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Pleine conscience électorale

Pleine conscience électorale © M. Magain BELPRESS

Ça sent l'approche des élections. Les listes communales se constituent et sont commentées. Les médias se préparent (1). La sensibilisation aux enjeux démocratiques bat son plein dans les associations. Car, cela sent aussi le désenchantement citoyen. Les "à quoi bon" aller voter se multiplient, découragés ou dépassés par la complexité des débats. Et si on se mettait dans l'esprit de nos premières fois ?


Les échéances électorales approchent. Les mauvaises langues disent que cela explique la multiplication des chantiers de voiries. Un peu plus de cinq mois et l'ensemble des citoyens inscrits au registre de population de leur commune avant le 31 juillet seront amenés à voter. Petit rappel, pour ceux qui espèrent passer vite à autre chose : après les élus communaux et provinciaux, ce sera au tour des autres niveaux de pouvoirs de faire campagne. Un peu plus d'un an et nous reverrons, en effet, les urnes pour élire nos députés (2).

Gravité du moment

L'exercice de la démocratie ne se résume heureusement pas aux scrutins. Néanmoins, le moment du vote agit comme une piqûre de rappel. Une piqûre qui peut être douloureuse. Elle titille nos ambitions teintées de déconvenues : constituer un "nous", capable de décider d'un avenir commun, de porter des projets pour le bien de tous. Pas étonnant, alors, que la 96e édition de la semaine sociale du Mouvement ouvrier chrétien consacrée à l'état de la démocratie (3) ait remporté un tel succès. Le professeur Jean De Munck (UCL) y a notamment mesuré la gravité du moment, s'appuyant sur l'actualité de nos voisins européens. Par ailleurs, d’autres constatent que nos sociétés semblent "de plus en plus affectées par un sentiment d'impuissance politique face aux impératifs de la concurrence économique et par des poussées identitaires d'individusconsommateurs en manque de sens" (4). Défendre les vertus de la démocratie serait comme s'accrocher au mât, à l'image d'Ulysse, pour traverser les tempêtes et résister aux sirènes d'apparence séduisante mais mortelles (5).

Le pouvoir d'agir

Les ingrédients pour y résister semblent pourtant connus. Information d'abord. Délibération ensuite, et définition des normes. Mais déjà à la première étape, un obstacle se dresse. Il n'est pas neuf. L'information, elle nous arrive souvent en miettes. La plupart du temps, une actualité chasse l'autre et le savoir souffre toujours plus de fragmentation. Les spécialistes proposent des points de vue cantonnés à leur domaine d'expertise. Qui arrive, alors, à transmettre le tout, à rendre une vision transversale intelligible aux citoyens ? Dans ce contexte, nombre d'initiatives – héritières de la démarche d'éducation permanente – entendent renforcer le pouvoir d'agir, permettre aux citoyens de s'approprier le politique et de le partager. Espérons que les braises qui les ont animées grésillent encore et qu'elles puissent – peut-être sous d'autres formes – continuer à faire vivre le feu sacré de nos démocraties.

L'esprit du débutant

La lassitude ("c'est toujours la même chose, toujours pareil") et la présomption ("je sais d'avance ce que cela signifie et ce qui va se passer") sont deux poisons, écrit le psychiatre Christophe André, en évoquant tout autre chose que la démocratie. Son remède peut cependant être inspirant. À ces deux maux, il oppose "l'esprit du débutant" (6). Cette at titude issue de la tradition zen consiste à "vider régulièrement notre esprit des certitudes et des habitudes". Pour ses pratiquants, il serait précieux d'adopter un regard empli de fraicheur, face à tout ce qui se répète, à tout ce qui revient. Voilà qui résonne avec bien des moments dans nos vies, mais aussi – pourquoi pas – avec nos échéances électorales… L'esprit du débutant nous rappelle "la chance de pouvoir vivre ces moments quelles que soient leurs imperfections". Il nous entraine à nous distancier des diktats. Il nous amènera peut-être à envisager notre passage par les urnes, davantage conscient de l'importance de notre geste, davantage porté par un sage enthousiasme.