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N'est pas poulpe qui veut (et c'est tant mieux)

N'est pas poulpe qui veut (et c'est tant mieux) © Pixabay

Il y a les sons : "gling !" pour le message Whatsapp,"tadadam !" pour la notification Facebook, "Dong !" pour l'e-mail. Les sensations : le "bzzzzzzzz" lancinant de l'appel téléphonique et puis le "brr brr", court et net, pour le message vocal. Et les images : boule verte, bulle bleue, fantôme blanc, enveloppe orange…


Ces stimuli nous accompagnent au petit-déjeuner, en réunion de travail, pendant la pause de midi entre collègues, lors de l'écriture d'un dossier important, dans le métro, dans la file au cinéma, au volant, au parc avec les enfants, au restaurant avec un amoureux… Et fidèles au réflexe de Pavlov, nombre d'entre nous saisissons l'objet vibrant ou nous tournons vers la machine pour découvrir ce que nous apprend ce signal. Immédiatement, dans la surexcitation, parfois sans grande réflexion. Mais pourquoi tombons-nous dans le panneau ? Pourquoi sommes-nous, à la maison ou au boulot, des victimes consentantes de nos smartphones, tablettes et autres engins de communication ? "Car ce sont de petits divertissements. Dans une journée où notre créativité n'est pas souvent sollicitée, ce sont de délicieux bombardements." Voilà l'hypothèse de Franck Pierobon, philosophe et professeur. La sensation, pas toujours désagréable, de vivre une journée remplie de mille et un événements et de mille et une sollicitations.

Flux et reflux

Et cette phrase, en ritournelle : "Tout s'accélère !" Cette (r)évolution dans notre rapport au temps est-elle objective ? "De toute façon, la sensation est là", dit Franck Pierobon. "J'aime beaucoup aller au cinéma. Aujourd'hui, lorsque je regarde une aventure de James Bond avec Sean Connery, j'ai l'impression que le monteur du film a pris des anxiolytiques. À l'inverse, le journal télévisé me fait penser à une succession de bandes annonces." Au-delà de la boutade, cette accélération générale – dans la manière d'informer, d'agir, de raconter – a un impact sur la vie des travailleurs, essentiellement dans le secteur des services. La vitesse, l'urgence, l'ultra-disponibilité, la déferlante d'e-mails… l'employé doit développer un don d'ubiquité et gérer mille choses en même temps. "Or, une étude montre que seuls 2% des humains sont capables de bien faire plusieurs choses en même temps. Pour les autres, il s'agit surtout d'une perte de temps", expliquent Tana Serres, Clémentine Lénelle, Alice Bonjean et Isabelle Lethé. Elles sont étudiantes à l'Ihecs (Institut des hautes études des communications sociales). Leur mémoire de fin d'études est consacré à l'omniprésence des TIC (technologies de l'information et de la communication) dans le milieu du travail et à leur impact sur le bien-être du travailleur. Le résultat, c'est une campagne de sensibilisation appelée "Comme un lundi" (1).

Ne pas s'emmêler les tentacules

Bientôt sur le marché du travail, les étudiantes se demandent comment prendre du recul devant les petits et grands stress provoqués par les nouvelles technologies, et comment adopter des pratiques alternatives. Octave, un poulpe orangé, symbolise leur campagne de sensibilisation. Le céphalopode est capable de ne pas s'emmêler les tentacules. Ce qui n'est pas toujours notre cas. Comment prioriser les tâches, reconnaitre les vraies urgences, déculpabiliser quand on ne répond pas à une sollicitation dans les trois minutes ? Comment ne pas mélanger les temps sociaux ? Les jeunes femmes ont interrogé une vingtaine de travailleurs. À partir de leurs témoignages, elles ont réalisé des capsules sonores. Chacun y va de son expérience, et donne ses petits trucs pour bosser sans ployer : ne jamais travailler avec sa boîte mails ouverte, ne pas avoir accès à ses mails professionnels via son smartphone, ne pas regarder son écran quand on répond au téléphone… Les idées ne manquent pas, encore faut-il s'autodiscipliner, et se fixer soi-même les limites de son "e-disponibilité". Une régulation qui peut s'avérer complexe. La tentation est grande. Certains employeurs, comme Volkswagen, encouragent à aller dans ce sens en bloquant, par exemple, les serveurs entre 18h15 et 7h30. Pour, peut-être, favoriser le lâcher prise, le temps mort qui inspire, stimule, rend créatif. "Car certaines tâches demandent une infusion", conclut Franck Pierobon.


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