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Améliorer la performance de nos soins, c'est possible !

Améliorer la performance de nos soins, c'est possible !

Le système belge des soins de la Belgique compte parmi les meilleurs d'Europe. Un récent rapport d'un groupe de réflexion suédois le classe 5e sur 35 pays en 2018 (1). C'est mieux qu'en 2017 et c'est une place honorable. Mais ce bon classement cache des faiblesses et des écarts inquiétants.


Chaque année depuis 2005, Health Consumer Powerhouse, un think thank suédois publie des études comparatives sur les performances des systèmes de santé nationaux dans l’UE et dans d’autres pays. Depuis plusieurs années, les Pays-Bas occupent la première place. La Belgique fluctue entre la neuvième et la cinquième place. Une position honorable qui est d'ailleurs confirmée par le haut degré de satisfaction exprimé par les Belges à propos du système des soins de santé (Eurobaromètre du Parlement européen, 2014).

Ce score globalement satisfaisant pour notre pays résulte d'une analyse portant sur 46 indicateurs dans des domaines tels que les droits et l'information des patients, l'accès aux soins, les résultats de traitements, l'offre de services, la prévention et l'utilisation de médicaments. À y regarder de plus près, tout n'est pourtant pas si rose... Voyons les points forts et les points faibles de notre système de soins.

Nos points forts

Le domaine où la Belgique obtient le meilleur résultat est celui de l'accessibilité aux soins ; elle se classe deuxième. Comparé à tous les autres pays, les délais d'attente sont très courts pour être reçu par le médecin généraliste, être opéré pour une intervention programmée, avoir un rendez-vous pour passer un scanner… Sans parler de l'accès direct et aisé aux médecins spécialistes. Le souci majeur pointé par l'étude concerne les temps d'attente en santé mentale, en particulier les consultations chez le pédopsychiatre pour les enfants.

Le rapport souligne aussi la performance de services spécialisés tels que les transplantations rénales ou les soins résidentiels pour personnes âgées. Le système belge se distingue également par le traitement des cancers et la chance de survie des patients, estimée à 70%, un score élevé en Europe.

En ce qui concerne la prévention, le rapport pointe aussi positivement les taux élevés de vaccinations et une politique antitabac active. Notre bon classement général s'explique donc principalement par une offre de soins large et abondante ainsi qu'une productivité élevée.

Nos points faibles

Mais tout n'est pas parfait, loin s'en faut. L'accès à l'information "santé" pour les patients n'est pas optimal, souligne le rapport. Sont évoqués les retards, par rapport aux autres pays, concernant le partage des données de santé du patient via le dossier médical électronique ou encore le manque de données disponibles sur la qualité des soins. Le tableau se noircit aussi dans le domaine de la prévention. La Belgique reçoit de mauvais scores en termes de lutte contre l'alcoolisme, de promotion de l'activité physique et de sécurité routière. Par ailleurs, le rapport note négativement notre pays sur les maladies nosocomiales contractées dans les hôpitaux et sur la surconsommation d'antibiotiques (un constat récurrent depuis de nombreuses années). Enfin, l'étude souligne que le coût total des soins à charge des patients est élevé. Plus de 9 milliards d'euros en tout, soit plus de 800 euros en moyenne par an par habitant !

Et les inégalités de santé ?

On peut certes questionner le choix des indicateurs repris dans cette étude et regretter que la mesure de la performance des systèmes de soins soit réductrice. En effet, elle ne met pas en évidence les grandes inégalités de santé ; elle n'interroge pas les déterminants sociaux de la santé que sont le logement, le travail, la mobilité, les pollutions environnementales… Une récente étude publiée par la Commission européenne (2) souligne bien, quant à elle, que la Belgique sous-performe en termes d'égalité d'accès aux soins de santé et de couverture des groupes les plus vulnérables, en particulier les migrants. Les inégalités sociales sont particulièrement prégnantes dans les soins dentaires, les soins de santé mentale, la prévention et la médecine spécialisée. La Région bruxelloise atteint le pire score avec une sous-consommation interpellante de soins par rapport aux besoins.

Une analyse riche d'enseignements

Cela étant, les comparaisons internationales comme celles que nous venons de citer ont le mérite de montrer que la performance d'un système de soins n'est pas qu'une question de moyens financiers. Des pays qui dépensent moins que la Belgique pour les soins de santé obtiennent un meilleur score et inversément. La performance dépend fondamentalement de choix politiques et de régulations. Pourquoi certaines orientations sont-elles envisageables ailleurs et pas chez nous ?

Les comparaisons des systèmes de soins de santé montrent où et comment améliorer la performance de notre système de soins sans que cela coûte nécessairement plus cher. Les partis politiques devraient s'inspirer de ces études lorsqu'ils établissent leur programme en politique de santé. À la MC, nous pensons que toutes les mesures permettant de renforcer l'accès financier aux soins de santé ne suffiront pas à améliorer la santé des individus. Nous plaidons pour que la santé soit intégrée dans toutes les politiques.


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