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"Voisins, voisines"

La Trois (RTBF) ouvre un nouveau rendez-vous télé dans sa programmation : une émission dédiée à la parole citoyenne. L'initiative, bienvenue – et attendue – par des associations d'éducation permanente, donne la parole aux publics fragilisés et valorise le vivre-ensemble. Une vraie rareté télévisuelle.


Dès l'entame du magazine, le téléspectateur comprendra qu'ici, pendant une heure, la porte est fermée au sensationnel. Dans le générique, des personnages passent des lettres colorées de main en main, de fenêtre en fenêtre, d'immeuble en immeuble, pour composer : "Voisins, voisines".

"L'émission qui se fait le relais de tout ce qui se passe dans votre voisinage, dira Caroline Veyt, présentatrice, et de tout ce qui est mis en place par différentes associations pour que les populations les plus fragiles puissent s'épanouir dans notre société". Les invités de l'émission sont des héros. Pas parce qu'ils chantent sur un plateau télé, pas parce qu'ils vendent du rêve, simplement parce qu'ils osent prendre la parole dans l'univers qui est le leur.

Au cours de l'émission, sont diffusés deux films qui permettent de les découvrir. Un exemple: le film diffusé ce 8 octobre démarre sur un rap entonné par un groupe de "maroxellois". Caméra et micro en mains, les jeunes racontent leur environnement, le Parc de la Porte rouge, là où "on a mis une grille, je ne sais pas pourquoi", dira une jeune fille interviewée. Des garçons sautent d'un banc à l'autre, enjambent des obstacles à la manière des Yamakasis, ces voltigeurs urbains.

Entre scènes de rues et scènes d'actions, ils se livrent sur le sport, sur l'importance d'être actif et d'apprendre, sur l'amour… L'un d'entre eux se questionne : "Quand une fille parle derrière ton dos et qu'elle te regarde bizarrement, est-ce qu'elle est amoureuse ou hypocrite ?" "À mon avis, répond son comparse, quand la fille est belle, elle se moque de toi. Quand la fille est moche, elle est amoureuse."

De multiples visions du monde

La magie de "Voisins, voisines", c'est de voir apparaître à l'écran des personnes invisibles dans la vie de tous les jours. Qui sont ils ? "Des enfants, des ados, des adultes, des immigrés… Des gens qui apportent de multiples visions du monde et qui avancent leur vécu, leur quartier… C'est formidable de les voir investir un espace de liberté pour exprimer ça", dira Christian Van Cutsem, animateur-cinéaste et coordinateur pédagogique de l'ASBL Videp(1). Les projets s'appuient avant tout sur les gens, leurs savoirs, leurs vécus, et amènent à la formulation de points de vues critiques sur les enjeux qui les concernent. "Faire un film, c'est se poser des questions qu'on ne se serait jamais posé", disent souvent les participants aux projets de l'ASBL, tel qu'aime le répéter Martine Depauw, productrice de films au sein du Videp.

Lorsque La Trois s'est adressée au Videp pour alimenter de leurs films le magazine "Voisins, voisines", "on était contents, dit Christian Van Cutsem, ça veut dire que le projet sort du lot alors que c'est tout autre chose que The Voice". En effet, c'est d'un autre acabit, l'émission citoyenne valorisant davantage la diversité que le divertissement. C'est en partie ce qui explique la valeur de ce trop rare moment télé.

MAC