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Lire l'été, une manière de s'évader

Les histoires sont souvent comme des chemins de traverse. Une fois amorcés, ils entraînent ailleurs. Dans le lointain ou la proximité, pour une évasion par procuration. Grâce à leurs personnages, leurs histoires, les écrivains font office de guides. Au lecteur de se laisser transporter. Voici quelques récits puisés parmi les récentes parutions d'auteurs belges.


Itinéraire de vies

Loin des vies toutes tracées qui font naître, grandir et vieillir au sein d'un même monde, celle de Juan est marquée malgré lui par des séparations. Dès ses débuts, elle s'écrit comme un parcours de rencontres a priori improbables. Il passe d'un couvent à l'atelier d'un artiste peintre, de l'affection maternelle d'une jeune nonne aux bras d'une gitane envoutante… sans finalement se poser…

Le roman d'Aurelia Jane Lee nous emporte au cœur d'histoires intrigantes sur fond d'hacienda et d'accents latinos. Elle a le don de distiller avec ses personnages, des réflexions profondes sur le sens de la vie, de l’amour…, sur le destin aussi, et les différentes manières d’être au monde.

Au fil du récit, on traverse un univers religieux et les aspects tourmentés d’un parcours spirituel, en passant par les relations charnelles et les désirs qui composent aussi notre humanité. Sous-titré "Un vélo et un puma", cet opus est le premier volume d'une série de trois.

À peine refermé, il nous tarde de retrouver la suite. Ce sera pour l'automne avec le volume 2 : "Une vierge et une cuillère en bois".


Polar carolo…

Le quartier du Triangle : les carolos ou ceux qui connaissent les antres - aujourd'hui démolies - de la Ville de Charleroi savent que s'y trouvaient les bars à filles. C'est dans cette ambiance aux odeurs moites de fin de nuit que va circuler l'inspecteur Bruno Bianchi. Le corps meurtri d'une jeune prostituée roumaine vient d'être découvert dans un de ces "hôtels" de passe.

Le flic se doit d'élucider rapidement l'affaire, taraudé par une juge en demande de résultats, titillé par la nécessité de faire ses preuves et mu par un authentique sens professionnel. Sans relâche, il s'attache à suivre toutes les pistes, tout en tentant d'assurer aussi son rôle de père séparé.

Avec lui, on plonge dans l'univers de la police, on déboule dans des zones aux noms évocateurs pour les gens du cru, d'un réalisme certain. L'auteur sait en effet de quoi il cause. Franco Meggetto vit à Charleroi. Il y travaille aujourd'hui comme responsable de la communication de la police, hier comme chroniqueur judiciaire. L'intrigue autour de La fille du triangle est simple et efficace, l'écriture aussi. Pas de fioritures dans le portrait – touchant - de cet inspecteur et de sa quête.


… ou bruxellois

Mêler polar et cœur d'une ville, c'est aussi ce que propose l'auteure Kate Milie. Avec Peur sur les boulevards, Bruxelles et le tout nouveau piétonnier conjuguent meurtres et ésotérisme.


L'intime au féminin

Quatre femmes se confrontent à la question du désir. Anna, Noémie, Lucia et Julie participent – par curiosité, par nécessité ou pour honorer une invitation lancée par des amis – à des soirées de partage organisées par un sexothérapeute, un homme qualifié d'"architecte du désir".

À pas feutrés, on entre avec elles dans leurs histoires intimes, dans le tourment de leurs plaisirs amoureux. Tout en délicatesse. Tout en pudeur.

Mariée depuis trente ans, Anna simule le plaisir et est bien plus attachée à son chien qu’à son acariâtre époux. Noémie supporte mal la libido fatiguée de son compagnon. Julie, divorcée et mère de quatre enfants, enchaîne les relations sans lendemain tout en espérant trouver l’amour. Quant à Lucia, le plaisir l’a désertée depuis qu’elle a quitté son amant.


Des paternités

Treize portraits de pères, sous la forme de nouvelles comptant quelques pages chacune. Autant de relations paternelles ou de rendez-vous manqués entre père, fils ou fille. Un père, professeur et séducteur invétéré de ses jeunes étudiantes, ignorant sa paternité. Un père disparu dans la bagarre d'une séparation. Un père retrouvé dans les traits d'un petit-fils. Un père porteur. Un père dément, devenu dépendant comme un enfant. Un père anéanti par le souhait de sa fille de se défaire de son nom…

Les petits récits de Michel Torrekens  emmènent dans une variété de liens, parfois ardus, tendus, toujours émouvants. Une lecture qui suscitera sans doute l'envie d'"opérer un retour sur soi-même", comme l'indique dans la préface Patrick Nothomb, papa de la célèbre Amélie. "Ai-je été un bon fils ?", "Ai-je été un bon père ?"…, s'interroge-t-il.

Papas ! se veut un appel à plus de paternité dans nos sociétés. "Bon" ou "pas bon", est-ce bien là l'enjeu ? Ne s'agirait-il pas de nous laisser traverser par cette prise de recul vers le père, le fils ou la fille que nous sommes ?


Les aventures d'un fou

Âgé d'une quinzaine d'années, le fou – héros du livre et alter égo d'Eugène Savitzkaya – plonge le lecteur dans un bassin de souvenirs romancés de l'enfance de l'écrivain. Tour à tour, les effluves de la campagne hesbignionne alternent avec les arômes de l'Ukraine maternelle. Le fou observe le vol des alouettes, dialogue avec les cerisiers et les bouleaux. Il évoque son jeune frère, le "maître des oies", conduisant son troupeau juché sur un jars. Il découvre aussi, avec délice, les plaisirs charnels.

En filigrane du récit : l'affection portée à une mère fragile et la résistance opposée au père. Au fil des pages, la langue d'Eugène Savitzkaya embarque le lecteur dans des aventures buissonnières. Elle  désarçonne, enchante, s'explore avec tous les sens.


Retour de guerre

Promis à la prêtrise, André revient, au lendemain de la Libération, dans son village ardennais. Il est aussitôt accaparé par les travaux de la ferme familiale. Mais la guerre et le maquis ont semé dans ce microcosme leur lot de trahisons, de décès et de mystérieuses disparitions. Toutes les relations locales ont été remodelées. André ne sait quelle est sa destinée, sa vocation. Comment se reconstruire alors que sa foi a été durement ébranlée pendant son séjour dans un camp de travail ?

De son écriture puissante, émaillée ici et là d'expressions wallonnes quelque peu oubliées, Jules Boulard nous emmène dans un récit champêtre de l'immédiat Après-Guerre. Où la psychologie de chaque protagoniste blessé par le conflit (le curé, le professeur, le résistant, etc.) compte autant que le bouillonnement de la nature. Qui, sous le sabot des chevaux de trait, ne demande qu'à revivre et à aider à la reconstruction des âmes et des cœurs.


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