Retour à Médicaments

Médicaments coûteux : contre-attaques et premiers succès   

(c)iStock (c)iStock

ONG, universités, gouvernements... Nombreux sont ceux qui tentent de freiner l'appétit financier des firmes pharmaceutiques sur les médicaments dits "innovants"


 Fin novembre 2019, avec l'Université de Pennsylvanie (USA), Novartis déclare renoncer au brevet sur le Kymriah®, un médicament mis au point dans le cadre d'une thérapie génique anticancer. Ce retrait fait suite à l'action d'opposition initiée par Médecins du Monde auprès de l'Office européen des brevets. Avec d'autres acteurs de la société civile, l'ONG estime ce brevet "abusif", ladite thérapie étant facturée à la sécurité sociale 296.807 euros par malade. Le but de l'association n'était évidemment pas d'obtenir le retrait d'une possibilité de soins innovants contre le cancer, mais bien d'attirer l'attention médiatique et politique sur la façon dont les firmes imposent leurs prix de vente. "Si les lois étaient correctement appliquées, nous n'aurions jamais dû passer par une telle procédure, commente Ri De Ridderprésident de Médecins du monde. Le droit de propriété intellectuelle a ses limites ! Cette décision est historique, mais elle n'est qu'un premier pas. Il s'agit, à terme, d'éviter que des thérapies innovantes, à cause de leurs prix pharaoniques, soient frappées de mesures de rationnement pour la population."  

Obliger les firmes à pratiquer la transparence sur leurs coûts. Ou, au moins, à viser des retours corrects - mais pas exorbitants - sur investissements afin ne pas mettre à mal les systèmes de soins de santé. Tel est l'un des objectifs fondamentaux d'initiatives comme celles de Médecins du monde, mais aussi d'organisations comme Test-Achats. Ces dernières années, elles ont intenté plusieurs actions auprès des autorités chargées de veiller à la concurrence contre Roche, Leadiant et, à nouveau, Novartis. 

 L'année dernière, l'Association internationale de la Mutualité (dont la MC est membre) a mis au point un modèle de calcul innovant, destiné à calculer des prix maximaux justes pour les innovations médicamenteuses en EuropeObjectif : démontrer que des prix plus raisonnables sont possibles sur la base d'une formule prenant en compte divers critères estimés de la façon la plus juste possible : le coût de la Recherche et Développement, le nombre de patients concernés, les coûts estimés de production et de promotion commerciale, etc. Un bonus est accordé à la firme si l'innovation thérapeutique est réelle. Une simulation a été réalisée à propos d'un médicament contre l'hépatite C : elle aboutit à un coût pour la collectivité divisé d'un facteur 50 ! Pas sûr que l'industrie pharmaceutique accueillera ce modèle à bras ouverts dans les mois qui viennent 

 Au départ de la Belgique et des Pays-Bas, neuf pays européens, depuis peu, se coordonnent pour mieux anticiper l'arrivée de nouveaux médicaments potentiellement coûteux sur le marché de l'Union. Le but : appliquer le vieil adage "l'Union fait la force" pour négocier des réductions de coût importantes face aux géants du Pharma. De premiers résultats ont été engrangés, notamment avec la réduction de coût obtenue récemment sur le Spiranza ®, le médicament administré à la petite Pia en Flandre. "Un pas encourageant, mais encore largement insuffisant", commente-t-on avec espoir mais circonspection dans les organisations issues de la société civile. 

 À l'hôpital universitaire de Gand (UZ Gent), c'est d'une autre riposte à la hausse illimitée des prix qu'il s'agit. En partenariat avec les firmes pharmaceutiques, l'hôpital s'apprête à travailler à la mise au point d'unités de production de thérapie génique "sans bénéfice". L'idée: s'associer au secteur privé beaucoup plus en amont qu'autrefois, dès le stade de la Recherche/Développement, au bénéfice prioritaire des malades du cancer et de maladies infectieuses de type VIH. "La connaissance de ces maladies a tellement progressé, ces dernières années, que nous avons affaire à des groupes de malades de plus en plus spécifiques ayant besoin de thérapies très ciblées, explique Catherine Van Der Straeten, cheffe de l'Institut de santé, de l'innovation et de la recherche. Mettre au point ces thérapies dans des unités européennes, et non plus seulement asiatiques ou américaines, nous permettra de gagner du temps."