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La diversité rend intelligent

La diversité rend intelligent © Pixabay

Pour Émile Servan-Schreiber, auteur de Super collectif, l’intelligence des groupes dépend de leur capacité à laisser la variété des points de vue s’exprimer. Et en appelle à renforcer notre QI démocratique.


En ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, quelques fissures pouvaient être observées sur le plafond de verre, expression consacrée pour désigner la barrière invisible à laquelle les femmes se heurtent quand elles grimpent dans la hiérarchie. Tous les deux ans, le journal L’Écho établit son Top 100 des administrateurs les plus influents au sein des sociétés cotées à la bourse de Bruxelles (1). On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. En 2018, 31 administratrices se hissent au classement contre à peine deux en 2002. La loi imposant un tiers de femmes dans les CA est passée par là. Mais, sur les 124 entreprises prises comme des références par le quotidien économique, 42 ne respectent toujours pas ces quotas et sept seulement sont présidées par des représentantes de la gent féminine.

Dans Super collectif un ouvrage récent et fouillé sur l’intelligence collective (2), Émile Servan-Schreiber, docteur en sciences cognitives et expert en intelligence artificielle, montre que, dans des expériences menées, les groupes qui incluent davantage de femmes tendent à enregistrer de meilleures performances. Le chercheur, qui s’appuie notamment sur des travaux du Massachusetts Institute of Technology (MIT) (3), explique que l’intelligence d’un groupe dépend moins des capacités individuelles de ses membres, que de la bonne communication entre eux. "Aussi provocants soient ces résultats, la clé de l’affaire ne se résume pourtant pas à une simple histoire de genre", précise Émile Servan-Schreiber, pour qui l’enjeu en termes d’intelligence collective "n’est pas tant d’avoir une majorité de femmes dans le groupe que de le constituer d’individus, hommes ou femmes, à haute sensibilité sociale".

Il y a plus dans deux têtes que dans une…

… à condition que ces têtes ne pensent pas de façon identique. Plusieurs expériences montrent que des groupes d’amateurs peuvent rivaliser avec un expert pour réaliser des prévisions chiffrées ou trouver la bonne réponse à un quizz. Mais le test ne fonctionne que si les opinions sollicitées sont différentes ou complémentaires. "Il ne sert à rien d’être nombreux si tout le monde pense pareil", avertit le chercheur.

Pour Émile Servan-Schreiber, l’évolution de l’humanité démontre que l’intelligence collective surpasse celle de l’individu : "Quand on trouve la trace préhistorique d’un progrès culturel ou technologique, doit-on forcément en déduire un accroissement des facultés cognitives des individus ? Les modèles anthropologiques récents invoqueraient plutôt des effets de tailles et de densité des populations. Plus une population est nombreuse et dense, plus sa technologie et sa culture progressent vite." Si l’union fait le QI, comment expliquer que les pages des manuels d’Histoire soient noircies d’exemples de masses obéissant aveuglement aux ordres de leaders sordides ? Comment comprendre la violence gratuite, le racisme ou la montée récente de l’antisémitisme ? Une fois encore, répète l’auteur, c’est la variété des idées qui fait la distinction entre une foule écervelée et une foule éclairée. "L’ennemi de l’intelligence, n’est pas le nombre, mais le conformisme."

L’empathie et l’écoute ne sont pas un objectif en soi, mais un outil pour élever le niveau d’un groupe en permettant à la diversité de s’y exprimer. De même, conclut Émile Servan-Schreiber, "la démocratie est un moyen, pas une finalité. C’est une façon de rendre la société plus intelligente en s’appuyant sur la sagesse des foules." Voilà qui nous invite à porter un autre regard sur les lieux de pouvoirs que sont le monde politique, les médias, la justice. Autant d’espaces qui restent encore trop fermés à l’égalité des genres, mais aussi la diversité d’âges, d’origines culturelles, sociales, etc. Et un défi à ne pas perdre de vue pour tous les mouvements citoyens qui ambitionnent aujourd’hui de réinventer cette même démocratie sur un mode plus participatif…


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