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Les vaccins contre le Covid sous la loupe (1/3)
 

par Candice Leblanc et Joëlle Delvaux -

(c) Yasmine Gateau (c) Yasmine Gateau

La recherche est un mouvement perpétuel. Des hypothèses sont confirmées, d'autres infirmées, de nouvelles questions sont posées. D'études en études, les connaissances s'affinent. À l’heure où plus de six milliards de doses de vaccins anti-Covid ont été administrées dans le monde, En Marche fait le point sur ce que la science et la recherche nous apprennent à leur sujet... et sur ce qu’il nous reste à découvrir. Premier point : c'est quoi ces vaccins ?


Comment fonctionne la vaccination ?

Tous les vaccins fonctionnent selon le même principe. Il s’agit d’entrai­ner le système immunitaire à recon­naitre un virus ou une bactérie en lui présentant un fragment ou l’un des composants de ce microbe. Le sys­tème immunitaire réagit alors en fa­briquant des anticorps dirigés contre ce corps étranger. Plus tard, si nous sommes exposés au vrai microbe, notre système immunitaire va tout de suite le re con naitre grâce à ces an­ticorps qui vont l’attaquer et le dé­truire avant qu’il ne puisse causer les symptômes de la maladie.

Quelles sont les différences entre les vaccins anti-Covid ?

Sur les quelque 120 vaccins anti-Covid en cours de développement clinique ou déjà mis sur le marché, seuls qua­tre ont été autorisés par l'Union euro ­pé enne et sont actuellement adminis­trés en Belgique : Comirnaty® de Pfi­zer/BioNtech, Spikevax® de Moder ­na, Vaxzevria® d’AstraZeneca et le vaccin de Janssen/Johnson&Johnson (J&J).

Ces vaccins fournissent des informa­tions aux cellules des muscles du bras – là où ils sont injectés – nécessaires pour fabriquer la protéine Spike, un fragment de la surface du virus SARS-Cov-2 qui cause le Covid. Comment ?

• Les vaccins d’AstraZeneca et de J&J utilisent des vecteurs viraux. C’est-à-dire un autre type de virus, inoffen­sif pour l’être humain et rendu in ­capable de se dupliquer, mais qui contient les informations (le mode d’emploi) pour fabriquer Spike.
• Les vaccins de Pfizer/BioNtech et de Moderna utilisent la technique de l’ARN messager (ARNm). Dans ce cas, c’est la molécule d’ARN (code génétique) qui contient les informa­tions pour fabriquer Spike.

Comment les vaccins ont-ils pu être développés si vite ?

Il y a plusieurs facteurs explicatifs :

• Les technologies vaccinales exis­taient déjà, y compris celle à ARNm, développée il y a une vingtaine d’an­nées.
• Le SARS-Cov-2 s’est avéré bien plus simple à cibler que d’autres virus. Une chance !
• Nombre d’États, d’organismes pu­blics et privés ont massivement fi­nancé la recherche, la mise au point et la fabrication à grande échelle des vaccins anti-Covid. Le plus gros bailleur de fonds ? Les États-Unis, avec 11 milliards de dollars.

Aucune concession n'a été faite quant aux exigen­ces strictes habituelles en matière de sécu­rité, de qualité et d'ef­ficacité des vaccins.

Dans quels cas la vaccination anti-Covid est-elle contre-indiquée ?

Il y a trois contre-indications :
• Souffrir d'une allergie grave et con­nue à l’un des excipients des vac­cins.
• Pour les vaccins à vecteurs viraux (AstraZeneca et J&J) : avoir déjà fait un syndrome thrombotique throm­bocytopénique ou un syndrome de fuite capillaire (maladie qui touche moins d’une personne sur un mil­lion). Les quatre décès attribués aux vaccins anti-Covid en Belgique sont liés à ces contre-indications.

Pour toutes les autres pathologies, même graves (cancer, insuffisance rénale, maladies auto-immunes, etc.), la balance risques-bénéfices (1) est nettement favorable à la vaccination.

Dessin de la terre avec une seringuePourquoi est-ce important d’atteindre une couverture vaccinale dans la population ?

Lorsque suffisamment de personnes sont vaccinées contre une maladie dans une population, le microbe res­ponsable y circule moins, voire plus du tout.

