Navigation
Retour à À suivre

Esprit de Noël, es-tu là ?

Esprit de Noël, es-tu là ? © iStock

À Noël, il est une tradition ancienne. Dresser la table pour les convives annoncés, plus un. Une chaise et une assiette attendent l'inconnu. "La place du pauvre" ou la "part du pauvre" est destinée au passant, à l'étranger, au voyageur égaré, au visiteur inattendu qui viendrait frapper à la porte.


La place se fera toute symbolique finalement. Car "la chaise demeurera vide", observe un témoin parmi d'autres, coutumier de cette tradition le 24 décembre au soir. "Le pauvre d'aujourd'hui a pris l'habitude de lécher ses plaies seul dans un couloir de métro venteux et glacé. C'est une marque de bon goût de sa part qui nous permet de réveillonner entre gens de qualité, tout en ayant l'air généreux et empathique", harangue le cynique. Bonne conscience et zone de confort se verraient ainsi fortifiées.

Soyons de bon compte : qui ose en effet frapper à la porte d'inconnus ? Qui ose ouvrir à un inconnu ? Et même qui ose sonner le soir du réveillon chez des proches sans s'être annoncé ? La tradition n'a pas transmis ce type de pratiques. Sauf à pousser la démarche plus loin, en invitant un étranger, un inconnu, un proche esseulé…, la place demeurera souvent vide.

Néanmoins, la place est là. Elle indique que l'accueil est possible. Dans l'effervescence – devenue un rien superficielle – de la fête de Noël, une sorte de bienveillance semble se transmettre. Elle peut générer quelques surprises. Ces inattendus que l'on espère sans le dire. Noël est propice. Une brèche ouverte dans le temps, une attente, dit le poète, Christian Bobin. Pour lui, "le meilleur de ce tempslà est consacré à quelque chose de plus léger qu'un simple flocon de neige, quelque chose qui est presque invisible, qui est très faible, et qui suppose une passion infinie de l'attente. (…) C'est comme si on attendait quelque chose, quoi je ne sais pas exactement, mais ce que l'on attend là, c'est ce que l'on attend toute la vie." (1)

Pour ce Noël et les suivants, ne tenterions-nous pas de nous tenir loin des injonctions consommatrices d'un Noël bouffi ? N'essayerions-nous pas de combattre la culpabilité d'un Noël trop avare de son petit confort familial ? N'est-il pas préférable de préparer une place à l'inconnu ? Naturellement alors, en confiance, le geste de générosité se fera et la main tendue portera ses fruits. Inattendus.


À suivres précédents

Suivez-nous

Le journal En Marche paraît tous les quinze jours. Vous désirez recevoir la version électronique ou la version papier ? C'est par ici.