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Retravailler après le cancer du sein

Retravailler après le cancer du sein © M. Detiffe

La plupart des femmes actives reprennent le travail dans les deux ans qui suivent la découverte de leur cancer du sein. C'est avant tout un message d'espoir que livre l'étude de la Mutualité chrétienne réalisée auprès de quelque 7.600 femmes qui ont traversé cette épreuve. Loin des stéréotypes, elle montre aussi que les personnes retournent au travail dès que leur état de santé le permet. C'est d'un accompagnement individualisé et d'un retour sur mesure dont les "malades de longue durée" ont besoin. Pas de stigmatisation ni de menaces de sanctions.


Le diagnostic du cancer du sein est vécu comme un séisme. La maladie bouleverse la vie, exige des traitements souvent lourds et éprouvants, met à l'épreuve la féminité. Heureusement, ce cancer se soigne de mieux en mieux. Et, pour les femmes actives, la probabilité de conserver ou de reprendre une vie professionnelle après un cancer du sein est grande. C'est ce qui ressort d'une vaste recherche réalisée par la MC au départ d'un échantillon de 7.600 femmes.

Le cancer du sein n’implique donc pas, pour la plupart des femmes, un désengagement définitif du monde du travail. C'est une bonne nouvelle ! Mais toutes ne sont pas égales devant la maladie, l'emploi et le retour au travail. L'âge, le statut professionnel et le type d’activités professionnelles exercées impactent les probabilités de retour au travail.

Derrière des chiffres, des vies

Les données issues de cette étude ne nous permettent pas de savoir de quelle manière le retour au travail s’est effectué. La personne a-telle retrouvé sa fonction ? Des aménagements d’horaires ou de poste ont-ils été mis en place pour rendre le travail soutenable ? Nous savons encore moins dans quelle mesure la sortie d’incapacité s’est faite aux conditions désirées par la personne elle-même. Des témoignages que nous pouvons lire parmi d'autres, des constantes se dégagent : reprendre une activité professionnelle ne va pas de soi, même quand le travail est envisagé dans une perspective thérapeutique "pour oublier la maladie". Et malgré la rémission, des années après le traitement, les effets physiques et mentaux de cette expérience se font encore sentir, parfois avec acuité. L'entourage professionnel, lui, semble le plus souvent avoir tourné la page du cancer...

Au cas par cas

Le retour au travail doit se faire sur base volontaire. Il doit être préparé avec l’aide du médecin du travail, de préférence en concertation avec le médecin-conseil de la mutualité et le médecin traitant de la personne. De nombreuses modalités de reprise existent, allant du poste adapté à une formation vers une autre profession en passant par une reprise partielle de l’activité professionnelle…

Hélas, bien des rigidités existent : il arrive que l’employeur refuse les conditions d’adaptation et mette fin au contrat de travail pour cause de force majeure. Et toutes les réintégrations ne se passent pas forcément bien : une reprise mal préparée peut amener une rechute en incapacité.

Le droit à l'oubli

Actuellement, les personnes qui souhaitent souscrire une assurance sont obligées de préciser si elles ont souffert d’une maladie grave par le passé, un cancer par exemple. Pour les personnes concernées, la prime d'assurance peut être huit fois plus élevée que pour les autres. Et même si l'intéressé est guéri depuis plusieurs années, le principe reste le même. Ce dossier est sur la table du gouvernement fédéral depuis des années. Le ministre fédéral des consommateurs, Kris Peeters, a annoncé son intention d'introduire le droit à l'oubli dans la législation encadrant les assurances. Cette mesure s’appliquera également aux assurances solde restant dû. Il est temps que ces dispositions aboutissent enfin pour mettre fin à cette discrimination inadmissible.

Le dépistage pour traiter au plus tôt

Nous ne pouvons clore ce sujet sans rappeler la nécessité du dépistage du cancer du sein. Recommandée aux femmes entre 50 et 69 ans, la mammographie de dépistage effectuée dans le cadre des programmes organisés par les Communautés est gratuite. Elle est à renouveler tous les deux ans. Pourtant, une proportion non négligeable de femmes ne pratique pas de dépistage. En 2015, plus d'une femme sur cinq appartenant au groupe cible des 50 à 69 ans n’avait subi aucune mammographie en six ans. L’intérêt du dépistage n'est pourtant plus à démontrer pour détecter au plus tôt un cancer du sein. Et améliorer ainsi les chances de guérison.

Le fait qu’une majorité de femmes professionnellement actives reprennent le chemin du travail après un traitement du cancer du sein, c’est un signe positif, un message d’espoir aussi. Et la preuve qu’une stigmatisation des travailleurs en incapacité de travail – en particulier des malades atteints d’un cancer – ne repose que sur des préjugés. Ce qui est inadmissible.

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