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Budget de l'État : un pari risqué pour l'avenir de la Sécu

Budget de l'État : un pari risqué pour l'avenir de la Sécu © M. Detiffe

L'emploi et le pouvoir d'achat dopés, de même que la cohésion sociale, voilà ce qu'annonce le gouvernement fédéral pour un avenir proche. Au regard des mesures prises ces derniers mois et des quelques informations livrées par le Conseil des Ministres devant les caméras, il y a de quoi continuer à être inquiets sur leurs effets concrets pour le citoyen et la sécurité sociale.


Avant de prendre la route des vacances, le gouvernement fédéral a communiqué sur son plan budgétaire pour l'année à venir. Au menu : beaucoup d'espoirs sur la relance économique, sur la création d'emplois, sur les résultats de nouvelles mesures fiscales, etc. Ces paris sont hasardeux et ont de quoi laisser dubitatifs. L'équilibre budgétaire réclamé par la Commission européenne est lui reporté à plus tard, dans l'espoir que la croissance sera dopée par toutes ces mesures "positives". Et si ces effets positifs ne se réalisent pas ? Et si la croissance ne s'amplifie pas ? …

Nous craignons que la sécurité sociale devienne la variable d'ajustement budgétaire. D'autant que ce gouvernement s'est outillé pour s’en servir plus aisément en réformant, il y a peu, le système de financement de la Sécu (1).

La protection sociale paye un lourd tribu

Pour l'ensemble du Mouvement ouvrier chrétien, francophone comme flamand, c'est pourtant clair : la Sécu a suffisamment fait les frais des mesures d’économies. Et il revenait au gouvernement fédéral d'adopter enfin une fiscalité juste. Or ce gouvernement donne davantage à penser que la sécurité sociale est une charge dont il faudrait toujours réduire le poids. Ce système qui assure pourtant un minimum de ressources à tous les assurés et répond à leurs besoins essentiels est ainsi soumis à des mesures d'économies continues. Quelques exemples ? L'âge de la pension est relevé de plusieurs années. Les sanctions touchant les malades et les invalides sont durcies. Un plan handicap envisage d'"activer les personnes handicapées et de renforcer le contrôle médical". Sans compter la baisse prévue du salaire minimum des jeunes. Etc.

Sur le terrain des soins de santé, les mesures de réduction des dépenses se multiplient pareillement. Cette année, 902 millions d'euros d'économies sont déjà imposé aux seuls soins de santé. Les soins hospitaliers sont impactés. Le remboursement de certains médicaments également… Tandis que les honoraires médicaux n'ont pu être indexés que partiellement.

Respecter les engagements en soins de santé

D'importantes économies ont donc déjà été réalisées entre autres dans les soins de santé. Au regard de celles-ci, les mutualités plaident pour le respect de la norme de croissance budgétaire fixée à 1,5 % par an, en 2018 et 2019. La Ministre fédérale de la Santé s'y est engagée. Cette norme implique des efforts de tous les acteurs de soins et des choix difficiles, contenu de l'évolution des besoins. Elle est conditionnée également au respect du pacte conclu entre la Ministre et le secteur pharmaceutique, pour 2017-2018, qui plafonne à 0,5 % l'augmentation des dépenses en matière de médicaments. Ce pacte fixe la mise à contribution de l’industrie pharmaceutique, pour les dépassements budgétaires. Nous veillerons au respect de ces engagements ministériels et de l'industrie pharma, pour éviter un report de la facture sur le patient.

Pour un avenir plus stable, moins hasardeux

Les soins de santé, la protection sociale sont en effet déjà lourdement impactés. Et le gouvernement table sur un pari risqué en matière de nouvelles recettes. Comme avec la baisse annoncée du taux d'imposition des sociétés dont la soutenabilité financière est incertaine, comme avec la perspective toujours reportée d'une véritable taxation des plus-values, etc.

Ensemble, Beweging.net, le MOC, la CSC et la MC, nous en appelons à des réformes structurelles en vue d’augmenter les recettes pour financer les services publics et la sécurité sociale, pour rendre la situation plus juste. Nous avançons des propositions concrètes dans ce sens (2). Car ce serait un leurre de con tinuer à penser réduire les dépenses. D'a bord, elles sont largement sous contrôle, aujourd'hui. Et, ensuite, soyons réalistes pour l'avenir, les dépenses en sécurité sociale ne pourront qu'augmenter au vu de nos espérances de vie grandissantes. Les effets du "Papy boom" vont naturellement faire croître les dépenses en sécurité sociale, en termes de pensions et de soins de santé. C'est évident. Nous n'avons dès lors pas le choix : il faut accompagner cette augmentation.

Avec son annonce estivale, le gouvernement Michel tout sourire nous laisse dubitatifs. Les mesures fiscales qu'il prend sont plus qu'incertaines en termes de recettes. Notre inquiétude ne fait que croître pour la protection sociale et en particulier les soins de santé dans notre pays, qui pourraient faire les frais de ce pari hasardeux du gouvernement. Tomorrow risque de laisser place rapidement à des lendemains qui déchantent.