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Aider plus que punir

Aider plus que punir © L Vidal-Belpress

À l’international comme en Belgique, la lutte contre la consommation de drogues est un échec. La répression n’ayant fait ses preuves, ne serait-il pas bienvenu de considérer les usagers comme des personnes à aider ?


En 2009, les États membres de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) formulaient le rêve d’un monde sans drogues. Leur objectif : éliminer, ou du moins réduire significativement, le trafic de drogue lors des dix années à venir. En mars 2014, l’heure était à un premier bilan. Les politiques répressives ont-elles diminué l’offre et la demande en drogues ? Que du contraire… Le combat contre la drogue (et ses usagers) a des conséquences dévastatrices : corruption, violences, émergence de narco-États, violation des droits humains, amplification d’un marché noir évalué à 320 milliards de dollars, problèmes de santé (dépendance, infections, overdoses…), incarcération massive…

"Dans le monde, une personne sur cinq est condamnée à une peine de prison pour délit de drogue (80% d’entre eux pour possession), détaille Marie Nougier (International drug policy consortium) (1). Mais les politiques prohibitionnistes se consolident." Et leur coût est important : 1.000 milliards de dollars par an. "La guerre aux drogues n’a pas produit de retour sur investissement. Si c’était une de mes affaires, je l’aurais fermée il y a déjà plusieurs années", confesse Sir Richard Bronson, membre de la Global commission on drug policy, organisation à l’origine de la campagne Breaking the taboo qui dénonce l’obsolescence des politiques répressives actuelles.

Une occasion manquée

Déçus par la méthode onusienne et victimes d’importants troubles liés à la drogue, le Guatemala, la Colombie et le Mexique provoquaient l’organisation d’une Session spéciale de l’Assemblée générale des Nations-Unies (UNGASS), pour la troisième fois consacrée aux stupéfiants.

Résultat de cette session organisée à New York entre les 19 et 21 avril derniers : "Le document signé par les 193 états reflète le consensus le moins ambitieux et presque entièrement déconnecté de la réalité", témoigne Ann Fordham, directrice de la International drug policy consortium.

Et des questions restent en suspens… Pourquoi l’écriture de la déclaration a-t-elle été finalisée par les seuls 54 pays membres de la Commission des stupéfiants des Nations-Unies (CND) ? Pourquoi les agences onusiennes et la société civile en ont-elles été écartées ? Sans être membres de la CND, sans délégation permanente à Vienne où eurent lieu les discussions, plus de 100 pays, principalement issus du Sud, n’eurent pas droit au chapitre.

Autre surprise : bizarrement, le document devait être signé avant les débats de l’Assemblée. De nombreux participants regrettent également que les contributions les plus progressistes aient été systématiquement ignorées, marginalisées, ou soumises au veto.

Contributions progressistes ?

Le cadre de l’ONU est-il trop étroit ? Peu importe ! Certains États ouvrent de nouvelles pistes. Par exemple en matière de production, de vente et de consommation de cannabis. C’est le cas des États de Washington, de Californie, de l’Alaska, du Colorado ou encore de l’Uruguay.

Ces projets partagent les mêmes objectifs : concilier légalité, santé publique, économie et morale. Ils permettent au consommateur de rester dans la légalité, à l’État de contrôler la production, la vente et la consommation. La criminalité baisse, la santé publique est améliorée, notamment parce que la prévention et les traitements sont financés par les bénéfices de cette activité économique.

Bref, l’ambition de ces actions est de reprendre le contrôle d’un marché que la clandestinité rend incontrôlable. Quitte à s’exposer à quelques récriminations des Nations-Unies s'appuyant sur l'accord de consensus évoqué plus haut.

En Belgique

Des projets qui permettent de réduire les risques liés à la consommation de drogues existent en Belgique. C'est le cas du testing de pilules, plus ou moins accepté politiquement. Mais aussi de l'échange de seringues, un projet qui veille à la santé publique, puisqu'il entend limiter les risques de transmission du VIH et de l'Hépatite.

Mais il faut aller plus loin, selon Sébastien Alexandre, directeur de la Fédération bruxelloise des institutions pour toxicomanes (Fédito) : "Une fois équipé, l'usager peut se cacher entre deux voitures, dans un parc, dans une cage d'escaliers… Des lieux non-sécurisés ni pour lui ni pour les autres. Créer des salles de consommation permettrait de réduire les risques et d’être en contact avec cette population très majoritairement désinsérée".

C'est en tout cas un cheval de bataille de l'ensemble du secteur "assuétudes" francophone. Autre élément sur lequel la Fédito propose que l'on s’attarde : la diacétylmorphine. "Appelée ‘héroïne pharmaceutique’, elle permet la stabilisation du sujet en sevrage. Elle implique, d'après Sébastien Alexandre, la fin des actes délictueux, l’amélioration de la santé physique car le produit prescrit est safe, et une meilleure hygiène de vie."

Aujourd'hui, la molécule a la confiance du secteur. En revanche, elle est loin de séduire tous les politiques… Si ces deux dispositifs sont déjà implémentés dans des pays frontaliers, en Belgique, on en est loin. "Seulement 1% du budget de la lutte anti-drogues est octroyé à la réduction des risques, regrette la Fédito. Il nous faut par ailleurs un nouveau cadre légal."

Aider les usagers de drogues plutôt que de les punir, fonder la politique des drogues sur la santé publique plutôt que sur la pénalisation, nécessiterait également la mise de côté de l’argument moral qui fait de l’interdit la seule solution. En matière d’assuétudes, l’interdit n’a jamais fonctionné. Plus que des punitions, il faut de l’aide.


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