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La photo mise au vert

© Mac © Mac

Première édition du festival "Brassage photographique" à l'Abbaye de Villers-la-Ville. Exposées en plein air, en communion parfaite avec les lieux qui les accueillent, 170 photographies invitent à la compréhension de l'autre et au voyage.


Ce qui reste de l'Abbaye cistercienne est cerclé de murs. Mais derrière ces édifices, c'est le monde qui s'ouvre au visiteur. Une quinzaine de photographes européens (dont des belges) et africains racontent, à travers leurs objectifs, des histoires et des enjeux de certaines régions parfois méconnues.

Un parcours

L'escalier monte vers le panorama. C'est là que le site témoigne le mieux sa beauté. C'est là aussi que Colin Delfosse a placé ses catcheurs congolais. Six Bolites, Nzondo Bokana, Ranger, Guerrier Masseke…, d'ordinaire attelés à se défier sur des rings de fortune à Kinshasa, rivalisent cette fois, à coups d'attributs et de couleurs, avec le complexe cistercien situé en contrebas.

En descendant vers l'église abbatiale, deux jardins. D'abord celui dans lequel est accueilli Tahir Carl Karmali. L'artiste kenyan, qui crée des histoires et des concepts inspirés des communautés qu'il rencontre, expose huit réalisations centrées sur les Jua Kali, ou ces travailleurs de l'économie informelle de Nairobi. Une combinaison intéressante de photographie numérique, de photocopies, de portraits et de collages.

Une volée d'escaliers plus bas, on approche le travail de Maroesjka Lavigne, photographe belge née en 1989, plus habituée aux galeries de New-York, Amsterdam et Paris qu'aux parcours en extérieur. Pourtant, ses paysages de Namibie trouvent ici l'air et l'espace nécessaires pour se déployer. Les compositions se ressemblent : un élément central, la géométrie… Puis l'arrière-plan, presque nu et pourtant fabuleux : le brun d'une plaine aride, la blancheur d'un désert de sel, le doré d'une dune de sable…

Une scénographie fine

La promenade continue ainsi à travers les vestiges de l'Abbaye. Derrière l'église abbatiale : le remarquable travail de Pascal Maitre à Madagascar. Là aussi, des tirages disposés avec beaucoup de justesse, intégrés avec soin dans l'espace qui les accueillent. Des sacristies à la salle des moines, en passant par l'infirmerie, se succèdent les travaux de Nyani Quarmyne sur To-tope, village ghanéen victime de la montée des eaux et de l'érosion, ou, plus loin, les portraits de l'Espagnol Ruben Salgado, d'habitants de zones reculées ayant pour la première fois accès à l'électricité. Devant le palais de l'abbé, une cour est investie par Médecins sans frontières, partenaires de l'événement. Là, d'autres photos de Nyani Quarmyne racontent les actions de l'ONG dans le camp de réfugiés à Mbera en Mauritanie.

Les plus courageux monteront les marches jusqu'à la chapelle Notre Dame de Montaigu. Le long de ce chemin sont exposées des histoires qui prennent place en Europe. Pour ensuite redescendre et parcourir à l'envers le trajet d'exposition… Avec les difficultés qu'éprouveront les personnes à mobilité réduite à visiter le festival, le balisage de celui-ci est un deuxième bémol.

"L'envie d'éveiller la curiosité"

Malgré ces imperfections, c'est assurément une réussite pour Bastien Duval, un jeune français également impliqué dans l'organisation du festival La Gacilly en Bretagne, soit le plus grand festival de photo en plein air de France, et qui désire le plus possible faire sortir la photographie des galeries pour les faire vivre à l'extérieur.

Du choix du lieu à celui des artistes présents, c'est lui qui a tout porté, en collaboration avec l'Abbaye. Pourquoi "Brassage" ? "Une moitié de photographes sont africains, l'autre européens. Je voulais mélanger leurs travaux pour composer un miroir entre les deux continents. 'Brassage' parce qu'il y a aussi une variété de démarches artistiques : photocollage, reportage, photographie plasticienne…" Quel message souhaite-t-il que les visiteurs retiennent ?

"Plus qu'un message, c'est une envie… L'envie d'éveiller la curiosité, de faire revivre l'excitation de découvrir des choses avec la photo. Si nous étions plus curieux, je suis sûr que le monde tournerait plus rond !"

Rendez-vous est pris l'année prochaine. Du moins nous le propose-t-il de manière informelle. Avec cette fois la volonté d'ouvrir l'événement à d'autres initiatives et de le rendre plus participatif. "Le site serait par exemple ouvert à l'organisation d'ateliers, à la création d'une œuvre collective…"

Pour en savoir plus ...

Infos : ouvert tous les jours de 10h à 18h jusqu'au 17 septembre

De 8 à 3 EUR

info@villers.be ou 071/88.09.80