles à la traîne

Les écoles ne sont malheureusement pas en reste non plus… Ainsi, le SAMI-Lux a récemment publié les résultats d’une étude sur la qualité de l’air intérieur, menée dans les classes de 1ère maternelle et de 3ème primaire de 20% des écoles de la province de Luxembourg(2). Ici, ce sont des visites du bâtiment et des analyses qui ont été réalisées. “Si tous les bâtiments possédaient des systèmes de ventilation naturels, comme des fenêtres, dans un état globalement correct, on relevait des odeurs désagréables dans 38% d’entre eux, explique le Dr Martina Kuske, du SAMI-Lux. L’enseignement le plus intéressant est l’évolution, au cours de la journée, de la concentration des polluants, lorsque la pièce n’est pas adéquatement ventilée et aérée. Ainsi, le taux d’humidité relative augmente au cours de la matinée pendant que les élèves sont en classe. Dès que l’on ouvre la fenêtre durant la récréation, on le voit chuter”.

Côté teneur en dioxyde de carbone, les chiffres sont encore plus clairs : dès l’entrée en classe le matin, la concentration est correcte quasiment partout mais en fin de matinée, les deux tiers enregistrent des taux médiocres. Par ailleurs, entre un tiers et la moitié des classes présentent des taux de COV (toluène, benzène pour l’essentiel) supérieurs à la norme.

Une humidité visible ou des moisissures étaient présents dans 15% des classes, plus encore dans les toilettes ou les caves (pour 50% des cas), ajoute le Dr Kukse. Et dans une classe sur trois, il y avait plus de spores fongiques (provenant de moisissures) dans l’air intérieur que dans l’air extérieur. Une classe sur deux présentait une quantité importante d’acariens. Enfin, pour ce qui est du radon, situation particulière dans notre province, deux tiers des classes présentaient des concentrations supérieures aux recommandations de l’OMS. Enfin, une classe sur cinq accueillait des animaux domestiques et 14% comportaient des plantes, avec les allergènes qui correspondent…

Cet air pollué a un impact sur la santé, on l’a vu, mais aussi sur les capacités d’apprentissage, comme l’avait déjà mentionné, en 2007, une enquête de Test-Achats qui dénonçait une concentration trop importante de CO2 et de COV dans les classes. Le premier, qui provient de la pollution générée par l’industrie, les transports, etc, “endort” les enfants, qui sont, de ce fait, moins capables de concentration. Quant aux COV, ils semblent émaner essentiellement du mobilier et des peintures, mais aussi du matériel scolaire : correcteurs, marqueurs, effaceurs, colle… Une trop grande concentration de COV peut être à l’origine de maux de tête, d’irritation des yeux…

Cet état des lieux montre bien que la situation pourrait largement être améliorée par la mise en œuvre de mesures simples comme l’aération régulière des locaux. Pourtant, il semble que la sensibilisation dans les écoles ne soit pas encore de mise…


 

Pour en savoir plus ...

>> Des fiches pratiques d’information sur l’habitat et la santé peuvent être obtenues gratuitement (frais de port uniquement) auprès de l'association Espace Environnement au 071/300 300. Plus d’infos aussi sur www.espace-environnement.be et www.sante-habitat.be

Que faire en pratique ?

  • Si vous n’avez pas de système de ventilation opérationnel (évitez de le condamner!), ouvrez les fenêtres de chaque pièce durant quelques minutes, trois fois par jour si possible. Pas plus s’il fait froid, sinon l’air trop froid va refroidir les murs, ce qui provoquera un choc thermique dès que la fenêtre sera refermée et le chauffage allumé, favorisant la condensation puis les moisissures.
  • Evitez les biocides (insecticides et autres) ainsi que les produits d’entretien trop parfumés. Limitez l’usage de désinfectants (de type Dettol ou eau de javel) et aérez si vous devez vraiment les utiliser (par exemple pour désinfecter des objets souillés par une personne porteuse d’une maladie contagieuse). Pour nettoyer, préférez les produits naturels achetés en magasin (avec l’écolabel européen: www.ecolabel.eu ), ou faits maison avec du vinaigre blanc, du bicarbonate de soude et autres jus de citron ou huile de lin… Vous pouvez aussi opter pour l’usage de fibres de bonne qualité qui ne nécessitent pas de produit si ce n’est de la glycérine comme dégraissant.
  • Ne fumez pas à l’intérieur.
  • Evitez les désodorisants! S’il y a de mauvaises odeurs, inutile de les masquer: il faut trouver la source et nettoyer… Dans les toilettes, préférez l’aération et le nettoyage régulier.
  • Préférez le mobilier en bois massif plutôt que les meubles en bois compressé (mélaminé) dont les colles émettent du formaldéhyde.
  • En cas d’humidité, supprimez les traces (ici, l’eau de Javel est recommandée, mais avec l’aération nécessaire!), cherchez les causes (infiltrations…) et remédiez-y.
  • Choisissez bien les matériaux dans la maison: évitez par exemple les peintures qui émettent trop de COV (supérieur à 30g/L – c’est indiqué sur l’étiquette), qui contiennent des métaux lourds, etc. Une astuce? Choisissez les peintures qui portent l’écolabel.
  • Evitez les travaux lorsque les jeunes enfants sont présents.
  • En classe et dans les crèches, les animaux et plantes ne sont pas nécessaires !