Dans le cas du SARS-Cov-2, l’enjeu n’est pas tant de le faire disparaitre – ce qui est peu probable à moyen terme – que de gagner du temps sur l’émergence de (futurs) variants. "Les coronavirus mutent régulière­ment et de façon aléatoire, rappelle la Pr Sophie Lucas, immunologiste et présidente de l’Institut de Duve de l’UCLouvain. Pour le moment, les vac­cins sont efficaces contre les variants connus (y compris les variants Delta et Mu, NDLR), mais rien ne nous garantit qu’ils le resteront contre les variants futurs. Certaines mutations de la pro­téine Spike pourraient diminuer signi ­ficativement leur efficacité..." 

Quel pourcentage de personnes vaccinées ou immunisées contre le Covid est-il nécessaire pour atteindre cette "immunité collective" ?

C'est difficile à préciser à ce stade, mais plus une maladie est conta­gieuse, plus ce pourcentage doit être élevé... La Belgique s’est fixé comme objectif d’atteindre 70% de vaccina­tion complète dans l’ensemble de la population, commune par commune.

Combien de temps garde-t-on ses anticorps vaccinaux ?

Il est trop tôt pour le dire. Seul le temps nous renseignera sur la durée de la protection contre le Covid et ses for­mes graves. En effet, certains vaccins (contre la rougeole, par exemple) confèrent une immunité à vie alors que d’autres (contre le tétanos ou la grippe, par exemple) doivent faire l’objet de rappel(s).

"La persistance de hauts taux d’anti­corps et d’une bonne protection contre la maladie est très variable d’un vaccin, d’une infection et d’un individu à l’au­tre, explique la Pr Lucas. Dans le cas du Covid, l’immunité conférée par les vac­cins dure en général 8 à 10 mois. Cepen­dant, certaines catégories d’individus voient leur taux d’anticorps diminuer plus vite, voire ne pas augmenter après deux doses. Il s’agit de patients dont le système immunitaire est déjà affaibli par une pathologie, par un traitement immunosuppresseur (chimiothérapie, traitement antirejet de greffe, etc.) ou encore par le grand âge. Raison pour laquelle une troisième dose leur est désormais proposée."

Qui peut recevoir une troisième dose ?

En Belgique, pour l'instant, il s'agit des résidents de maisons de repos, des personnes présentant des fac­teurs de comorbidités ou de plus de 65 ans. Ce rappel se fera avec un vac­cin à ARNm (Pfizer ou Moderna). "Les données récoltées dans les pays où une 3e dose a déjà été administrée (USA, Israël) sont claires, rassure Jean-Mi­chel Dogné, professeur au départe­ment de pharmacie à l'Université de Namur et expert en pharmacovigi­lance auprès de l’Agence européenne des médicaments (EMA). On ne s'at­tend pas à des effets indésirables nou­veaux ou plus intenses. Au contraire, la 3e dose en entrainerait légèrement moins qu'avec la 2e dose".

Les personnes qui ont déjà été infectées par le Covid peuvent-elles se faire (re)vacciner ?

Les surdoses d’anticorps n’existent pas. Il n’y a donc aucun risque à re ­booster le système immunitaire en administrant un vaccin anti-Covid à quelqu’un qui a fait la maladie ou a déjà reçu deux doses de vaccin.

Il n’a pas été établi que l’immunité ac­quise naturellement après une infec­tion serait supérieure ou inférieure à l’immunité vaccinale. En revanche, re­cevoir au moins une dose après avoir contracté le Covid augmente quand même les taux d’anticorps. Dans cer­tains pays, les personnes qui ont déjà eu le Covid ne reçoivent qu’une seule dose de vaccin. En Belgique, les auto­rités ont choisi d’appliquer le schéma vaccinal complet.

L'article complet publié sur deux pages est disponible en version pdf.  


(1) La balance risques-bénéfices est la comparaison des risques associés à un vaccin ou un médicament (effets indési­rables éventuels) et ses bénéfices atten­dus pour la santé des individus et/ou de la collectivité.

Pour toutes les autres pathologies, même graves (cancer, insuffisance rénale, maladies auto-immunes, etc.), la balance risques-bénéfices (1) est nettement favorable à la vaccination ant-Covid..