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Voir, entendre, sourire : c’est cher et pas juste !

Voir, entendre, sourire : c’est cher et pas juste ! © M. Detiffe

Les lunettes, les appareils auditifs, les soins dentaires coûtent cher pour beaucoup de Belges, trop cher. Ils renoncent, reportent…  leur qualité de vie régresse. Cette situation injuste n’est pas inéluctable. Ces services et ces soins pourraient être accessibles à tous, à condition d’en faire une priorité politique.


Notre premier baromètre en soins dentaires met en lumière les coûts élevés des soins dentaires non remboursés par l’assurance maladie obligatoire (implants, couronnes, bridges, etc.). En 2016, les Belges ont déboursé plus de 900 millions d’euros de leur poche pour des soins dentaires, confirment les données de l’OCDE. Les lunettes aussi grèvent sérieusement le budget des ménages : plus de 600 millions d’euros à charge des patients. Et les appareils auditifs ? Les suppléments d’honoraires ? Les médicaments non remboursés ? Au total, plus de 9 milliards d’euros restent à leur charge !

Pour beaucoup, c’est insupportable. Ils ne peuvent pas se payer les soins dentaires qui rendent le sourire, les lunettes nécessaires pour que les enfants puissent suivre les cours, les appareils auditifs qui rompent l’isolement. Nombreux sont les malades qui ne consultent plus le généraliste parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas payer les médicaments qui leur seront prescrits … En moyenne, un Belge sur quatre n’a pas consulté une seule fois le dentiste en trois ans. Et ils sont encore plus nombreux dans les ménages à faible revenu.

Les inégalités d’accès à la santé sont réelles, mais elles sont loin d’être une fatalité. Ces injustices peuvent être corrigées, à condition qu’il y ait une volonté politique pour dégager des moyens, mais aussi imposer une plus grande transparence et une meilleure régulation des prix.

Exiger la transparence

Que ce soit pour les soins dentaires, les lunettes, les appareils auditifs, les suppléments  d’honoraires ou les médicaments, nous manquons de détails sur la réalité des coûts : prix de fabrication du matériel ou du traitement, tarif des intermédiaires, hauteur des rémunérations. Les différences de prix importantes constatées en Belgique pour un même traitement et la comparaison avec ceux pratiqués dans d’autres pays montrent que la facture finale présentée aux patients peut être très éloignée de la réalité des coûts.

Pourquoi ces soins sont-ils si chers alors que le coût du matériel de base est parfois dérisoire ? Comme en Allemagne ou en France, la transparence des coûts et des rémunérations doit être exigée. Une facture transparente et détaillée contribuerait à une plus grande maîtrise des prix.

Réguler les prix et la qualité

Si on veut réduire les inégalités d’accès aux soins, il faut de meilleurs remboursements. Mais rembourser mieux les soins dentaires ou les lunettes en amont n’a de sens que si les prix et la qualité sont contrôlés en aval. À quoi sert-il de rembourser 500 euros pour un implant si le lendemain, le prix augmente du même montant ? Les prix doivent être régulés en fonction des coûts réel du matériel. C’est ce qui a été décidé en France. Dès l’année prochaine, des lunettes, des appareils auditifs, des prothèses dentaires de qualité à des prix maîtrisés (et bien moins chers qu’en Belgi­que) y seront intégralement remboursés par les mutualités.

Un choix politique : dégager les budgets nécessaires

Pour finaliser une meilleure accessibilité des soins, il faudra dégager des budgets. Ces moyens financiers doivent aussi servir à investir dans la prévention, spécialement dans la santé bucco-dentaire. Systématiser et rendre pérenne l'éducation à la santé bucco-dentaire dans les écoles (dès l'enseignement maternel), former et rembourser des hygiénistes bucco-dentai­res, interdire les distributeurs de sodas et de snacks sucrés dans les écoles… À terme, c'est la prévention qui permettra de réduire les actes prothétiques à l'âge adulte et les frais de soins dentaires les plus élevés.

Ce sera aussi une question de priorité et de choix politiques plus globaux. Prévoir un budget suffisant pour les soins de santé et maîtriser les dépenses pharmaceutiques (Lire l'édito "À qui profitera le boni des soins de santé ?" du 2 mai 2019) permettront de dégager les marges nécessaires pour une amélioration réelle de la qualité de vie de nombreux Belges. Malheureusement, dans le contexte actuel, investir dans l’accessibilité des soins et la qualité de vie ne semblent pas être au centre des préoccupations politiques. Si les réformes institutionnelles mobilisent à nouveau toutes les énergies et les choix politiques, nous craignons qu’en attendant, les inégalités d’accès à la santé se creusent encore et que les dérives de la marchandisation des soins s’accentuent.

Les soins et services pour une meilleure qualité de la vie sont chers et ne sont pas accessibles à tout le monde. Par la transparence, la régulation et des budgets complémentaires, on peut garantir un meilleur accès à tous. Les inégalités d’accès à la santé sont loin d’être une fatalité, c’est une question de volonté et de priorité politi­ques.

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