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Budget 2020 : le calme avant la tempête

Budget 2020 : le calme avant la tempête © M. Detiffe

Le nouveau casting du gouvernement fédéral n’est pas prêt d’être annoncé. Cela signifie juste assurer la continuité… Pas d'initiatives, pas de nouvelles mesures, pas d’orientations… Pendant ce temps, les dépenses dans le secteur pharmaceutique dérapent, les suppléments d'honoraires augmentent, les recettes de la sécurité sociale sont en deçà des prévisions… Que de temps perdu, le réveil risque d’être douloureux et brutal.


La loi prévoit que le budget de l'État fédéral soit fixé début octobre de chaque année. Mais le contexte politique de la rentrée rend cet exercice compliqué. Sans gouvernement fédéral, sans pilote, sans vision, le débat est confus. 2019 est déjà une année de transition, 2020 risque de l’être à nouveau … ça fera deux ans de perdu. Pourtant, dans le secteur de la santé en particulier, les défis pour maintenir un système de soins accessibles et de qualité sont colossaux. Ils nécessitent une approche structurelle.

2019, année d’élections et de transition

En 2018, la perspective des élections de 2019 avait incité le gouvernement fédéral à ne plus prendre de nouvelles mesures d’économie dans le secteur des soins de santé, en laissant tout simplement courir les dépenses. À l’époque, nous avions fortement critiqué le dérapage non contrôlé des dépenses relatives aux médicaments.

Malheureusement, nos crain­tes et avertissements d’alors se vérifient. En raison des prix exorbitants des médicaments innovants, les dépenses du secteur pharma explosent. En 2019, le coût des médicaments, pour l'assurance obligatoire, dépassera 5 milliards d'euros dont 1,8 milliard rien que pour les médicaments innovants. Mais malgré ce dépassement, les dépenses 2019 termineront sans doute en boni grâce à la sous-consommation dans tous les autres secteurs de soins : honoraires médicaux, hôpitaux, prestations en kiné et en logopédie, soins dentaires, soins infirmiers à domicile… et à quelques difficultés techniques temporaires de facturation. Une année sans réelle politique de santé, donc une année de transition avec des comp­tes artificiellement équilibrés.

En attendant le gouvernement

Comment expliquer le fort ralentissement de la consommation des soins dans certains secteurs ? Le manque de ressources humaines, le report des soins, des suppléments à charge du patient trop élevés ? A l'inverse, comment faire face à la croissance sans limite des dépenses pharmaceutiques. En 2019, des problèmes techniques de facturation liés au nouveau mode de financement des hôpitaux ont retardé certaines dépenses. Comment les intégrer dans le budget de 2020 ?

Ces questions parmi d'autres restent ouvertes.  Sans ligne de conduite ni vision politique, le budget 2020 des soins de santé sera une con­struction purement comptable et artificielle.

Devant les défis, le temps presse

Face aux défis auxquels est confronté notre système de soins, nous attendons un débat et des choix politiques urgents. Les suppléments d'honoraires des médecins doivent être régulés. Sinon, demain, la privatisation insidieuse du système de santé se poursuivra. La maîtrise des dépenses pharmaceutiques et du coût des médicaments innovants exige la conclusion d’un pacte fort avec tous les acteurs de soins. À défaut, il n’y aura plus, demain, aucune marge pour de nouvelles initiatives en soins de santé. Au-delà, c'est le financement de l'ensemble de la sécurité sociale qui doit être garanti de manière structurelle pour faire face aux enjeux du vieillissement de la population.

L’organisation des soins doit tenir compte des nouvelles possibilités offertes par le numérique (dossier médical partagé, télémédecine, procédures par voie électroni­que...). La prise en charge des patients doit être repensée en intégrant de nouveaux métiers (les hygiénistes bucco-dentaires, par exemple). À défaut, la rareté des ressources humaines dans le domaine médical compliquera l’accès aux soins et créera des files d’attente.

Il faut aussi investir davantage dans les soins chroniques et financer des lits de revalidation et de convalescence dans des structures intermédiaires. Enfin, il est indispensable de renforcer les soins et l'accompagnement des patients en ambulatoire (soins à domicile, suivi postnatal par des sages-femmes, suivi par des équipes mobiles en santé mentale...).

L’inertie politique actuelle nous a déjà fait perdre trop de temps et de moyens financiers. Elle réduit la discussion du budget des soins de santé à un exercice comptable sans perspective. De manière silencieuse, notre système de soins régresse et l’accès aux soins se détériore.

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