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Résisterons-nous ?

Résisterons-nous ? © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Aujourd'hui, la Belgique s'est réveillée groggy, frappée en plein cœur par les attaques terroristes perpétrées hier matin. Dans l'air de Bruxelles et d'ailleurs, l'émotion est palpable. L'onde de choc résonne. En laissant la peur envahir nos corps et nous paralyser, le terrorisme prend possession de nous. Pour le contrer, il ne faut pas oublier les questionnements qui se posent à nous depuis des mois. Pour résister, et regarder vers demain avec lucidité.


[À la rédaction d'En Marche, il nous a semblé que le texte "Résisterons-nous", publié dans le journal En Marche 1551 du 19 novembre 2015, peu après les attentats de Paris, résonne à nouveau avec force dans l'actualité. À relire ci-dessous]

Nouvelles de terreur, tard dans la nuit de vendredi. On entend : Paris, morts, terrasses, Bataclan, victimes en nombre… Et une arène morbide se déploie, à coup de bribes d'informations. C'est la stupeur. Les mains se portent à la bouche, les yeux s'écarquillent, les corps se pétrifient… On voit les périmètres touchés. On identifie les quartiers. On craint pour les amis, les amis d'amis…, sans que la cartographie ne mette rien à distance. Nous som mes voisins mais sur place, glacés et touchés par l'effroi.

Puis, comme une mécanique déjà intégrée, on s'attend à la suite. Avec Charlie Hebdo, avec le Musée Juif de Bruxelles… nous avons appris. On sait que les communications officielles et médiatiques vont peu à peu dérouler le scénario macabre.

Une foule de questions nous assaille. Elles s'installent en nous, sans doute pour longtemps.

Résisterons-nous à la terreur ? Résisterons-nous à la tétanie qui s'empare de nous ? Résisterons-nous à la tentation de nous cloîtrer dans un entre-soi stérile, de nous barricader dans un monde factice où une telle horreur n'aurait pas existé ? Résisterons-nous aujourd'hui, demain, et plus tard encore ? Car la page ne se tournera pas si vite. L'avenir s'inscrit en noir. D'aucuns nous disent déjà que nous devons nous attendre à d'autres moments encore difficiles. "Nous sommes au début d'une immense bataille contre l'obscurantisme", avance Plantu en commentant son dessin dans Le Monde du samedi 14 novembre.

Résisterons-nous aux sirènes du sécuritaire, alors que la peur nous assaille ? Pourrons-nous éviter la méfiance généralisée, alors que tout de suite ont résonné les mots d'état d'urgence, de fermeture des frontières, de fouilles systématiques…? Pourrons-nous continuer à soutenir l'ouverture, la solidarité ? Pourrons-nous éviter de confier notre monde aux seuls policiers, aux militaires armés ? Résisterons-nous aux visions du monde qui – d'honteuse mémoire – ont entraîné la barbarie? "Je me masque les yeux, explique l'écrivain Agnès Desarthe, au lendemain des attentats de Paris (1). […] Est-ce pour ne pas y croire, façon autruche ? Est-ce pour continuer d'y croire ? Croire en quoi ? À l'humanité, au bonheur, à la droiture, à l'honnêteté, à la pensée."

Résisterons-nous à la fascination pour les explications simplistes ? À l'amalgame anti-musulman ? Aux punitions collectives ? Au manichéisme, qui cantonne tout au combat du bien contre le mal ? Nous bornerons-nous à désigner les coupables ? Pourrons-nous nous engager dans une remise en question qui va au-delà de courttermisme ambiant, du seul automatisme action/réaction ? "Quand la mort devient un jeu, il est impératif de quitter l'arène", poursuit Agnès Desarthe, convaincue qu'il faut proposer d'autres règles, d'autres jeux, sortir de la dualité.

Arriverons-nous à éviter la contagion de mort que sèment ces jeunes terroristes ? Pourrons-nous sauvegarder nos pulsions de vie, étouffer le fatalisme qui nous guette ? Résisterons-nous ? Pouvons- nous espérer ? "Imagine all the people. Sharing all the world…", amenait à murmurer un pianiste devant le Bataclan, en reprenant la composition de John Lennon…


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