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Patients et soignants : même combat

Partout dans le monde, le phénomène de résistance des bactéries aux antibiotiques crée de vives inquiétudes. © Pixabay Partout dans le monde, le phénomène de résistance des bactéries aux antibiotiques crée de vives inquiétudes. © Pixabay

Les antibiotiques – c'est entendu – sauvent des milliers de vies chaque année en Belgique. Mais ils peuvent aussi, très indirectement, causer de gros dommages. Les utiliser avec discernement est donc un réel impératif de santé publique, où patients et médecins doivent absolument jouer la même partition.


Depuis une bonne trentaine d'années, le monde est confronté à un phénomène qui, à certains égards, donne froid dans le dos : la résistance des bactéries aux médicaments antibiotiques. Ces derniers sont censés venir à bout de maladies infectieuses aussi variées que certaines pneumonies, méningites, maladies sexuellement transmissibles, infections urinaires, mais aussi la tuberculose ou le paludisme. La situation est sérieuse.

Si les pays pauvres sont les plus exposés à ce phénomène, les pays riches ne sont pas épargnés, loin s'en faut. Chaque année, 20 à 25.000 ressortissants de l'Union européenne, le plus souvent admis à l'hôpital, meurent alors qu'ils y ont été correctement pris en charge mais... sans résultats faute d'efficacité de ces médicaments. Fin 2015, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a une nouvelle fois tiré la sonnette d'alarme. Avec un ton inhabituellement dramatique, elle n'a pas hésité à brandir la menace d'une ère "post-antibiotique" qui ferait revenir l'humanité à l'époque où la pénicilline – premier antibiotique mis au point dans l'histoire – n'existait pas. Soit avant la Seconde guerre mondiale...

Du poulet à… l'homme

La multiplication à large échelle des élevages industriels est l'une des explications à ce phénomène de résistance. Les animaux y sont en effet traités préventivement aux antibiotiques, via l'alimentation, pour des raisons économiques. À force d'être bombardées de molécules tueuses, les bactéries finissent par "vouloir" se défendre. Elles développent des mécanismes de résistance qui se propagent d'animaux en animaux et, pour certaines souches, jusqu'à l'homme par la voie respiratoire ou la voie alimentaire. Mais l'élevage intensif est loin d'être la seule explication.

La façon de prescrire ces médicaments, tant à l'hôpital qu'en médecine ambulatoire (soit 93 % des doses d'antibiotiques prescrites en Belgique), est loin d'être optimale. Tout comme, d'ailleurs, l'attitude des patients face à leur médecin.

"Certains médecins, soucieux de ne pas passer à côté d'une maladie grave chez leur patient, prescrivent trop ou trop vite selon une sorte de réflexe "parapluie", fait remarquer le Docteur Anne Simon, microbiologiste et médecin hygiéniste aux cliniques universitaires Saint-Luc (UCL) et Vice-présidente de la Commission belge de coordination de la politique antibiotique (Babcoc). Mais leur responsabilité est partagée avec les patients. Il y a, notamment, un problème particulièrement aigu chez les parents. Ils ont souvent l'impression que la maladie de leur jeune enfant n'est pas bien prise en considération si, à l'issue de la consultation, leur pédiatre ou leur généraliste n'a prescrit aucun antibiotique. Or, le plus souvent (dans la plupart des maladies bénignes – lire l'article ci-dessous), cette non-prescription automatique est une attitude tout à fait indiquée et respectable".

Rien ne sert d'accumuler les antibiotiques dans les pharmacies familiales. Mieux vaut restituer les non-utilisés à son pharmacien.

Des bactéries "intelligentes"

Le Dr Simon reconnaît toutefois la complexité du problème. Que prévoit la société, en effet, pour les parents qui ne disposent pas de solutions de garde temporaire pour leurs enfants malades et qui, dans un contexte de pression croissante sur le travail, ne peuvent se permettre d'être absents au boulot ? Elle cite, également, deux autres explications au phénomène de résistance aux antibiotiques. Primo, l'augmentation explosive de la mobilité mondiale, qui favorise et accélère la transmission à large échelle des mécanismes de résistance chez l'homme. Secundo, le désengagement des firmes pharmaceutiques en matière de recherche.

"Les bactéries sont tellement rapides et "habiles" pour trouver des parades aux médicaments qu'à peine un nouvel antibiotique prometteur est-il mis au point et commercialisé, que déjà de nouvelles souches résistantes à cet antibiotique apparaissent, rendant caduque toute perspective de rentabilisation de la recherche engagée. C'est décourageant !"

La Belgique exposée

La résistance aux antibiotiques, en Belgique, reste encore partiellement sous contrôle. Mais l'inquiétude est très vive dans notre pays. En effet, malgré une tendance récente à une baisse de la consommation suite à de réels efforts dans tous les secteurs (1), les quantités prescrites figurent parmi les plus élevées d'Europe.

