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Mélancolie et merveilles

© Fondation Boghossian_Melancholia
Senza Titolo de Claudio Parmiggiani
Dans cette installation sculpturale produite entre 2013 et 2015, Claudio Parmiggiani reprend les codes de l'iconographie classique et les formes de la statuaire antique pour créer un assemblage archéologique évoquant les ruines de l'antiquité. Cette oeuvre invite le spectateur à réfléchir sur les notions de temps et de mémoire. © Fondation Boghossian_Melancholia
Senza Titolo de Claudio Parmiggiani
Dans cette installation sculpturale produite entre 2013 et 2015, Claudio Parmiggiani reprend les codes de l'iconographie classique et les formes de la statuaire antique pour créer un assemblage archéologique évoquant les ruines de l'antiquité. Cette oeuvre invite le spectateur à réfléchir sur les notions de temps et de mémoire.

La fondation Boghossian couvre en ce moment l'élégante villa Empain d'un voile de mélancolie. Qu'il tiédisse le coeur ou refroidisse l'âme, ce sentiment si ambigu a inspiré et inspire encore de nombreux artistes. La sélection d'oeuvres proposée par Louma Salamé – la commissaire de l’exposition – est empreinte d'une remarquable sensibilité et d'une indéniable beauté.


L’absence, la solitude, la tristesse, la douleur… La nostalgie d’un monde passé, l’insatisfaction, l’indifférence, le regret… La mélancolie a de multiples visages et renvoie sans cesse l’homme face à lui-même et à ses contradictions. Qu’elle ait inspiré, depuis l’antiquité, tant d’auteurs, de sculpteurs, de peintres et autres créateurs n’a rien d’étonnant. Ils sont nombreux, les enfants de Saturne. Et ils sont talentueux ! Visiter l’exposition "Melancholia", c’est accepter un voyage dans des contrées ténébreuses et envoûtantes. La plupart des murs de la Villa Empain se sont parés de bleus pour l’occasion : bleu nuit, bleu orage, bleu deuil, bleu minéral… Ils accueillent une septantaine d’oeuvres qui balaient plus de 150 ans de représentations mélancoliques. Découverte subjective.

La beauté d'une cicatrice de Lionel Estève (2012) et Selected recordings n°99 de Melik Ohanian (2003)

La beauté d'une cicatrice est composée de 125 pierres ramassées sur une plage de Grèce. Elles ont été rehaussées de couleurs, comme si elles avaient reposé dans un liquide coloré dont elles portent encore la marque. L'île vide et froide immortalisée par Melik Ohanian, inspire un sentiment ambigu, offrant à la fois un monde hostile et un havre de paix potentiel.

 

Des corps, des espaces

Comment réagit un corps envahi par le spleen ? La tête est souvent penchée et trop lourde à porter. Voyez ces portraits de Paul Delvaux, Félicien Rops ou de l’allemand Martin Kippenbeger. Voyez ensuite cet Homme à mi-corps d’Alberto Giacometti, ce buste de femme modelé par Constant Permeke, ces hommes perdus sur la Piazza d’Italia plantés là par Giorgio De Chirico… Les regards sont flous. Les corps, eux, suintent la solitude. La mélancolie, ce sont aussi des espaces vides, et les souvenirs d’un monde passé et définitivement perdu. L’on découvre cette forteresse en ruine qui se noie sur la côte lettone grâce au photographe belge Geert Goiris. Les images de Pascal Convert sont celles de la falaise afghane de Bämiyân, où se trouvaient jadis les statues de Bouddhas détruites en 2001 par les talibans.

Pomeriggio d'Estate (1972) et Piazza d'Italie (1970) de Giorgio De Chirico et Homme à mi-corps d'Alberto Giacometti (1965)

Produites à deux années d'intervalle, les oeuvres de De Chirico paraissent néanmoins se répondre l'une à l'autre, proposant deux versions d'un même spectacle, comme un rêve qui se répète. La sculpture de Giacometti a elle été produite dans les derniers mois de la vie de l'artiste. Elle est représentative de l'ensemble de l'oeuvre sculptée par l'artiste qui donne chair à des êtres solitaires.

Et puis, la douceur

L’arrivée du printemps permet à la mélancolie de se faire douce et de s’installer dans le beau jardin de la villa bruxelloise. On y entend des clochettes tintinnabuler. Ensemble, elles forment Animitas, une installation de Christian Boltanski. Animitas, veut dire petites âmes, en espagnol. Ce sont celles des esprits disparus qui hantent les vivants et auxquelles l’oeuvre de l’artiste français rend hommage. "Melancholia" est une exposition intime, intense, éprouvante, qui ne peut laisser indifférent. Les sentiments sont exacerbés par la muséographie qui met en valeur le dialogue entre des oeuvres fortes, jamais superficielles ni anodines. Et l’on en ressort méditatif, mais ébloui par le soleil noir de la mélancolie.

Dissolution de Samuel Yal (2012)

Cette suspension forme une mosaïque de fragments de céramique représentant l'explosion d'un visage, sa dissolution dans l'espace. Les morceaux du portrait semblent mus par une force d'extension, à la manière de l'univers. Le visage est le sujet principal de l'oeuvre de Samuel Yal. L'artiste exprime l'impossibilité de sa représentation.

Pour en savoir plus ...

Melancholia, jusqu’au 19 août à la Fondation Boghossian, avenue Franklin Roosevelt 67 à 1050 Bruxelles • ouvert du mardi au dimanche de 11 à 18 heures • visites guidées gratuites tous les premiers dimanches du mois à 15 heures •10 EUR (réductions possibles) • 02/627.52.30 • info@boghossianfoundation.be • www.villaempain.com