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Économiser sur la santé, on a donné !

Économiser sur la santé, on a donné ! © M. Detiffe

Comme chaque été, en juillet, le gouvernement fédéral prépare le budget de l'année suivante. Et la valse des milliards donne le tournis. Un déficit de 2,4 ou 8 milliards d'euros à combler en un, deux, trois ans...? Les prévisions laissent perplexes. Le chômage diminue, les comptes de la sécurité sociale se portent mieux, et pourtant, certains proposent de nouvelles mesures d'économies, entre autres dans le budget des soins de santé. Pour nous, ça suffit ! On a déjà (trop) donné !


Pour satisfaire la trajectoire budgétaire imposée par l'Europe, la Belgique s'est engagée à réduire progressivement le déficit de ses finances publiques. Le gouvernement fédéral a ainsi décidé d'étaler l'effort sur deux ans (2019-2020). Aujourd'hui, certains entendent à nouveau pratiquer des économies en sécurité sociale et notamment dans les soins de santé. Pour la MC, il s'agit là de mesures inacceptables, quand on voit les efforts fournis dans le secteur des soins de santé depuis 2015.

Des dépenses maîtrisées

Rétroactes. Pour le budget des soins de santé, le gouvernement fédéral s'était engagé à octroyer une norme annuelle de croissance de 1,5% sur l'ensemble de la législature (2014-2019). Finalement, il n'aura accordé que 0,7 % en 2016 et 0,5 % en 2017. Ainsi, l'an dernier, 900 millions d'euros d'économies ont été imposées. Ces mesures budgétaires ont compressé les dépenses en soins de santé. Pratiquement tous les secteurs, des médecins aux hôpitaux, des kinés aux infirmiers ou aux dentistes, tous se sont pliés à la contrainte. Résultat : des marges ont été dégagées pour près de 250 millions d'euros en 2017 (en 2018, elles devraient être de 100 millions d'euros). De quoi répondre à de nouveaux besoins de soins ou couvrir des demandes non rencontrées aujourd'hui ? On aurait pu l'espérer. Mais, il n'en sera rien. L'énorme dépassement du budget des médicaments efface les marges disponibles. Il place même les soins de santé dans une situation de déficit (estimé à 150 millions d'euros pour 2018). La ministre de la santé, Maggie De Block, n'avait-elle pas conclu un pacte avec l'industrie pharmaceutique pour faire respecter le budget? Qui va combler ce déficit ? Pour nous, il est hors de question que ce soit à nouveau les patients ou les secteurs de soins qui ont fait preuve de modération.

Le pharmaceutique mine aussi le budget 2019

La situation va en s'aggravant. Selon les premières projections budgétaires pour 2019, l'augmentation des dépenses pharmaceutiques s'accélère. Elles entraîneraient in fine un déficit global de plus de 500 millions d'euros en 2019 ! La croissance semble exponentielle, mue essentiellement par l'énorme coût réclamé pour des médicaments dits "innovants". Or, si le budget des médicaments était maîtrisé, les soins de santé seraient pratiquement en équilibre. Des moyens pourraient même être dégagés pour financer de nouveaux soins et besoins ou pour rencontrer des demandes en attente. On pense à la psychothérapie de première ligne, aux soins des hygiénistes dentaires, à une revalorisation de la kiné, au dossier médical informatisé en milieu hospitalier, au transport non-urgent vers les hôpitaux, aux soins des sages-femmes pour le trajet pré et post natal, etc. Depuis 2015, le secteur des soins de santé a absorbé de nombreuses économies et tous les secteurs de soins, sauf les médicaments, ont respecté ces budgets restrictifs. Le diagnostic est clair, les remèdes doivent correspondre au diagnostic.

La transparence au service d'un budget efficace

À nos yeux, la transparence fait défaut pour conduire et encadrer correctement le budget des soins de santé. De nombreuses questions se posent. Quelle est la réalité du coût de la recherche et de la production des médicaments innovants ? Sans cette information – apparemment marquée par le sceau du secret – comment déterminer le juste prix, ne pas dépendre du seul pouvoir de négociation entre une firme et l'autorité publique ? Quelle est la part des suppléments d'honoraires qui sert à couvrir le sous financement des hôpitaux ? Sans cette information, comment couvrir correctement les dépenses hospitalières et réguler les suppléments d'honoraires ? Quels sont les suppléments payés par les patients lors des consultations ? Sans cette information, comment les Mutualités peuvent-elles contrôler si les médecins conventionnés respectent les tarifs? Etc.

Selon nous, répondre à ces interrogations est essentiel pour que le budget soit utilisé de manière efficace. C'est à la Ministre de la santé et au gouvernement fédéral d'imposer davantage de transparence.

Depuis 2015, les soins de santé sont à la diète. Des efforts importants d'économies ont été réalisés par tous les acteurs de la santé. Un seul secteur, celui des médicaments, fait plonger dans le rouge l'ensemble du budget. Pour combler ce déficit, il serait inadmissible de faire payer les patients ou les secteurs qui ont fait preuve de modération. D'autant qu'aujourd'hui, la transparence dans les prix et dans la conduite du budget des médicaments fait défaut.