"Malgré quelques succès engrangés ces dernières années, notamment contre le staphylocoque doré, la résistance de certaines bactéries aux antibiotiques s'intensifie. On le voit, notamment, chez des bactéries bien spécifiques du tube digestif, ce qui rend bien plus complexe toute tentative de "décolonisation" du patient. La communauté médicale se sent impuissante. Il est impératif d'accentuer les efforts pour diminuer l'incidence des souches déjà connues, mais aussi pour prévenir l'apparition de nouvelles souches. C'est l'affaire de tous, autant de la collectivité que de chaque individu".


Plus chers depuis le 1er mai

Jusqu'à présent, les antibiotiques appartenaient à la catégorie B de remboursement par l'assurance obligatoire. Ils étaient remboursés à 75% et même à 85% pour les bénéficiaires de l'intervention majorée (Bim) (1). Depuis le 1er mai, ils sont passés en catégorie C parmi les médicaments destinés au traitement symptomatique. Dorénavant, ils sont donc remboursés à 50% y compris aux Bim (1).

Le gouvernement fédéral a justifié cette mesure par la nécessité de limiter la surconsommation d'antibiotiques. Pour la MC, ce n'est pas aux patients à payer plus cher ces médicaments. Car ce sont les médecins qui prescrivent les antibiotiques. Ces médicaments ne sont pas en vente libre. Il faudrait plutôt responsabiliser financièrement les médecins prescripteurs.


Uniquement quand il faut et comme il faut

Les antibiotiques ne sont ni des remèdes miracles ni nécessairement la solution correcte pour soigner des maladies courantes. Repères et conseils aux patients pour un bon usage.

1. Les antibiotiques ne sont pas efficaces contre toutes les maladies

En cas de fièvre isolée, de grippe, de rhume, de bronchite aiguë, de bronchiolite et dans la plupart des formes d’angine et d’otite, les antibiotiques s'avèrent totalement inefficaces. En effet, ces infections sont provoquées par des virus. Il est donc tout à fait normal que le médecin ne prescrive pas d'antibiotiques lorsqu'il diagnostique une maladie d'origine virale chez un patient.

Les antibiotiques agissent uniquement contre les bactéries. Mais toute infection bactérienne ne justifie pas obligatoirement un traitement antibiotique. La plupart des angines et des otites, par exemple, guérissent spontanément après quelques jours. Le plus souvent, la meilleure solution est de laisser agir le système immunitaire. Dans la plupart des cas, le traitement antibiotique n’est d'ailleurs pas urgent. En cas de doute sur le diagnostic, le médecin préférera ainsi s'abstenir et réévaluer la situation par la suite. Afin de prescrire à bon escient, il confortera son diagnostic par des tests rapides (frottis pour les angines, bandelette urinaire…).

La prise d'antibiotiques doit ainsi être limitée aux formes graves d’angine, d’otite, d’infections de plaies, de pneumonie, de méningite… Dans ces cas, soyons clairs : les antibiotiques sauvent des vies.

2. Les antibiotiques n'accélèrent pas le rétablissement

Il ne sert à rien de demander à son médecin de se faire prescrire des antibiotiques pour se sentir mieux ou être mis sur pied plus rapidement. Le médecin ou le pharmacien pourra conseiller des remèdes pour soulager les symptômes et prescrira surtout… du repos, le temps nécessaire à la guérison. En cas de doute et surtout si les symptômes perdurent ou s’aggravent, une nouvelle consultation est impérative.

3. Les antibiotiques ne doivent être pris que si le médecin le juge nécessaire

Si le médecin prescrit des antibiotiques, il ne faut pas hésiter à lui demander s'ils sont indispensables et appropriés. Il arrive que le médecin rédige une prescription différée d'antibiotiques à prendre (et donc à acheter en pharmacie) uniquement si l'état de santé ne s'est pas amélioré après quelques jours. Il ne faut pas hésiter à lui faire préciser les signaux d'alarme permettant de savoir si l'antibiotique doit finalement être pris.

4. Le traitement prescrit doit être strictement respecté

Prendre correctement les antibiotiques est impératif pour détruire toutes les bactéries et éviter l’apparition de bactéries résistantes. Cela signifie ne jamais sauter une prise et, surtout, prendre exactement les quantités prescrites au moment demandé. Et aller jusqu'au bout de la cure prescrite, même si on se sent mieux après quelques jours.

Les antibiotiques n’attaquent pas seulement les bactéries nocives mais menacent aussi les bactéries utiles. Des effets secondaires sont donc possibles : diarrhées, lourdeurs d’estomac, perturbations du goût, mycoses… Il faut en parler à son médecin si les troubles persistent.

Un dernier conseil : ne surtout pas garder pour une prochaine fois les boîtes ou flacons d'antibiotiques. Ne jamais les administrer non plus à autrui. Le mieux est de rapporter chez le pharmacien ce qu'il reste à l'issue du traitement.